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Accueil > Les articles du site > Meeting vidéo du 26 avril 2020 : ce virus qui ébranle le monde (...)

Présentation du meeting vidéo de l’Étincelle du NPA, du dimanche 26 avril 2020

La colère gronde et les riches ont peur !

Mis en ligne le 29 avril 2020 Article Monde

« Dans le monde, troubles sociaux, manifestations violentes, révoltes, voire révolutions… Les risques d’effondrement de la société, mis sous le boisseau par les mesures de confinement adoptées dans la majorité des pays du monde, pourraient de nouveau faire irruption dans le paysage […]

« La crise sanitaire du Covid-19 ne fera qu’exacerber les conditions préexistantes d’inégalité partout où elle frappe.

« À plus ou moins brève échéance, certains s’attendent à des soulèvements et des révolutions.

« La perspective de la fin du confinement pourrait bien réveiller le volcan d’une contestation sociale qui couvait avant le déclenchement de la pandémie. »

Est-ce qu’une fois de plus, ce sont les militants gauchistes qui prennent leurs désirs révolutionnaires internationalistes pour la réalité ? Eh bien non. Cette fois, c’est l’ennemi de classe qui fait ce constat. Plus précisément l’éditorialiste du journal patronal Les Échos, de mardi dernier, que j’ai cité textuellement [1]. En un mot, ce lanceur d’alerte qui invoque le volcan de la contestation sociale mondiale, c’est la voix du Medef, autrement dit celle des donneurs d’ordre et conseillers de Macron et ses ministres.

Le même jour, le journal Le Monde, cette fois, la référence de la bourgeoisie française bien pensante, titrait à la Une en gros caractères : « La planète bascule dans la crise sociale » en y consacrant tout un dossier qui parlait d’un « gigantesque choc social ».

Et ce choc social, les dirigeants de notre monde le regardent attentivement, car qui sait combien de révoltes s’y cachent ? Le monde était déjà une poudrière avant le coronavirus, et ils se demandent ce qui pourrait jouer le rôle d’étincelle, entre la faim, le chômage et la répression, qui tous, à des degrés divers, frappent les travailleurs du monde entier. Une pandémie de révoltes et de révolutions sociales pourrait bien suivre celle du coronavirus. Il se pourrait même que le renversement du capitalisme soit à l’ordre du jour. En tout cas c’est ce que craignent les possédants.

État des lieux en ce moment

Dans la plupart des pays riches, avec différents temps de retard, on a pratiqué un confinement destiné à gérer la pénurie et l’insuffisance des structures hospitalières, en même temps que le chômage augmente, voire explose, comme aux États-Unis, et que les revenus de la population baissent. Dans les pays pauvres, les conséquences sociales et économiques des mesures de confinement ont bien souvent précédé la contamination massive de la population par le virus. En Inde, le confinement brutal et policier a laissé dans le dénuement le plus total des centaines de milliers de travailleurs, travailleurs qui ont perdu subitement leur travail et cherché par tous les moyens à retourner dans leur village d’origine pour ne pas subir une mort certaine dans les rues des mégalopoles indiennes. Pour vous donner une idée de la détresse des travailleurs du monde entier, l’OIT (L’Organisation internationale du travail, l’agence spécialisée de l’ONU), précise que 60 % de la population active mondiale vit de revenus journaliers dans l’économie informelle : cela représente deux milliards de personnes. Et pour la plupart, il ne faut pas compter sur de quelconques aides sociales.

Quelques exemples de la crise parmi tant d’autres

À Mayotte, le gouvernement français a bien dépêché un porte-hélicoptère sur place… mais plus pour contrôler une population qui vit à 80 % sous le seuil de pauvreté que lui apporter de l’aide, selon les dires d’un maire des Républicains.

À São Paulo, les mesures de confinement du 23 mars ont été plus rapides que celles pour aider les pauvres : les enfants qui auparavant pouvaient compter sur l’école pour manger se retrouvent sans rien, notamment dans les favelas.

