Après les succès de Lutte Ouvrière aux régionales Le prochain tour se jouera dans la rue et dans les entreprises
16 mars 1998 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Les résultats des élections régionales de dimanche ont certes confirmé grosso modo les résultats des législatives de l’an passé. La gauche conserve en pourcentage la plus grande partie de l’avance prise sur la droite en juin 97. Assez pour pouvoir espérer un rééquilibrage dans la répartition des présidences de régions, et donc contenter les ambitions des politiciens du PS, du PC ou des Verts. Assez aussi pour pouvoir prétendre que les électeurs seraient satisfaits de la politique du gouvernement.
Pourtant, l’abstention de plus de quatre inscrits sur dix montre que pas loin de la moitié des électeurs n’a trouvé aucune raison de faire un geste de soutien au gouvernement. Par ailleurs le maintien du Front national au pourcentage atteint lors des dernières élections indique qu’une fraction des couches populaires est toujours démoralisée, au point d’apporter ses voix à ses pires ennemis.
Et ce n’est pas la politique de ce gouvernement qui peut lui redonner l’espoir d’un changement de son sort. Depuis neuf mois les chiffres du chômage n’ont pas diminué. Aucune mesure n’a été prise pour arrêter les plans de suppression d’emplois que multiplient les grandes entreprises. Jospin n’a même pas consenti à un relèvement un peu significatif des minima sociaux, pas le moindre soulagement pour les 7 millions de chômeurs, précaires et exclus dont la majorité doit vivre avec 2 000 F par mois ou moins.
Toutes les mesures annoncées qui prétendaient s’attaquer au chômage se révèlent soit bidon, comme la loi à venir sur l’exclusion, soit une manière de favoriser encore les patrons et les capitalistes. Les 700 000 emplois-jeunes promis par Jospin ne seront jamais réalisés, et ceux qui le seront ne sont qu’une manière de mettre à la disposition des employeurs, publics ou privés, une main d’oeuvre précaire et à bon marché. La loi sur les 35 heures à la sauce Aubry n’aboutira qu’à verser de nouvelles subventions au patronat tout en poussant à la flexibilité et l’annualisation du temps de travail, donc pas d’embauches mais diminution des salaires réels. Et ainsi de suite...
Dans ces conditions le signe notable, et en tout cas le signe d’espoir, de ces élections ce sont les scores en augmentation de l’extrême-gauche, et surtout de Lutte Ouvrière.
La présence de vingt élus de Lutte Ouvrière dans les conseils régionaux ne changera pas la politique des gouvernants ni nationaux ni régionaux. Mais elle est possible parce qu’une fraction non négligeable de travailleurs, y compris des électeurs et militants de gauche, et notamment du PCF, ont donné consciemment leurs suffrages à un courant qui s’affirme en opposition résolue à tous les gouvernements de droite comme de gauche au service des riches et des patrons ; un courant qui appelle les travailleurs à ne compter que sur eux-mêmes pour imposer les mesures d’urgence, de salut public a dit Arlette Laguiller, qui pourraient mettre fin au chômage, à l’exclusion et à la misère.
Ces mesures d’urgence (interdiction des licenciements, réquisition des entreprises qui suppriment des emplois, augmentation des salaires et des minima sociaux d’au moins 1500 F, contrôle des travailleurs sur les comptes publics comme ceux des entreprises) ne peuvent être imposées que par une lutte d’ensemble.
Préparer cette lutte d’ensemble sur des objectifs qui correspondent aux intérêts de tout le monde du travail : voilà une politique que l’extrême-gauche défend depuis longtemps auprès du mouvement ouvrier. Sa nécessité s’imposera de plus en plus. Et au fond la plupart des travailleurs et militants de gauche, socialistes, communistes, syndicalistes, ceux qui ont voté dimanche pour Lutte Ouvrière, comme ceux qui voté pour la gauche plurielle, ne serait-ce que pour s’opposer à la droite, savent qu’il faudra bien en venir là.
Le plus tôt sera le mieux. Les sans-papiers, les sans-logis et les sans-emploi qui dimanche ont occupé des églises, des logements vides ou des permanences du PS, au risque de s’en faire vider par les flics envoyés par les amis de Jospin, l’ont revoté à leur manière : il y a urgence !

