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Accueil > Les articles du site > Meeting vidéo du 26 avril 2020 : ce virus qui ébranle le monde (...)

La situation aux États-Unis

Mis en ligne le 29 avril 2020 Article Monde

Bonjour à toutes et à tous des États-Unis. Je vous rejoins d’Oakland, dans la baie de San Francisco.

Les États-Unis cumulent le plus grand nombre de cas du virus dans le monde et aussi le plus grand nombre de décès – Hier (samedi 25 avril), on en comptait 51 017. Nous avons, aux États-Unis, 2,9 lits d’hôpitaux pour 1 000 habitants. C’est moins qu’au Turkménistan (7,4 lits pour 1 000), en Mongolie (7) ou en Libye (3,7). Nous disposons de moins de médecins par nombre d’habitants que des pays comme Trinité-et-Tobago.

L’épidémie révèle les infrastructures d’un pays du « tiers monde » cachées sous le couvert de la richesse d’un pays du « premier monde ». Comme en France, les équipements de protection individuelle (EPI) des travailleurs de la santé sont rationnés. L’administration Trump a refusé d’obliger certaines entreprises à produire ces EPI et les ventilateurs nécessaires. Les pauvres et les travailleurs sont les plus durement touchés. Les Noirs et les Latinos sont surreprésentés parmi les victimes. Par exemple, les Noirs représentent 21 % de la population urbaine, mais 42 % des décès dus au Covid-19.

La classe ouvrière fait face à un effondrement de ses conditions d’existence

Même avant la crise, 31 millions d’Américains n’avaient pas accès aux soins de santé. Depuis le début de la crise du virus, 26 millions de personnes ont perdu leur emploi et donc, étant donné notre système, leurs soins de santé aussi.

La réponse de l’administration Trump est une comédie mortelle de désinformation. Il a approuvé en grande pompe le plan de relance dénommé CARES Act (pour Coronavirus Aid, Relief and Economic Security), doté de 2 000 milliards de dollars. Mais la loi ne prévoit que deux mois supplémentaires pour les allocations de chômage et un chèque unique de 1 200 dollars aux individus. En attendant, le plan de relance comprend des milliards de dollars versés sous un prétexte ou un autre aux riches. Dans le même temps, la banque de la Réserve fédérale prévoit des sommes extraordinaires pour racheter la dette pourrie accumulée par les sociétés financières. Les détails de cette dernière distribution aux riches sont encore en cours de découverte.

Les réactions du côté des travailleurs « essentiels »

La population a commencé à réagir de façon limitée. Dans l’ensemble des États-Unis, les livreurs, les employés des épiceries, les travailleurs des transports en commun et des soins de santé ont été désignés comme « travailleurs essentiels ». Ceux-là continuent de travailler. Résultat : les travailleurs de la santé ont 11 % plus de risque que la population générale de tomber malade. De nombreux rapports font état d’une surmortalité chez les travailleurs des transports en commun et des épiceries.

Nous avons vu des actions et protestations diverses parmi les travailleurs d’Amazon, de General Electric, de McDonalds, des usines de conditionnement de la viande, parmi les chauffeurs de bus, les chauffeurs de camion et les travailleurs uberisés, ainsi que ceux de l’automobile. Ils ont exigé davantage de protocoles et d’équipements pour protéger leur propre sécurité et ont remis en question les priorités de leurs patrons. Ces actions, dispersées dans tout le pays, sont parfois organisées par les syndicats, mais sont menées par les travailleurs eux-mêmes.

Dans les hôpitaux

Les infirmières et autres travailleurs de la santé ont organisé des manifestations publiques dans des voitures ou avec une distance suffisante entre manifestants, pour protester contre l’insuffisance des équipements de protection individuelle (EPI). À Kaiser Oakland, un grand hôpital faisant partie d’une importante chaîne de soins en Californie, une centaine d’infirmiers ont manifesté mercredi à propos du manque d’EPI.

Les initiatives de solidarité

Il y a peu d’infrastructures en place pour aider les gens qui ne peuvent pas sortir de chez eux. Du coup, certains quartiers se sont organisés pour fournir de la nourriture, des médicaments et des moyens de transport aux personnes âgées ou malades. Le personnel scolaire s’est organisé pour fournir de la nourriture aux familles des étudiants qui dépendent des repas qu’ils reçoivent à l’école. Les églises, les ONG et les banques alimentaires ont recruté des bénévoles et sollicité des dons pour essayer de fournir des sacs de nourriture aux nombreuses personnes qui n’ont ni travail ni argent.

Les gens commencent à s’organiser pour protéger les locataires contre les expulsions de leur logement. Il y a eu des protestations à propos de l’exposition au virus des détenus dans les prisons, mais aussi pour dénoncer la situation des sans-papiers et des sans-abris.

Les manifestations contre le confinement

Entre-temps, un nouveau phénomène est apparu – de petites manifestations contre les ordres de rester chez soi – dans le Michigan, le Texas, le Maryland, Washington et la Pennsylvanie. Ces manifestations expriment les griefs des personnes qui se retrouvent sans aucun moyen de subsistance, souvent des propriétaires de petites entreprises qui se retrouvent sans rien. Dans le Michigan, la manifestation a été organisée par des habitants de petites villes qui n’ont pas été touchés par le virus et qui veulent reprendre le travail. Des groupes d’extrême droite ont utilisé cette manifestation pour promouvoir leur politique réactionnaire pro-Trump, qui a des adeptes dans ces milieux. Ces personnes ne sont pas seulement des partisans résolus de l’extrême droite et de Trump. Mais ils ne voient pas d’alternative, vu que le Parti démocrate reste silencieux pour ce qui est de leurs problèmes.

Une situation qui évolue rapidement

Dans l’ensemble, la situation évolue et se développe rapidement, avec des débuts de réponses parmi ceux qui travaillent en ce moment. Sur les lieux de travail où nous sommes actifs, certains travailleurs ont organisé de petites manifestations pour protester contre le manque de sécurité, et ont tenu des discussions hebdomadaires sur les plateformes Zoom, parfois avec plus de 30 travailleurs. Certains militants ont pris contact avec des locataires qu’ils connaissent en réfléchissant à ce qu’il faudra faire lorsque les propriétaires tenteront de les expulser. Bien des initiatives à prendre, au fur et à mesure que les événements se développent.

Ann Lessing

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