À Gaza, cette prison perpétuelle à ciel ouvert, la première réaction de la jeunesse a été l’humour : Eh oui, rigolent les Gazaouis, « Gaza est l’endroit le plus sûr du monde, grâce au blocus israélien qui empêche tout déplacement ! » Sauf que la blague vire au tragique quand on sait que 17 des installations hospitalières de Gaza ont été bombardées lors de la guerre de 2014. Que dire de la Cisjordanie : les travailleurs palestiniens qui se rendent tous les jours en Israël sont renvoyés de l’autre côté du check-point à la moindre suspicion de Covid-19, sans aucun traitement.

Et dans tous ces pays pillés par les grandes puissances et qui dépendent désormais essentiellement de l’importation de nourritures de base, que se passe-t-il ? La famine se fait sentir, déjà. L’Afrique, et en particulier l’Afrique sub-saharienne, est le continent le plus menacé. La Somalie et le Soudan du Sud souffrent de la perturbation des approvisionnements en céréales. L’Angola, le Nigeria, le Tchad, sont tributaires de leurs exportations pour payer les importations de denrées. Sans oublier l’arrêt du tourisme et, pire encore, l’effondrement des envois de fonds des émigrés. La situation devient intenable. Et parmi les pays les plus menacés par les pénuries alimentaires, il y a aussi les pays exportateurs de pétrole, comme l’Iran, l’Irak, l’Algérie… Plus dramatique encore, le Yémen et la Syrie en proie à la guerre.

Alors, dans de nombreux pays, un seul cri résonne : que choisir, mourir de faim ou mourir du coronavirus ? Face à la crise, les gouvernements se tournent vers un confinement répressif, meurtrier. Dans les townships sud-africains, la police disperse les habitants devant les magasins à l’aide de canons à eau, de balles en caoutchouc, voire de fouets. Sans parler de ce qui se passe en Inde, entre autres.

Mais fait-il pour autant si bon vivre dans les pays riches de notre planète ?

Une camarade américaine fera le point tout à l’heure sur la situation aux États-Unis, mais mentionnons une seule image : celle, en Pennsylvanie (au nord-est du pays) d’une queue de voitures de 14 kilomètres de long du côté de Pittsburgh au début du mois, où 800 voitures sont venues récupérer des colis alimentaires – et cette scène se répète toutes les semaines.

Et la France n’est pas en reste dans la misère, comme l’a montré la colère des quartiers populaires le week-end dernier… Il y a aussi les étudiants, les premiers à avoir perdu un job pourtant essentiel pour leur survie. Dans les squats de migrants, ce sont les associations qui permettent le ravitaillement et le suivi sanitaire et dans certains campements roms, il a fallu la menace du virus (et la pression des associations) pour que l’eau courante soit installée.

Dans un e-mail récent dévoilé par le Canard enchaîné, le préfet de Seine-Saint-Denis, évoque : « des [potentielles] émeutes de la faim », « Nous comptons entre 15 000 et 20 000 personnes qui, entre les bidonvilles, les hébergements d’urgence et les foyers de travailleurs migrants, vont avoir du mal à se nourrir. »

Les bons conseils de Bill Gates

Alors bien sûr, on a droit aux leçons de certains capitalistes « philanthropes », ces milliardaires qui font la charité d’un milliard après en avoir gagné, au bas mot, 100 fois plus. Écoutons Bill Gates, le gourou de Microsoft, l’homme le plus riche du monde : « personne ne peut continuer le business as usual. [business comme d’habitude] […] si nous prenons les bonnes décisions […], nous pouvons sauver des vies et faire que le pays reprenne le travail. » Notez bien : comme ici, en France, il s’agit de faire reprendre le travail. Rien de très humaniste là-dedans : si on sauve des vies, c’est pour que leur économie reparte. Et pourquoi tant de compassion aujourd’hui ? Eh bien contrairement à d’habitude, l’épidémie, au tout début, ne s’est pas propagée parmi les populations pauvres, mais a suivi le parcours… des échanges planétaires par avion, comme vous l’avez sûrement déjà vu, via les hommes d’affaires et autres congrès de managers, et accessoirement quelques rassemblements évangélistes. Bref, ce virus a d’abord touché le haut de la chaîne de commandement… Cela ne leur a par exemple jamais posé trop de problèmes que, chaque année, 400 000 personnes meurent du paludisme dans les pays pauvres.

