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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 109, décembre 2016

Mort de Castro

Líder máximo… ma non troppo

8 décembre 2016 Convergences Monde

Fidel Castro est mort vendredi 25 novembre. Dernier grand homme du XXe siècle, dit la presse. En ajoutant aussitôt qu’il était dictateur sur son peuple. Après le retour de l’ex-URSS dans le giron du capitalisme, Cuba aussi a rouvert ses portes aux hommes d’affaires, sans attendre pour cela la mort de Fidel. Même si, rancuniers et surtout durs dans les marchandages, les USA n’ont pas encore totalement mis fin à l’embargo qu’ils ont imposé à l’île depuis plus de 50 ans.

Avec la fin de l’URSS il y a 25 ans, et la mort aujourd’hui du dernier grand leader des révoltes anti-coloniales, la boucle serait bouclée, nous dit-on, et le monde entier revenu dans le giron de la belle démocratie capitaliste. Celle qui ensanglante le Moyen-Orient avec ses guerres pour le pétrole qui durent depuis plus de dix ans. Sans parler du pillage de l’Afrique et des interventions militaires françaises pour le bonheur des Bouygues, Bolloré et Total. Les apprentis dictateurs qui prétendent sauver les peuples arabes de la mainmise de l’Occident ne le font plus qu’au nom d’Allah. Les dictateurs en place, interlocuteurs des chefs démocrates de ce monde, d’Erdogan en Turquie à Sissi en Égypte, en passant par le roi d’Arabie saoudite, sont donc en odeur de sainteté. Et l’Amérique latine reste le continent de l’extrême contraste entre la pauvreté de sa population et l’opulence d’une mince couche de grands bourgeois liés à la bourgeoisie nord-américaine.

La petite île qui bravait les États-Unis

Dans la vague des révoltes des peuples contre l’oppression impérialiste qui a suivi la seconde guerre mondiale et sonné le glas du colonialisme de grand papa, celle de Cuba, sous la direction de Fidel Castro, a fait figure de modèle. Non seulement par son radicalisme mais parce qu’une petite île bravait les USA, le pays le plus puisant du monde dont elle était voisine. Si la petite troupe des guérilleros de Fidel Castro avait pu entrer triomphalement à La Havane, en janvier 1959, et renverser la dictature de Batista, c’est qu’elle soulevait l’espoir de tout un peuple, dans cette île, colonie sucrière des USA et base de ses casinos, hôtels de luxe et bordels pour touristes nord-américains.

Le régime mis en place par la révolution cubaine s’est illustré par la scolarisation de tous, la construction d’hôpitaux et l’accès du plus grand nombre à la santé, à défaut d’avoir les moyens d’élever réellement le niveau de vie de la population cubaine. Et c’est bien grâce à l’immense popularité du nouveau régime que les tentatives faites par les USA de le renverser ont échoué, notamment le débarquement militaire dans la baie des Cochons, lancée par le président John Kennedy en avril 1961 et repoussé grâce à une large mobilisation de la population.

Fidel Castro n’était pas communiste

Il tenait même explicitement à l’affirmer dans les mois qui ont suivi son arrivée au pouvoir. S’il était pour les USA l’homme à abattre, c’est que la révolution cubaine était un très mauvais exemple pour tous les peuples opprimés d’Amérique latine. Il avait suffi à Castro, quelques mois après son arrivée au pouvoir, dans le cadre de la réforme agraire, de toucher à une partie des terres possédées par des compagnies américaines (même s’il proposait de les indemniser) pour que les USA tentent de faire tomber son régime, dans un premier temps par le blocus économique, avant d’en venir aux tentatives militaires. Car celui-ci n’avait pas canné, et riposté à l’attaque des USA par la nationalisation des biens nord-américains.

Les coups d’État militaires fomentés par la CIA en Amérique latine et le prestige de Castro auprès des opprimés

Rappelons qu’au cours des années 1960-1970, les USA ont multiplié, en Amérique latine, les coups d’État militaires fomentés par la CIA et les interventions militaires directes de ses « marines » contre tout régime qui faisait preuve d’un tant soit peu d’indépendance et froissait les intérêts des trusts nord-américains. C’est ainsi qu’en 1954, les USA ont envoyé au Guatemala une troupe de mercenaires, épaulée par des bombardements sur la capitale et les ports du pays, pour renverser un président qui avait eu l’audace de vouloir toucher, non pas vraiment aux intérêts de l’United Fruit qui dominait la production agricole du pays, mais seulement à des terres laissées en friches par ce trust. En 1964, au Brésil, c’est par un coup d’État aidé par les États-Unis que l’armée établissait sa dictature en renversant le président coupable d’avoir voulu annuler une autorisation accordée à un trust nord-américain pour l’exploitation des mines de fer du pays. En 1965, c’est à Saint-Domingue que les USA débarquaient 40 000 hommes pour renverser un régime dont le réformisme pourtant modéré ne leur plaisait pas. Ont suivi l’instauration des dictatures militaires au Chili en 1973 et en Argentine en 1976… On ne peut pas faire toute la liste. Mais cela permet de comprendre l’immense prestige que Fidel Castro pouvait avoir auprès des opprimés d’Amérique latine.

