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La SNCF s’attaque aux repos des cheminots

4 avril 2020 Article Entreprises

En s’appuyant cyniquement sur la crise sanitaire actuelle, le gouvernement redouble ses attaques sur le droit du travail. Ses ordonnances, dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, prévoient notamment la possibilité aux employeurs d’imposer la prise de congés à des salariés pendant le confinement. Seule « barrière » — toute relative ! — à cette disposition : la nécessité d’un accord d’entreprise. Mais pas de problème pour la direction de la SNCF qui a trouvé un moyen de contourner la loi : il lui suffit d’imposer des « repos » au lieu de « congés ». Les directions d’établissements demandent donc aux cheminots de poser cinq jours de repos sur le mois d’avril avant le 10 de ce mois. Au-delà de cette date, c’est la direction qui placera de force ces cinq repos. Repos supplémentaires (l’équivalent des RTT), repos compensateurs pour travail de nuit, compte épargne-temps… Tous les coups sont permis ! Et tant pis pour ceux qui avaient prévu de poser tous leurs repos plus tard, ou pour ceux qui ont mis plusieurs années à épargner des repos, bien souvent parce qu’ils n’ont pas pu les prendre dans l’année

À l’heure où nous écrivons, dans bien des services, les réactions sont vives. Cette attaque est vécue comme une double peine par beaucoup de cheminots. Ceux qui continuent de travailler prennent déjà des risques pour leur santé, d’autant plus que les mesures de protection sanitaire sont souvent arrivées de manière tardive et/ou restent insuffisantes. Quant aux cheminots confinés, ils sont loin d’être au repos ! Certains sont en garde d’enfants pas faciles dans des espaces confinés, en télétravail, souvent l’occasion pour la direction d’imposer une surcharge de travail. Et pour ceux qui doivent rester chez eux en arrêt maladie ou garde de gosses, les salaires sont déjà amputés des majorations pour travail de dimanche et de nuit. Et la pression de la direction est abjecte, elle mise sur le fait que dans la situation sanitaire dramatique que nous vivons, les cheminots ne se sentiraient pas de protester sous prétexte qu’ils ne seraient pas les plus mal lotis et qu’ils pourraient bien, eux aussi, consentir quelques sacrifices, non ? Des collègues ne sont pas insensibles à ces pressions morales.

La direction évoque donc « l’effort de solidarité demandé par le gouvernement ». Mais on a bien du mal à voir en quoi la suppression des repos des cheminots aidera les personnels des hôpitaux et des Ehpad dans leur lutte contre la pandémie. C’est en fait une mesure de plus qui vise à faire payer la crise aux travailleurs, une mesure particulièrement abjecte dans un secteur où les travailleurs continuent de prendre des risques pendant le confinement.

Cela n’a d’ailleurs échappé à personne qu’il y a quelques années tous les travailleurs ont déjà perdu un jour férié au nom de la « solidarité ». À l’époque, il s’agissait d’être solidaires avec les anciens, d’allouer prétendument plus de moyens pour leur prise en charge par la société. Des années plus tard, on le voit aujourd’hui, la situation est scandaleuse dans les Ehpad. Ce sont plusieurs milliers de décès liés au Covid-19, pendant longtemps non comptabilisés par le gouvernement. Et comme dans les hôpitaux, le même manque de moyens pour le personnel qui y travaille. Ce ne sont pas les sacrifices des uns qui font les améliorations pour les autres : tout le monde est perdant !

Si tous doivent être « solidaires », comme le dit le gouvernement, certains semblent l’être plus que d’autres. Pour les travailleurs, ce seront des salaires amputés et des repos ou congés en moins tandis que pour les banques et les grands groupes capitalistes, plusieurs centaines de milliards d’euros sont débloqués pour surmonter la crise. Voilà où passe l’argent qui manque aux hôpitaux.

En réalité, la suppression des repos est surtout une mesure qui permettra à la direction de faire travailler davantage les cheminots une fois le confinement terminé. Dans une entreprise où le sous-effectif est devenu la norme dans de nombreux services, au lieu de refuser les repos, la direction espère s’autoriser plus facilement encore à les supprimer tout simplement. Car une fois le confinement terminé, il s’agira bien de redémarrer la machine à profits des grands groupes capitalistes.

Maintenant que les attaques du gouvernement et de la direction de la SNCF se précisent, il faut discuter des moyens de riposter. Sur nos lieux de travail ou sur les réseaux sociaux, en attendant de pouvoir reprendre la rue, c’est dès maintenant que la mobilisation doit se construire.

Lucien Astier

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