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Éditorial L’Étincelle du 27 mars 2020

On a la rage !

« Je suis en colère et j’ai la rage », c’est le cri du cœur d’un psychologue de l’hôpital de Mulhouse, dans une tribune publiée le 24 mars par Libération, face aux hôpitaux saturés et à l’impuissance du personnel dans la crise sanitaire, qui résultent en grande partie du manque de moyens après des années de démantèlement de l’hôpital public, de fermetures de lits, de réduction des budgets. Une rage contre ces politiciens responsables d’une situation qui a mené dans le mur et qui défilent aujourd’hui dans les médias pour jeter la faute sur les habitants ou les étrangers et s’inquiètent surtout du risque de récession.

Oui, les soignants peuvent avoir la rage quand Macron vient se montrer à Mulhouse, où l’épidémie est au plus haut et l’hôpital au fond du gouffre, pour servir de nouveaux mots creux aux caméras. La rage de se voir accorder 2 milliards d’euros pour répondre à l’urgence sanitaire quand 345 milliards sont débloqués pour les patrons et les banques. Ils peuvent avoir la rage de ce prétendu « plan massif d’investissement et de revalorisation des carrières », pour lequel il faudra encore attendre… et croire aux belles promesses.

Oui, les soignants peuvent avoir la rage quand le directeur des hôpitaux de Paris, Martin Hirsch, vient tirer une larme à la radio après avoir appliqué l’austérité pendant des années. Quand il les appelle à la mobilisation générale, alors qu’ils ne comptent déjà plus leurs heures pour remédier comme ils peuvent au sous-effectif. Et que pour toute rétribution, on leur offre des « mercis ».

Oui les soignants peuvent avoir la rage quand ils doivent trier les patients parce que le seuil critique est atteint dans un nombre croissant d’hôpitaux. Quand des vies sont perdues par manque de respirateurs alors que le gouvernement ne manque pas de drones pour surveiller la population et que les gaz lacrymogènes et grenades de désencerclement n’ont jamais manqué pour réprimer les manifestations, à commencer par celles des hospitaliers contre le manque de moyens.

Oui les soignants peuvent avoir la rage quand ils alertent sur la pénurie de tests, de masques, de gants, de blouses, de charlottes et que la priorité du gouvernement est de relancer les chantiers du BTP et les usines automobiles.

Alors oui, les travailleurs de l’aéronautique et de l’automobile peuvent aussi avoir la rage quand leurs patrons leur demandent de revenir au travail, alors que l’épidémie fait plus de morts chaque jour. Quand l’urgence est de faire tourner la machine à profits, alors que les avions et les voitures peuvent bien attendre.

Oui, les ouvriers du bâtiment peuvent aussi avoir la rage quand leurs patrons s’avouent incapables de mettre en place les mesures minimales de protection et que le gouvernement réclame la réouverture des chantiers.

Oui, les postiers peuvent avoir la rage quand La Poste les envoie distribuer courrier et colis, souvent sans masque ni gants, que le gel hydroalcoolique est distribué au compte-goutte, mais que la direction trouve moyen d’envoyer 300 000 masques pour les flics. La rage de voir une direction qui tente de cacher les malades du Covid dans les centres, alors que le nombre de postiers atteints par le virus monte en flèche, et que 900 cas sont recensés à ce jour par les syndicats.

Oui, tous les travailleurs peuvent avoir la rage quand le gouvernement des riches profite du confinement pour supprimer des congés et préparer de sales lendemains avec la fin temporaire (ou pas ?) des 35 heures. Certains secteurs pourront travailler jusqu’à 60 heures, alors que le chômage, misérablement rémunéré ou pas du tout, risque d’exploser rapidement, comme aux États-Unis, qui comptent déjà trois millions de chômeurs supplémentaires.

Oui, les habitants des quartiers populaires peuvent aussi avoir la rage, quand la police multiplie les violences, se défoule sur les jeunes qui sortent en bas des immeubles pour échapper aux appartements exigus. Aucune amende, aucune garde à vue en revanche pour les patrons qui mettent en danger leurs salariés en les confinant au travail. Et voilà que l’armée va être déployée pour des opérations ciblées sur certains quartiers, en supplétifs de la police.

Toute cette rage, toute cette colère, il faudra qu’elle s’exprime. Elle s’est déjà montrée par les droits de retrait qui se sont multipliés la semaine dernière. Elle s’affirme à travers les coups de gueule des soignants, bien justifiés, comme ceux de l’hôpital Saint-Antoine à Paris qui ont remis à sa place leur direction. Pas question que Macron et le patronat se sentent libres de tout nous imposer. Les travailleurs, poussés à bout, pourraient bien décider de tout reprendre en main.

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