Les limites de la révolution castriste

Mais là apparaissent aussi les limites de la révolution castriste. Limites de toutes les révolutions nationales des peuples colonisés qui ont ébranlé le monde impérialiste pendant 30 ans, de 1945 à 1975. Dirigées par des fractions de la petite bourgeoisie de ces pays, toutes aspirant à diriger « leur peuple ». Conservatrices sur le plan social pour les unes, plus radicales pour d’autres comme à Cuba, elles ont toutes finalement abouti à des régimes coincés économiquement par les grandes puissances, et se transformant d’une façon ou d’une autre en régimes dictatoriaux plus ou moins corrompus : de la Chine au Vietnam, pour les pays qui se sont parés d’une étiquette « communiste », de l’Égypte à l’Algérie pour d’autres qui en sont restés à un vague prétendu « socialisme ».

Le blocus américain

Le régime cubain n’a pas eu d’autre voie. C’est pour passer outre au blocus économique américain que Castro s’est rapproché de l’URSS, s’alignant sur la politique de la bureaucratie soviétique. Celle-ci lui achetait son sucre, et lui fournissait du pétrole. À l’intérieur, le parti de Castro, le Mouvement du 26 juillet, fusionnait avec le vieux parti communiste cubain, dit Parti socialiste populaire, lié à Moscou et très réformiste puisqu’il avait dans le passé fourni des ministres sous le règne de Batista. Il devint parti unique. Et la chasse aux opposants ne s’est pas limitée aux seuls individus que pouvait manipuler la CIA pour renverser le régime : elle tentait de faire taire tous les mécontentements et toutes les critiques au sein d’une population en butte aux pénuries, qui subissait l’arbitraire des petits responsables locaux et la surveillance des dits « comités de défense de la révolution » contrôlant les quartiers, et commençait à voir grandir la corruption des élites au pouvoir.

Un régime qui ne s’est pas adressé au prolétariat des autres pays

Car pour sortir de l’isolement et du blocus qu’on lui imposait, il n’était pas au programme d’un Fidel Castro (pas plus qu’au programme d’aucun des dirigeants nationalistes des mouvements révolutionnaires du tiers-monde) de s’adresser aux autres opprimés de la planète, à commencer par ceux du continent américain qui regardaient vers lui. Dans une politique limitée aux ambitions d’une réforme nationale, pas question de s’adresser aux opprimés des USA, en tout premier lieu à sa classe ouvrière en grande partie composée de noirs ou d’immigrés latinos aux prises avec le racisme ; pas davantage question de s’adresser au prolétariat des pays d’Amérique latine – masse croissante et puissante que les guérilleros et leurs partisans disaient ne pas voir. Des Lula y ont été plus attentifs, mais pas pour leur offrir une meilleure issue politique !

La restauration du capitalisme dans l’ex-URSS, au tournant des années 1980-1990, par les soins de la bureaucratie elle-même, a laissé Cuba orpheline, contrainte à rentrer à son tour dans le rang. La dictature de l’argent commence à y faire refleurir les hôtels de luxe, les plages, et les affaires des anciens émigrés à Miami qui y rapatrient une partie de leurs capitaux ou commerces. Mais la population cubaine n’en sera pas plus libre ni moins pauvre pour autant.

Sur la planète aujourd’hui, où règne la mondialisation de l’économie capitaliste, où même la classe ouvrière de pays prétendus du « tiers-monde » s’est considérablement développée, où dominent les mêmes patrons tant dans les usines des USA, de France, d’Allemagne que de Turquie, du Maroc ou du Brésil, c’est à cette échelle-là que devront s’étendre les prochaines révoltes et pour tout dire révolutions, impulsées et dirigées par les travailleurs eux-mêmes.

Si Castro a tenu tête pendant plus de 50 ans à l’impérialisme américain, que ne pourrait aujourd’hui la classe ouvrière mondiale contre l’impérialisme tout court !

27 novembre 2016, Olivier BELIN

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