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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 145, mai 2022 > La lutte de classe contre l’illusion électorale

La cohabitation tous azimuts de Mélenchon

« Un autre monde est encore possible. […] Le 12 et 19 juin en vous appelant à m’élire comme Premier ministre je vous appelle en vérité à faire vivre un nouvel avenir en commun pour notre peuple » a déclaré Jean-Luc Mélenchon à l’annonce de la réélection de Macron. Il faut dire qu’il avait déjà affiché cette ambition dès le premier tour. Il avait même précisé, lors d’une longue interview sur BFM, qu’il se verrait Premier ministre aussi bien avec Marine Le Pen qu’avec Emmanuel Macron. Que lui importe si ce qu’incarnaient les deux candidats du deuxième tour, et aujourd’hui le vainqueur, est contraire aux aspirations de ceux qui ont voté pour lui.

Lui qui a tant décrié depuis des années le système de la cinquième république, notamment le rôle présidentiel qu’il qualifie de « monarchique », vante désormais les charmes de la « cohabitation ». Faisant mine d’oublier que c’est le président qui choisit le Premier ministre, qui est le chef des armées, contrôle la politique internationale et a le droit de dissoudre l’Assemblée s’il la juge ingouvernable.

Et il fait miroiter la promesse de « tout changer » à condition qu’un maximum d’électeurs vote pour les listes de la France insoumise ou de la nouvelle Union populaire élargie qu’il espère constituer sur la base de son résultat électoral et de son programme. C’est ce qu’il appelle son « troisième tour », un tour de passe-passe électoral. Rien à voir avec le troisième tour social, celui des luttes qui permettraient d’arracher des mesures urgentes pour les classes populaires, notamment l’interdiction des licenciements et une augmentation générale des salaires si vitale pour les travailleurs. Mais il est vrai que ces mesures d’urgences-là ne sont pas à son programme.

Un holdup électoral ?

Si Mélenchon répète à qui mieux mieux que les électeurs ne sont pas des moutons et qu’ils décident en leur âme et conscience, il n’a qu’une recette : élisez-moi et je ferai le reste. Et il leur fait miroiter une solution de cohabitation comme on en a connu par exemple avec le tandem Chirac-Jospin et son gouvernement de « gauche plurielle » à la fin des années 90. Mélenchon en était ministre. Ce gouvernement avait privatisé à tout-va, enterré par sa politique anti-sociale les espoirs des classes populaires et favorisé ainsi la montée du Front national à la présidentielle de 2002. Un tandem Macron-Mélenchon (ou Le Pen-Mélenchon envisagé) ferait-il mieux ?

Croire les promesses creuses ou se donner les moyens de prendre sur les profits capitalistes ?

Tout ce que peut nous révéler son bluff du « élisez-moi Premier ministre », c’est d’avouer que lui-même et tous ces politiciens, quels que soient leurs bords politiques, n’ont rien d’incompatible.

Et pour cause, même ses promesses électorales dites sociales ne vont pas loin : certes, le retour à la retraite à 60 ans, mais avec 40 annuités (pas le retour aux 37,5), ce qui veut dire pour beaucoup, et surtout pour les femmes, travailler bien plus tard pour avoir un taux plein ; un smic bien modestement à 1400 euros net (il est actuellement à 1302 euros).

Il promet aussi pour les jeunes la restauration du service militaire obligatoire (ou service civique au choix). Et quand il parle d’un peu plus de justice, de « redistribution » des richesses, il se garde bien de dire laquelle et avec quelle force il l’imposerait. Pas question de remettre en cause le système capitaliste, plutôt convaincre les patrons du bien-fondé de ses propositions !

Si Mélenchon se flatte de l’héritage du Front populaire de Léon Blum, c’est en faisant l’impasse sur la grève générale de juin 1936 qui avait imposé au patronat des hausses de salaire et les congés payés sous les regards effrayés de cette gauche qui gouvernait.

Votez pour économiser des kilomètres de manifestation, nous dit le chef de file de la France insoumise. Et laissez nous cohabiter tranquilles. Tout un programme.

Anne Hansen

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