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Accueil > Éditos de bulletins > 1998 > mars > 9

LES FRUITS MURS DE LA COLERE

Un appartement parisien de 320 m2 à 17 millions, une paire de godasses à 11 000 F, une commission de 45 millions pour la vente de quelques frégates à Taïwan... non ce n’est pas la misère ou l’exclusion pour tout le monde. Ainsi va la vie pour un certain nombre de politiciens qui du haut de leur fonction au pouvoir, tantôt avec une étiquette de gauche, tantôt avec une étiquette de droite, « assistent » légalement et illégalement le capital dans sa course au profit.

Oui l’argent coule à flots dans ce pays. Et encore, là il ne s’agit que de quelques pourboires versés à des politiciens ou à leurs proches, en remerciement pour leurs bonnes oeuvres au profit des plus grosses entreprises de ce pays – celles du pétrole, celles de la distribution de l’eau, celles de l’armement – qu’ils aident à remplir leurs caisses, assurant en même temps grand train à leurs actionnaires et à leurs dirigeants.

Quand ces sociétés ne savent plus que faire de l’argent qu’elles amassent en pressurant les consommateurs, en pompant l’argent des contribuables, en exploitant toujours plus férocement les travailleurs, elles achètent d’autres sociétés. Témoin aujourd’hui la Générale des Eaux, qui à partir des profits venant de la privatisation de la distribution de l’eau, s’est « diversifiée » dans l’immobilier et les travaux publics, dans la santé en acquérant nombre de cliniques... et qui se paye maintenant Havas, l’empire des médias.

Le PDG d’Havas pourrait de ce fait nous dit-on être mis, à 59 ans, sur la touche... Avec une prime de « licenciement » comprise entre 35 et 50 millions de francs, on ne sait pas exactement. Qu’en pensent les licenciés de Renault, de Peugeot-Citroën, ou même les « préretraités » ? Ou encore les 20 000 chômeurs ayant cotisé plus de 40 ans, à qui, après une vie de labeur, Jospin vient de promettre qu’ils toucheront le minimum de 5 000 F par mois ? Et qu’en pensent tous les travailleurs – les privés d’emploi comme ceux qui sont en activité – à qui on refuse une augmentation de 1 500 F par mois et qu’on accuse de vouloir mettre l’économie en l’air ?

Jospin a sorti la semaine dernière son plan contre l’exclusion. Dans son projet, il n’y a aucune mesure pour s’attaquer à la source de l’exclusion, au chômage lui-même. Sa loi sur les 35 heures n’est pas faite pour ça, mais pour permettre aux patrons d’imposer l’annualisation, davantage de flexibilité et de précarité, et d’encaisser de nouvelles subventions. Quant à ceux qui sont exclus partiellement ou totalement du travail – près de sept millions aujourd’hui – Jospin leur refuse toujours l’augmentation de 1 500 F des minima sociaux, comme il refuse que les moins de 25 ans puissent toucher le simple RMI.

Des dizaines de milliers de manifestants ont fait entendre à juste raison leur voix samedi dernier. Qu’est-ce que relever les minima sociaux de 1 500 F par mois au regard des profits de la spéculation, des sommes englouties par l’Etat pour assister les patrons en leur distribuant l’argent du budget sous prétexte de l’emploi alors qu’ils n’en créent pas un seul ?

Des mesures d’urgence sont nécessaires. Pour interdire les licenciements et réquisitionner les entreprises qui suppriment des emplois, pour imposer la création d’emplois utiles grâce à l’arrêt des subventions au patronat et par le relèvement de l’impôt sur les profits du capital. Elles ne verront le jour que si elles sont imposées au patronat et à ses serviteurs du gouvernement. Il n’y a rien à attendre ni des Jospin ni des Juppé.

La seule façon alors dont nous pouvons nous servir utilement de notre bulletin de vote le 15 mars, c’est de voter pour les listes de Lutte Ouvrière. Car Lutte Ouvrière est le seul parti qui à l’échelon national se présente au nom des travailleurs, contre la gauche qui soutient ce gouvernement, contre la droite qui a soutenu les précédents, contre le Front National qui voudrait seulement prendre part au partage des postes et du pouvoir, avec la droite en l’occurrence.

Voter pour Lutte Ouvrière, c’est se prononcer clairement pour ces mesures d’urgence, de salut public dit Arlette Laguiller, et se compter avec tous ceux qui ont conscience qu’il faut les imposer par la lutte, dans les entreprises et dans la rue.

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