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Parcoursup, une jungle infernale

2 février 2022 Article Politique

Plateforme d’affectation dans l’enseignement supérieur, Parcoursup est de retour depuis le 20 janvier dans la vie lycéenne. Débute alors un long parcours du combattant pour y formuler des vœux, aussi stressant qu’inégalitaire. Fini le bac comme seul visa nécessaire pour s’inscrire à l’université. Les facs accèdent aux dossiers des candidats pour les classer selon certains « attendus » définis nationalement par filière et déclinés localement (l’avis du conseil de classe, les notes mais aussi l’académie d’origine, le niveau réel ou supposé du lycée fréquenté, les activités extra-scolaires ou la maîtrise de plusieurs langues).

Alors qu’il y a 234 700 étudiants de plus qu’il y a cinq ans, le gouvernement, au lieu de mettre des moyens humains et matériels dans l’enseignement public, a choisi de trier les élèves, surtout dans les filières en tension, comme le droit, la médecine ou Staps. Sous couvert d’« insertion professionnelle » et de « certification », son but est de rendre les universités de plus en plus élitistes, payantes et conformes aux exigences du marché du travail, comme l’a rappelé Macron il y a peu. Seulement, la plateforme est conçue de telle manière qu’elle tente de rendre l’éviction d’une partie des candidats acceptable. Depuis cinq ans, à l’issue d’une première phase de « choix » et de sélection qui court de janvier à mai-juin, les candidats reçoivent une majorité de refus et de mises en attente, ce qui ne manque pas de générer angoisse et colère.

Chaque été, des dizaines de milliers d’élèves n’ont toujours rien obtenu (en 2021, mi-juillet, presque 100 000 élèves étaient dans ce cas). Une partie va alors combler les trous des filières les moins demandées, ce qui explique la communication abusive du gouvernement sur le fait que les étudiants ont finalement une place, mais contrainte, non conforme à leurs vœux disciplinaires ou géographiques. D’où leur « échec », voire l’abandon assez rapide de la fac. Par ailleurs, vu la galère pour trouver un logement dans les grandes villes, ou même une chambre universitaire, car les délais sont passés, chaque été, une partie d’entre eux jette l’éponge pour aller grossir les rangs des travailleurs, précaires ou au chômage souvent.

Autre effet voulu, entre 2019 et 2021, la progression des effectifs étudiants dans le privé (+5,1 %) a été plus importante que dans le public (+1,3 %). Non seulement, la procédure longue, laborieuse et angoissante de Parcoursup pousse certains vers des écoles privées hors plateforme, mais surtout, la sélection opérée dans les universités publiques, faute de places, en conduit nécessairement d’autres à se tourner plus massivement vers l’enseignement privé.

Conséquence aussi de cette jungle qui vise à évincer les classes populaires et à renforcer le secteur privé, des boites de coaching, aux prestations juteuses, se sont développées pour aider à la constitution des dossiers. Tout cela pour écrire des lettres de motivation pas lues, par manque d’enseignants dans les commissions, mais qui donnent à Parcoursup un visage faussement plus humain. L’État lui-même remplit directement les poches du coaching privé avec un onglet spécifique pour y accéder. Les professeurs principaux guident autant que faire se peut, mais demeurent débordés et sans une connaissance parfaite de toutes les formations. Les familles aisées sont celles qui s’en sortent le mieux, comme avant, mais Parcoursup aggrave indubitablement le phénomène et fait porter sur les classes populaires la responsabilité de leurs « choix » et donc de leur échec.

Correspondants

(Article de l’Anticapitaliste no 601)

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