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La catastrophe sanitaire en Inde : à qui profite le crime ?

Avec 3 700 décès dans la seule journée de dimanche, près de 400 000 nouvelles contaminations par jour, et un bilan total officiel (volontairement sous-estimé) de plus de 205 000 morts du Covid, l’Inde bat aujourd’hui tous les records de la crise sanitaire. Et dans ce pays où la pratique majoritaire est l’incinération des défunts, on en est à organiser des bûchers collectifs en pleine rue.

En janvier dernier le chef du gouvernement indien, leader de l’extrême droite religieuse hindouiste, Narendra Modi, déclarait que l’Inde avait contenu le coronavirus, que la crise était passée et son pays un modèle. En ce début d’année le gouvernement indien n’était occupé qu’à envoyer sa police contre les paysans qui avaient investi la capitale New Dehli pour protester contre une loi qui les ruinait au profit des magnats de l’agro-alimentaire.

Gouvernement d’extrême droite et milliardaires

L’ampleur de la catastrophe sanitaire en Inde serait-elle seulement le résultat de l’irresponsabilité meurtrière d’un chef de gouvernement, singeant à sa façon un Donald Trump niant la gravité du virus, mais dans un pays tellement plus grand et tellement plus pauvre ? En partie seulement.

Car l’Inde n’est pas un monde à part, un pays pauvre où la maladie frapperait comme une fatalité. L’Inde n’est qu’une partie de notre monde riche, où les contrastes sociaux sont les plus exacerbés. Les fortunes des quelques milliardaires indiens, le patron de Mittal (acier), de Reliance Industrie (pétrole, téléphonie) et d’autres n’ont rien à envier aux plus riches patrons des États-Unis ou de France. Pendant qu’un ingénieur touche autour de 200 € par mois et qu’au bas de l’échelle 220 millions d’Indiens vivent avec moins de 32 roupies, soit 0,36 euro par jour.

Numéro un du vaccin et du nombre de morts

Or l’Inde est un pays moderne. Il est en ce moment même le premier producteur de vaccins du monde, qui, jusqu’à ces toutes dernières semaines, étaient essentiellement réservés à l’exportation, si rentable. Toutes les grandes compagnies du monde lorgnent sur les cohortes d’ingénieurs si peu payés que compte l’Inde, pour faire tourner leurs R&D (recherche et développement), leurs services commerciaux et leurs productions. À l’exemple de General Electric, Hewlett-Packard, IBM, ou de Renault qui y sous-traite une partie de sa recherche, d’Air France qui y a délocalisé une bonne partie de son informatique.

Hôpitaux privés et corruption

Le budget de santé en Inde n’est que de 1,8 % du PIB du pays. Les hôpitaux publics sont officiellement gratuits mais ne représentent qu’un peu plus de 37 % de l’ensemble des hôpitaux indiens, où le nombre de lits, de places en réanimation et de ventilateurs sont insuffisants, même en temps normal. Quant au secteur privé, toujours très cher, c’est la course éperdue aux profits, accompagnée d’une corruption à tous les niveaux qui atteint le summum en cette période de pandémie.

Résultat : deux ou trois malades par lit à l’hôpital public, pour ceux qui ont la chance de pouvoir y entrer ; pour être pris en charge dans un hôpital privé, c’est au départ un dépôt de 100 000 roupies (1 100 euros) qu’il faut verser, soit huit fois le salaire mensuel d’un ouvrier, plus 20 000 roupies (près de deux mois de salaire) pour le transport du malade, et la bonbonne d’oxygène au marché noir se vend 40 000 roupies (50 fois son prix).

L’hypocrisie des grandes puissances

Aujourd’hui une trentaine de pays auraient décidé d’aider l’Inde. Il faut voir comment. La Russie a envoyé 1,5 million de doses de vaccin Spoutnik V pour un pays de 1,3 milliard d’habitants. La Grande-Bretagne, une cargaison de ventilateurs. Et la France s’est fendue d’un avion de matériel. Le chargement d’un seul avion, au moment même où est rouverte une plainte en corruption pour les pots-de-vin versés en 2016 pour la vente de 36 avions Rafale, des avions de guerre ceux-là, vendus par Dassault au gouvernement indien pour 7 milliards d’euros.

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