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Accueil > Éditos de bulletins > 2000 > juin > 5

Assez des marchandages sur le dos des travailleurs et des chômeurs !

De nouvelles négociations ont eu lieu entre représentants du patronat et des organisations syndicales sur la réforme de l’assurance-chômage. Lors d’un premier round il y a deux semaines, toutes les parties avaient prétendu sortir gagnantes. Les ambitions patronales lors du deuxième tour de la semaine dernière ont cependant été à nouveau crûment affichées, au point que les représentants des syndicats CGT et FO, inquiets des réactions de leur base, ont pour les premiers refusé et pour les seconds suspendu leur accord. Mais le Medef compte sur le consentement de la CFDT, de la CGC et de la CFTC.

Le patronat veut remplacer l’allocation chômage dégressive actuelle – déjà « peau de chagrin » puisqu’elle diminue tous les quatre mois – par une autre allocation soumise à l’engagement du chômeur à accepter un des emplois proposés, après passage d’un « bilan de compétence ». Faute de quoi l’allocation lui serait supprimée. Le patronat nomme ce dispositif « contrat d’aide à l’emploi », en abrégé CARE, qui signifie en anglais « attention ».

Il y a effectivement de quoi être sur ses gardes ! Le CARE est évidemment une attaque contre les chômeurs dont le patronat cherche à réduire le nombre des indemnisés, mais l’offensive est en réalité dirigée contre l’ensemble des travailleurs. D’abord parce que personne n’est à l’abri du chômage et la poursuite des vagues de suppressions d’emplois, comme à Michelin, à l’Alstom, à Elf Total et ailleurs, le prouve. Et le chômage touche de près ou de loin toutes les familles, pesant ainsi sur le niveau de vie de l’ensemble de la classe ouvrière. Ensuite parce que le CARE vise à contraindre les chômeurs à accepter n’importe quel emploi, même précaire, même sous-payé, même sans rapport avec leur qualification, ce qui constitue une énorme pression à la baisse sur tous les salaires.

Nicole Notat, dirigeante de la CFDT, s’était dès le début félicitée du projet du Medef. Les autres syndicats avaient un peu grogné, mais ils se sont tout de même ralliés à une déclaration favorable sur un projet analogue rebaptisé convention au lieu de contrat, au prétexte que le choix serait laissé au chômeur entre une indemnisation dégressive à l’image de l’actuelle et le système CARE. Puis le patronat est revenu à la charge, promettant tel aménagement à tel syndicat, telle concession à tel autre… ainsi que des « compensations financières pour participation à l’UNEDIC » aux futurs signataires ! Tenez mon brave !

En même temps le Medef essaye de faire passer la mise en place de nouveaux contrats provisoires de travail. Ne se contentant pas des CDD actuels, il veut des salariés encore plus précaires. Quant à Martine Aubry, la ministre du Travail, elle lorgne sur les caisses de l’UNEDIC redevenues excédentaires dans lesquelles le gouvernement aimerait puiser plutôt que de les voir servir à mieux indemniser les chômeurs. Et le gouvernement est favorable à un accord pourri entre Medef et syndicats auquel il donnera sa caution.

Au moment de la mise en place en 1992 de l’allocation chômage dégressive, 12 % des chômeurs recevaient moins de la moitié du SMIC. Ils sont 40 % aujourd’hui. Le gouvernement se vante bruyamment d’une légère baisse dans les chiffres du chômage. Il se réfère aux statistiques officielles, faisant encore état de deux millions et demi de chômeurs. Mais en réalité près de sept millions de travailleurs sont victimes de cette gangrène. Plus d’un million de ménages ont un revenu en dessous du seuil de pauvreté. Parallèlement le nombre de « pauvres au travail », c’est-à-dire de personnes ayant un emploi payé à moins de 3650 F par mois, est passé de 5 % à 10 % des salariés de 1983 à 1997.

Alors que le patronat continue sa guerre contre les travailleurs et les chômeurs, des dirigeants syndicaux, sous prétexte de sauver la gestion paritaire des caisses de chômage, mais surtout leurs places dans cette institution, sont à la recherche de toutes les alliances et contrats possibles avec le patronat. Ils tournent le dos aux véritables moyens de défense des travailleurs.

Avec ou sans eux, c’est une lutte d’ensemble, de ceux qui ont un emploi comme de ceux qui n’en ont pas, que nous devrons mener contre le patronat et le gouvernement à son service.

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