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Accueil > Les articles du site > Ce qu’ils appellent « les classes moyennes »

Les nouveaux tâcherons du XXIe siècle

Mis en ligne le 4 avril 2021 Article Politique

Un enjeu de taille

L’année 2020 a connu une apparition record d’entreprises et une diminution notable des faillites : selon l’Insee, avec 848 000 créations, la tendance à la hausse démarrée en 2016 du nombre de nouvelles entreprises s’est poursuivie. D’autre part, malgré l’ampleur de la crise sanitaire et économique, le nombre d’entreprises en grande difficulté diminue… du moins dans les statistiques. Sur l’ensemble de l’année 2020, l’Insee a enregistré 20 000 défaillances de moins qu’en 2019 (– 40 %).

Une réalité de terrain bien différente

L’immense majorité de ces créations est due à des entreprises individuelles, et, plus particulièrement, à des micro-entrepreneurs – en gros à des livreurs de pizzas « à leur compte », des chauffeurs Uber «  indépendants », voire des formateurs, des vendeurs en ligne (notamment via des plateformes comme Amazon), des électriciens, des plombiers, des couturières, des coiffeuses à domicile ou encore des informaticiens. Ces créations d’entreprises, souvent éphémères, masquent en grande partie l’augmentation du chômage, certains – salariés licenciés, jeunes n’en pouvant plus d’être inscrits à Pôle emploi – se lançant dans cette aventure faute de pouvoir trouver ou retrouver un emploi salarié. Cela a particulièrement été le cas en 2020 avec les livreurs à vélo, dont l’activité a connu un boom avec les confinements et couvre-feux. De plus, nombre d’entreprises, moyennes et grandes, exigent désormais de leurs « collaborateurs extérieurs », c’est-à-dire ceux à qui ils sous-traitent certaines tâches, qu’ils adoptent le statut de micro-entrepreneurs sous peine de ne pas leur donner de travail. Souvent une façon pour le patronat de contourner la législation sociale et les maigres garanties juridiques accordées aux salariés. Seuls certains travailleurs qualifiés optent pour ce statut par choix, par exemple dans les domaines de conseil à la communication, de conseil à la gestion ou de développement des sites web où cette pratique est devenue courante.

Quant au recul des faillites, il s’explique surtout par le fait que des centaines de milliers d’entreprises ont été mises sous perfusion par l’État. C’est pourquoi, dans les secteurs les plus touchés (restauration, hôtellerie, événementiel, services à la personne, loisirs, culture, transports…), on n’enregistre pour l’instant pas plus de faillites que dans le reste de l’économie.

Mais, tôt ou tard, l’État fermera le robinet. Et des centaines de milliers de ces toutes petites entreprises risquent de se retrouver dans le rouge puis sur le carreau, entraînant par ricochet une augmentation du chômage. Car rien ne garantit qu’une reprise économique soit finalement au rendez-vous dès la fin de la pandémie, en tout cas à temps pour les toutes petites entreprises déjà en place.

Une composition sociale diverse

Petits patrons (avec moins de dix salariés) et travailleurs indépendants représentent aujourd’hui en France environ trois millions de personnes. On trouve parmi eux aussi bien des petits commerçants et artisans classiques, ou encore des membres de professions libérales et des paysans, dont beaucoup exploitent leur ferme en famille, que ces nouveaux micro-entrepreneurs de toute sorte.

Mais, toutes catégories confondues, ce sont des hommes et des femmes dont la classe ouvrière ne peut se désintéresser. Beaucoup d’entre eux n’exploitent personne et sont aussi victimes des méfaits du capitalisme. Et si, demain, ils se mobilisent, il est vital que le prolétariat leur tende la main et essaie de les entraîner derrière lui dans la lutte pour le renversement du système capitaliste.

Or l’attitude des membres de ces couches sociales à l’égard des strates supérieures de la bourgeoisie est ambivalente. Dans les périodes d’expansion ou de relative stabilité économique, certains de leurs membres aspirent « à réussir », en s’élevant peu à peu dans l’échelle sociale. Dans l’ensemble, tous restent fermement attachés à leurs (petites) propriétés et aux préjugés qui vont avec, en professant notamment parfois un certain mépris à l’égard des couches les plus exploitées de la population.

Le rôle central du prolétariat

Dans les périodes de crise, lorsqu’ils se sentent menacés dans leur existence même et risquent de retomber dans les couches inférieures de la société dont ils sont le plus souvent issus, cette aspiration peut se transformer en haine féroce contre le prolétariat, si celui-ci ne propose pas une perspective crédible à leurs yeux. C’est ce qui – dans des conditions un peu différentes – s’est passé dans les années 1920 en Italie et dans les années 1930 en Allemagne où, en jouant sur la rage, le désespoir mais aussi les préjugés de millions de petits-bourgeois déclassés, des démagogues comme Mussolini et Hitler ont pu les utiliser pour briser le mouvement ouvrier… en les mettant finalement à la remorque du grand capital.

Nous n’en sommes heureusement pas là. Mais, si le pire n’est jamais inéluctable, il est malgré tout toujours possible. D’où l’importance de porter une attention soutenue à ces couches sociales modestes inquiètes pour leur avenir et qui pourraient donc prêter attention aux perspectives que le prolétariat serait susceptible de leur offrir.

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