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Transports en commun lyonnais (TCL)

Plus de mille grévistes, le B12 (*) est touché, pas encore coulé !

11 février 2022 Article Entreprises

(*) Le B12 est le nom de l’immeuble qui héberge le Sytral, l’autorité organisatrice du réseau, et la direction de Keolis Lyon, la filiale qui l’exploite.

(Photo : Rassemblement des grévistes des TCL le mercredi 9 février)

Cela faisait longtemps qu’une journée de grève n’avait pas été autant suivie chez Keolis Lyon, la filiale qui exploite le réseau des Transports en commun lyonnais (TCL). Plus de mille salariés ont fait grève hier, mercredi 9 février, soit un sur trois parmi ceux qui devaient travailler ce jour-là. La grève concerne tous les métiers : des conducteurs de bus, bien sûr, mais aussi de métro, de tram ainsi que des contrôleurs, des collègues des agences commerciales, des techniciens, des agents de maîtrise…

Une attaque encore bien floue

L’ampleur du mouvement traduit les inquiétudes concernant le projet d’allotissement, c’est-à-dire le découpage du réseau en différents « lots » soumis à appels d’offres sur lesquels pourront candidater Transdev, la RATP… sans oublier Keolis, l’exploitant actuel. Des opérations de ce type sont à l’œuvre dans beaucoup de réseaux, à commencer par les réseaux franciliens. Les patrons du transport font tourner les marchés, et en profitent pour s’attaquer aux salariés. À Lyon, c’est à la nouvelle majorité écologiste de la métropole et à son président, Bruno Bernard, que sont laissés le soin de mener l’offensive. En campagne, ils défendaient les transports en commun mais aux responsabilités, ils s’en prennent à ceux qui les font fonctionner.

On ne connait pas encore le périmètre exact des lots. Mais concernant les conditions de transfert des salariés aux nouvelles entités créées après les appels d’offres, Bruno Bernard a déjà agité un « socle social » censé étouffer les craintes. Ce socle engagerait le Sytral à inscrire dans le cahier des charges des futurs lots telle condition (le treizième mois non-conventionnel par exemple), tel usage (le fait que les conducteurs soient « en pied » sur une ligne, sur un dépôt), etc. Et les prochains opérateurs seront censés respecter. Mais qui peut croire que le Sytral va rompre un marché avec un opérateur au motif que celui-ci n’aurait pas respecté telle clause du socle social ? Dans pareil cas, on imagine très bien Bruno Bernard froncer les sourcils, mais pas plus.

Négocier le socle social ? Non : enfoncer le bélier social !

Et il faudrait que les salariés de Keolis Lyon placent leur confiance dans ces politiciens ? Pour l’instant en tout cas, ils ne tombent pas dans le piège, la grève d’hier en est la meilleure preuve. Mais les longs mois des négociations prévues entre syndicats [1] et Sytral pourraient justement servir à refermer ce piège sur les salariés. Si c’est le cas, les patrons du transport pourront se dire qu’ils auront marqué des points.

Les contours de l’attaque sont encore flous. À cette étape, on sait surtout que l’allotissement est une opération de division (entre métiers, entre actuels salariés de Keolis Lyon et ceux embauchés après l’allotissement…). Préciser plus concrètement en quoi consisteraient les reculs, ce serait soulever des peurs d’autant plus infondées que la situation actuelle, sous Keolis, est loin d’être rose ! D’ailleurs, l’hésitation à faire grève contre l’allotissement de peur de faire grève pour Keolis s’est fait sentir, ce qui n’a pas empêché le mouvement d’être massif.

Alors d’autres journées de mobilisation seront sûrement prévues. Pour peser sur les négociations d’un socle social qui illusionne sur le maintien de l’existant ? Mais c’est justement cet existant qu’il faut améliorer, dès maintenant !

Les revendications à mettre en avant ne manquent pas, elles ont été, en partie, formulées par le précédent mouvement de grève en septembre : augmentation de 200 euros net, augmentation des compensations pour les services en deux fois et pour les samedis et les dimanches travaillés, respect des délais de prévenance… Enfoncer ce bélier social contre l’actuel patron Keolis ce serait envoyer un excellent signal aux futurs employeurs : voilà les conditions de la reprise, et pas question de faire les frais de vos calculs !

Se battre sur le terrain des revendications des travailleurs du transport

C’est sur la base de ces revendications, partagées sous cette forme ou sous une autre par tous les travailleurs du transport, que les grévistes de Keolis Lyon pourraient s’adresser à d’autres, aux prises avec les mêmes problèmes de transfert de contrat. Construire un mouvement d’ensemble charpenté par ces revendications unificatrices, voilà qui pourrait tenir en échec l’offensive patronale, à Lyon et au-delà. Des grèves sont d’ailleurs prévues à la RATP prochainement, pour des augmentations de salaire. L’occasion de s’y mettre ?

Jeudi 10 février 2022, Bastien Thomas

(Article pour le site L’Anticapitaliste)


[1La position officielle de l’intersyndicale est l’opposition à l’allotissement. Le Sytral n’ayant pas reculé sur ce point, il est plus que probable qu’en l’état, elle participe aux négociations prévues.

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