À quand la pandémie sociale ?

Nous sommes sept milliards répartis dans près de 200 pays. Et pourtant, la grande bourgeoisie applique partout la même politique, avec des méthodes similaires, bien qu’à des degrés divers. Et, si nous ne réagissons pas, ils nous feront partout payer la facture. Justement, des réactions, il y en a, et elles dessinent un avenir de solidarité et d’organisation entre exploités, bien plus sympathique que celui promis par les capitalistes. Quelques exemples :

En Chine, sur le mois de mars, l’ONG China Labour Bulletin recensait 52 sites où des protestations avaient eu lieu (et avaient fuité sur les réseaux), puis 19 sur le mois d’avril, la plupart du temps pour des impayés de salaire dans des usines ou hôpitaux, mais aussi de nombreux chauffeurs de taxis qui protestent contre l’absence de tout revenu durant le confinement. [2]

Les ouvrières du textile au Bengladesh sont dans la même situation : la demande en production de Zara, H-M et autres se raréfient, les salaires restent impayés et la colère qui grondait éclate.

Aux États-Unis, de Amazon aux usines automobiles du Midwest, comme dans le Michigan ou l’Ohio, les travailleurs sont partis en grève sauvage contre leurs directions mais aussi contre leurs représentants syndicaux pour exiger des conditions de travail permettant de faire face au virus.

En Grèce, une entreprise de taxi, Taxibeat, rachetée récemment par le groupe Daimler, a vu ses travailleurs se coordonner pour résister aux attaques et organiser un débrayage massif le 9 avril dernier.

Et je passe sur les réactions de bien des travailleurs en France, dont nous avons parlé la semaine dernière.

Les riches dansent sur un volcan, et ils le savent

La pandémie et les mesures de confinement ont certes stoppé les nombreuses mobilisations en cours en Algérie, au Soudan, au Chili, en Irak, au Liban et aussi en France. Provisoirement. Car la contestation couve toujours sous d’autres formes. Il n’y a pas que les réunions de boulot ou les apéros qui se fassent à distance. Les réunions virtuelles peuvent aussi marcher pour l’expression de la colère. C’est que le monde d’après, celui que souhaitent les exploités, se prépare dès maintenant.

Une fois l’urgence médicale passée, il pourrait bien y avoir, comme le craint le journal patronal Les Échos, « troubles sociaux, manifestations violentes, révoltes, voire révolutions ». Les travailleurs, les pauvres du monde entier auront pu voir que les riches du monde entier les traitent de la même façon. De quoi nous unir dans une même lutte.

Les militants révolutionnaires

Et c’est dans un tel contexte que la voix des révolutionnaires, aujourd’hui certes encore minoritaires, peut se faire largement entendre auprès des exploités et des opprimés. Une voix totalement subversive, qui s’oppose à l’union nationale, au repli derrière les frontières et au compromis avec les régimes en place. Des organisations révolutionnaires, en particulier du courant trotskyste, même si la plupart du temps il s’agit de petits groupes, existent dans la plupart des pays ayant connu des vagues contestataires en 2019. Et plus nombreux encore sont ceux, sans forcément être encartés, qui se disent révolutionnaires, l’ont exprimé et réfléchissent aux moyens de s’entourer, de se regrouper, de tisser des liens entre militants de différents pays et de proposer de véritables perspectives aux révoltés. C’est dans ces circonstances que de véritables partis révolutionnaires peuvent faire leurs preuves, voire permettre l’émergence, enfin, d’une internationale ouvrière. C’est ainsi que « les idées deviennent une force, quand elles s’emparent des masses » disait le jeune Karl Marx. Bref, de quoi envisager sérieusement le monde d’après, le nôtre.

Selma Timis

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