Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Accueil > Éditos de bulletins > 1997 > décembre > 8

35 HEURES : LES FAUX SEMBLANTS DU PATRONAT ET DU GOUVERNEMENT

Le CNPF a choisi de faire une semaine de campagne contre les 35 heures, pétitions et meetings à l’appui, la faisant coïncider avec le moment où le gouvernement dépose son projet de loi en conseil des ministres.

Côté gouvernemental, Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn ont pris la plume : s’adressant à 150 000 patrons, ils s’efforcent de leur démontrer que dans leur projet, les entreprises ne peuvent qu’y trouver leur compte, que celui-ci n’est pas un couperet et ne devra pas s’appliquer obligatoirement, qu’il est un moyen d’obtenir «  plus de réactivité et d’efficacité dans l’organisation du travail ».

Le texte du gouvernement contient sans nul doute plus de dispositions pour allécher les patrons que les travailleurs. Si horaire de 35 heures il devait y avoir – la décision définitive ne sera prise de toute façon qu’en 1999 – la loi ne s’appliquera pas avant l’an 2000, et même 2002 pour les entreprises de moins de 20 salariés. Et l’horaire officiel pourra être dépassé sans problème, à condition de payer des heures supplémentaires... dont la majoration sera « au maximum de 25 % et pourra être réduite si la situation le requiert ».

Le maintien des salaires n’est pas une exigence du gouvernement. Il dit d’un côté « qu’il n’est pas souhaitable aujourd’hui de baisser les rémunérations », et il conseille de l’autre « une progression maîtrisée des salaires ».

Les travailleurs auront compris qu’on veut les faire payer. D’autant plus que les entreprises sont invitées à négocier un « aménagement » du temps de travail, introduisant l’annualisation et la flexibilisation des horaires. En clair, les salariés devront être à la botte du patron, prêts certaines semaines à crever à la tâche, d’autres à chômer, et à permettre ainsi à leurs exploiteurs d’augmenter la productivité, de grossir la production et les bénéfices... et d’empocher en prime les aides de l’Etat. Car les subventions sont à la clé et sans attendre : 9000 F par salarié – dont une partie restera à la charge de la Sécurité Sociale – dans les entreprises qui diminueront de 10 % le temps de travail en n’augmentant l’effectif que de 6 %. Et pas uniquement si elles accroissent leur effectif, car cette loi va aussi permettre aux entreprises dites « en difficulté, » de toucher la prime au seul motif qu’elles licencieront moins que ce qu’elles auront annoncé.

Mais alors pourquoi les représentants du patronat hurlent-ils au charron ? Les patrons sont bien servis par ce gouvernement, mais ça ne leur coûte rien d’essayer de l’être encore mieux en rechignant. Ou même s’ils en doutent, ils l’aideront au moins de cette façon à duper les travailleurs, à les faire patienter en leur faisant croire que des ministres de gauche font quelque chose pour l’emploi, pendant que les plans de licenciement continuent de plus belle, que le chômage monte toujours, que les salaires baissent et la précarité se généralise.

Pas plus que les plans emplois des précédents gouvernements, pas plus que la loi Robien mise en oeuvre par un gouvernement de droite, ce projet, prétendu des 35 heures, n’est fait pour créer des emplois.

Une réduction réelle du temps de travail à 35 heures – sans perte de salaire, avec embauche en compensation, sans annualisation ou flexibilisation – certes les travailleurs en auraient bien besoin. Même si pour faire reculer le chômage il faudrait encore imposer au patronat et au gouvernement bien d’autres mesures. A commencer par l’interdiction des licenciements qui n’ont d’autre objectif que de faire grossir les profits et monter les cours de la bourse. Ensuite en imposant que l’argent donné sous prétexte de l’emploi aux patrons, sans que ceux-ci en créent un seul, soit utilisé pour la création directe par l’Etat d’emplois utiles dans les services publics.

Rien de tout cela ne figure bien entendu dans les projets du gouvernement. Seule une mobilisation de l’ensemble des travailleurs pourrait imposer une loi contraignante pour les patrons, avec le contrôle des travailleurs sur son application.

Puisque le CNPF a intitulé sa campagne « tout le monde ne chausse pas du 35 », alors à nous travailleurs de leur faire tâter de notre « 42 fillette ».

Imprimer Imprimer cet article