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Accueil > Éditos de bulletins > 1997 > décembre > 1er

Nous sommes tous des Français ou des étrangers sans le vouloir

Sacrément hypocrite, ce débat et ce vote à l’assemblée sur le code de la Nationalité.

Côté Parti Socialiste, il s’est agi de faire semblant d’être un peu de gauche en remettant en cause une loi scélérate de la droite, sans pour autant avoir le courage de l’annuler complètement. Cette loi Méhaignerie entrée en vigueur en janvier 1994, dite du « code de la nationalité », revenait sur la législation qui donnait automatiquement la nationalité française à un enfant de parents étrangers nés en France. Ce qu’on appelle « le droit du sol ». Cela faisait plus d’un siècle que cela se pratiquait. Ce n’était pas une faveur, mais le moindre des droits qu’on accordait ainsi aux enfants d’immigrés qui, soit dit en passant, représentent le quart de la population française ! C’est qu’il n’y aurait plus beaucoup de « Français » sans les enfants d’immigrés, tant il est vrai que nous sommes pratiquement tous des immigrés de seconde, troisième ou quatrième génération ! Et la bourgeoisie française était bien contente de les trouver, ces enfants aux noms parfois difficiles à prononcer... pour s’en servir de chair à canon ou à travail.

Mais depuis que les ministres veulent se mettre au goût de Le Pen et de sa démagogie raciste, voilà qu’on s’est mis à inventer de nouvelles lois discriminatives. Voilà comment celle de Méhaignerie, en 1993, comme sous le régime de Vichy, s’est mise à chipoter l’attribution de la nationalité française aux enfants d’immigrés en exigeant d’eux qu’ils fassent la démarche de la demander à leur majorité, avec tous les papiers et justificatifs en règle, sans qu’ils soient assurés que leur demande serait acceptée ! Et le fait est que ces quatre dernières années, bien des gosses d’immigrés qui n’avaient pas tous les papiers voulus ou qui avaient fait un séjour à l’étranger dans leur famille, n’ont plus eu droit à la nationalité française, et ont été contraints de rejoindre le contingent des irréguliers et des sans-papiers...

« Aujourd’hui, je serais devenu clandestin, on m’aurait attrapé dans le métro, et on m’aurait renvoyé », explique le député socialiste du Finistère, Kofi Yamgnane, lui le jeune bachelier togolais, puis ingénieur, devenu secrétaire d’Etat à l’Intégration sous le précédent gouvernement socialiste ! C’est pourtant loin d’être un grand contestataire, Kofi Yamgnane, mais il est tout de même bien placé pour mesurer la stupidité et la scélératesse de toutes ces lois xénophobes.

Contrairement à leurs promesses, les socialistes ne rétablissent pas la situation d’avant 1993 et renoncent à l’attribution automatique de la nationalité française dès la naissance, mais la donnent seulement à 18 ans, ou à condition que les parents et l’enfant en fassent la demande quand celui-ci a 13 ans. Pour justifier cette demi-mesure, Elisabeth Guigou a repris l’argument de la droite et de l’extrême-droite : « Il n’est pas possible de revenir à un système qui créait des Français sans le vouloir »  !

Comme si Madame Guigou et nous tous étions nés Français et avions hérité de nos noms, prénoms et papiers d’identité en le voulant !

Dernière hypocrisie, les députés communistes et Verts qui voulaient annuler complètement la loi Méhaignerie, se sont contentés de s’abstenir sur le projet, en montrant que s’il y a bien une opposition de droite au gouvernement Jospin, ils ne veulent surtout pas être son opposition de gauche !

Et cette loi votée lundi n’est qu’un hors-d’oeuvre dans les dégonflades socialistes en matière d’immigration. Jeudi prochain vient en débat à l’assemblée le projet de loi Chévènement sur les sans-papiers qui reprend pour l’essentiel la loi Pasqua-Debré, cette fabrique de nouveaux travailleurs en situation irrégulière pour le plus grand bonheur des patrons esclavagistes.

En haut, on aimerait bien diviser les travailleurs entre ceux qui ont des papiers et ceux qui n’en ont pas, ces fichus papiers qui de toutes façons ne nous permettent pas d’échapper à notre condition d’exploités. Alors, tant qu’à faire, Français et immigrés, unissons-nous contre ces faiseurs de sales lois et reprenons à notre compte la devise de Karl Marx : « Les prolétaires n’ont pas de patrie, ils n’ont que leurs chaînes à perdre et un monde à gagner ».

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