LES LICENCIEURS DOIVENT ETRE LES PAYEURS
29 mai 2000 Éditorial des bulletins L’Étincelle
La semaine dernière, représentants du patronat et des confédérations syndicales se sont mis d’accord sur un compromis fixant le cadre des négociations sur la réforme de l’assurance chômage. Ils doivent se rencontrer à nouveau pour définir d’ici à la fin juin de nouvelles règles de l’UNEDIC. Les uns et les autres prétendent être sortis gagnants de ce premier round, le Medef pour avoir amené tous les syndicats à « entrer de plain-pied dans la négociation », les confédérations syndicales pour avoir fait reculer le patronat, du moins le prétendent-elles.
Les intentions du patronat sont pourtant clairement affichées : il propose de remplacer l’allocation chômage dégressive actuelle, déjà « peau de chagrin » puisqu’elle diminue tous les quatre mois, par une autre allocation, soumise à l’engagement du chômeur à accepter un des emplois proposés après le passage d’un « bilan de compétence ». Faute de quoi l’indemnisation lui serait supprimée. Le patronat nomme ce dispositif contrat d’aide au retour à l’emploi, en abrégé CARE.
CARE en anglais signifie attention ! Mais même en français il y a de quoi être sur ses gardes !
Il s’agit de toute évidence d’un artifice supplémentaire destiné à réduire le nombre de chômeurs indemnisés et surtout à les contraindre à accepter n’importe quel emploi, même précaire, même sous-payé, même sans rapport avec leur qualification. Et c’est une pression supplémentaire pour faire baisser l’ensemble des salaires, autant ceux des travailleurs qui ont un emploi que ceux qui n’en ont pas.
Nicole Notat, la dirigeante de la CFDT, s’est dès le début félicitée du projet du Medef, alors que les autres syndicats le dénonçaient dans un premier temps. Mais tous les représentants des confédérations syndicales ont fini par s’entendre sur un contre-projet de la même eau, baptisé convention au lieu de contrat. Seule différence avec le projet initial, le « nouveau » CARE ne serait plus obligatoire : le chômeur aurait le choix entre une indemnisation dégressive du genre de l’actuelle et une indemnisation fixe dont le montant n’est pas encore déterminé et soumise à des conditions, elles aussi à définir. Mais facultatif ou pas, ce nouveau système constitue une nouvelle pression sur les chômeurs, dans le droit fil des exigences patronales.
En même temps que le patronat cherche à diminuer l’indemnisation des chômeurs, il revendique la mise en place de nouveaux types de contrats provisoires de travail. Ne se contentant pas des CDD actuels, il veut des salariés encore plus précaires. Quant à Martine Aubry, la ministre du Travail, elle lorgne sur les caisses de l’UNEDIC redevenues ces derniers mois excédentaires et dans lesquelles le gouvernement aimerait puiser, plutôt que de les voir servir à mieux indemniser les chômeurs.
Au moment de la mise en place de l’allocation chômage dégressive, en 1992, 12 % des chômeurs percevaient moins de la moitié du SMIC. Ils sont 40 % aujourd’hui. Quand le gouvernement se vante d’une légère baisse des statistiques du chômage, il se réfère au nombre des seuls chômeurs indemnisés. Nuance ! Car si les chiffres officiels parlent encore de deux millions et demi de chômeurs, ce sont en réalité près de sept millions de travailleurs qui sont touchés par cette gangrène, privés d’emplois ou réduits à des emplois partiels ou intermittents, sans compter les stages bidons. Plus d’un million de ménages ont des revenus en dessous du seuil de pauvreté. Plus de deux millions vivent avec moins de 90 francs par jour et par personne. Et le patronat continue de procéder à de nouvelles vagues de suppressions d’emplois, à Michelin, à l’Alstom, à Elf-Total ou ailleurs.
Il n’y a pas d’entente possible avec le patronat. Celui-ci continue sa guerre contre les travailleurs et les chômeurs. Méfions-nous alors comme de la peste de ces dirigeants syndicaux qui, sous prétexte de sauver la gestion paritaire des caisses de chômage, mais surtout leurs places dans ces institutions, sont à la recherche de toutes les alliances et contrats possibles avec le patronat et tournent le dos aux véritables moyens de défense des travailleurs : une lutte d’ensemble contre le patronat et le gouvernement à son service !

