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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 93, avril-mai 2014

Les intermittents du spectacle entrent en rébellion

Le patronat vient d’obtenir l’approbation de la CFDT, de la CFTC et de FO pour faire reculer une fois de plus les droits des techniciens et artistes bénéficiant du régime spécial d’indemnisation chômage propre aux intermittents du spectacle. Les signataires utilisent l’argument de l’équité pour tenter de ramener tous les précaires aux mêmes revenus de misère.

En abordant début février la renégociation de la Convention d’assurance chômage, le patronat, qui venait de recevoir du gouvernement les 30 milliards d’euros du « pacte de responsabilité », a demandé la suppression pure et simple du régime des intermittents du spectacle. La ministre de la culture, Aurélie Filippetti, répliquait que le Medef voulait « tuer la culture » et qu’il cherchait « un bouc émissaire ». Les déclarations préliminaires du Medef avaient été si péremptoires que l’ex-patronne du Medef, Laurence Parisot, enchérissait sur la ministre socialiste : « La culture et l’économie (...) peuvent avoir des synergies très vertueuses », déclarait-elle, en précisant : « Si vous avez envie de discuter, si vous êtes un dirigeant chinois, d’un prochain Airbus à acheter, c’est aussi parce qu’avant vous avez été admiratif de la culture française ! ». Les intermittents sont en effet les premiers à remarquer que les programmes de spectacles ou les génériques de films sont toujours plus infestés des logos des grandes entreprises.

Si les réflexions de Parisot ont plutôt amusé les intermittents, certains d’entre eux jugeaient que la ministre Filippetti avait « bien répondu » au Medef et saurait les protéger le moment venu. Déception !

« Ça sent le Gattaz, ça va péter »

Depuis la mobilisation de 2003, les intermittents ont cependant des structures comme la Coordination des Intermittents et précaires d’Île-de-France qui, avant même le début des négociations, avertissait de l’entourloupe qui se préparait, à savoir un « sauvetage » qui serait une attaque de plus. Entre le 27 février et le 20 mars, dernier jours de négociation, les manifestations, organisées notamment par la CGT, sont allées crescendo, ponctuées ici ou là d’actions surprises comme une occupation du Medef. Les intermittents étaient accompagnés dans leur mouvement par les intérimaires qui, s’ils ne relèvent pas de la même annexe de la convention d’assurance chômage, vivent eux aussi en partie des indemnités-chômage et étaient, eux aussi, sous la menace de coupes sombres.

Au final, le texte signé le 22 mars modifie les règles d’indemnisation des intermittents en introduisant un différé d’indemnisation qui va pénaliser les plus mal payés : un intermittent ayant en moyenne des contrats de 1 200 euros brut mensuel perdra 29 jours d’indemnisation par an, un petit mois de revenus. Le calcul de leurs indemnités étant affreusement compliqué, les intermittents ont dû réaliser force diagrammes et projections avant de prendre conscience de l’attaque. Depuis la signature de l’accord, les intermittents veulent empêcher le gouvernement de donner son agrément au texte.

Intermittents, « permittents », la précarité ne doit pas devenir la norme

En déclarant hypocritement vouloir établir une équité entre chômeurs indemnisés, les signataires du texte ne font que chercher à créer la division entre salariés subissant des périodes de chômage. Les signataires prétendent vouloir supprimer le déficit de l’Unedic, mais c’est bel et bien l’augmentation catastrophique du chômage qui est la cause des déficits. Contrairement aux calculs faussés publiés par le Medef, les allocations versées aux quelque 100 000 intermittents ne représentent tout au plus qu’un trentième du déficit. Quant à l’accroissement du nombre des intermittents, c’est le choix des patrons du secteur qui préfèrent engager des « permittents » (sobriquet formé des mots « permanent » et « intermittent »), comme ces régisseurs de théâtre « saisonniers » embauchés au statut intermittent de septembre à juin, et qui occupent manifestement un poste de permanent en CDI qui n’existe pas.

Dans l’audiovisuel, les permittents sont légions et les propositions d’embauches rares : des cadreurs de France Télévisions ont dû batailler aux Prud’hommes pour passer de l’intermittence au CDI. À côté des promesses hypocrites et cent fois renouvelées de s’attaquer à ces problèmes de fond, les signataires de l’accord du 22 mars annoncent de nouvelles négociations dans six mois. Pour de nouvelles attaques ? Depuis la signature, les intermittents sont entrés en rébellion. Ils côtoient au travail des permanents de la culture et de l’audiovisuel. Ils tentent spontanément d’établir des liens entre les deux et la CGT-Spectacle est elle-même à l’origine de bien des initiatives. Il n’en est que plus regrettable que ce syndicat évite d’appeler les intermittents à se joindre lorsque se présente une journée interprofessionnelle comme celle organisée le 18 mars dernier. Sans se cantonner à défendre leur corporation lors des prochains festivals, les intermittents ont tout intérêt à se saisir de toutes les occasions de fédérer plus largement la colère contre le gouvernement.

6 avril 2014, Laurent VASSIER


Ils prennent la parole

Au soir de la manifestation du 20 mars, une « première » était programmée à l’Opéra comique à Paris. Les intermittents qui représentent une grande majorité des artistes et techniciens se sont organisés pour prendre la parole avant le lever de rideau devant un petit millier de spectateurs. Une habilleuse a prononcé un texte court et le moment venu, tandis que les instrumentistes de la fosse d’orchestre se levaient, les techniciens se présentaient eux aussi devant le public pour entourer leur collègue. Quelques personnes dans le public se sont permis de huer en entendant le mot « intermittent », ce qui a beaucoup énervé les danseuses restées derrière le rideau. Mais dans le public, ceux qui ont applaudi l’allocution étaient largement majoritaires et l’intervention a été relatée le lendemain dans les journaux.

Lorsqu’ils veulent prendre la parole lors d’un journal télévisé, comme mardi 9 avril à France 2, les intermittents se heurtent aux patrons de l’audiovisuel, qui font de l’intermittence l’usage le plus contestable. Mais la présence d’intermittents dans leurs locaux ne leur permet pourtant pas de rester maîtres de tout ce qui s’y passe...


Les intermittents sont-ils paresseux ?

Le Medef voudrait faire passer les intermittents pour des privilégiés.

Employés en CDD dit « d’usage », les intermittents sont des précaires qui doivent faire leurs preuves à chaque contrat sous peine de ne pas être « rappelés » la fois suivante et être progressivement exclus du réseau. Obtenir 507 heures en dix mois pour déclencher l’indemnisation n’est pas chose facile. Bien des artistes, comme les danseurs, ne restent dans le système que quelques années pour continuer ensuite leur carrière en temps qu’enseignant en CDI. Les intermittents cherchent généralement à travailler dans plusieurs entreprises pour garder un savoir-faire et s’assurer un avenir dans un secteur où les entreprises disparaissent bien souvent aussi vite qu’elles sont apparues.

Se faire remplacer pour un spectacle est chose pratiquement impossible. Un musicien qui n’est pas disponible une journée sur une « série » de deux mois se voit contraint de refuser le contrat. Pour cette même raison, les intermittents sont très rarement en congé-maladie.

Selon le Medef, un intermittent ne travaille que le temps du spectacle : deux heures par jour. Et l’athlète aux J.O., il ne travaille qu’une minute trente tous les quatre ans ?

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