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L’économie allemande dans la crise du coronavirus

Mis en ligne le 19 septembre 2020 Convergence révolutionnaire internationale Monde

L’Allemagne est le pays d’Europe ayant reçu le plus grand nombre de milliards dans le cadre de la crise du coronavirus. Même si quelques mesures apportent un soulagement dans des situations sociales critiques ou si la réduction temporaire de la TVA de 19 % à 16 % profite aussi aux ménages les plus modestes, la crise du coronavirus et les réactions politiques du gouvernement et des entreprises vont considérablement aggraver la fracture sociale en Allemagne. Pendant que les grands trusts reçoivent la plus grande part de ces milliards, pour les travailleurs, la crise signifie une détérioration des conditions de travail et le chômage.

Évolution des contaminations

Le nombre des personnes contaminées est resté faible jusqu’ici pour l’ensemble de l’Allemagne.

Au 7 septembre dernier, depuis le début de la pandémie, le nombre total de contaminations confirmées est précisément de 200 000 ; 184 000 personnes sont guéries et 9 054 sont décédées.

Les mesures concernant le virus ont partout été assouplies ; quant à la crise économique, les experts bourgeois des différents instituts économiques pensent que le creux de la vague est derrière nous.

Mais cela rend d’autant plus clair le fait que c’est dans les secteurs où les conditions de vie et de travail sont mauvaises que les risques de contamination sont beaucoup plus élevés pour les travailleurs. Le scandale actuel autour des usines de viande du grand groupe Tönnies montre comme sous une loupe tous les aspects répugnants du système capitaliste. Tönnies exploite au centre de l’Allemagne le plus grand abattoir d’Europe. La production n’est qu’en partie destinée au marché allemand ; comme toutes les grandes entreprises, Tönnies se développe aussi à l’étranger. Prochain objectif : le marché chinois. Les travailleurs viennent de l’Est de l’Europe. On sait depuis longtemps que les conditions de logement et de travail sont précaires dans tout le secteur. Les « engagements personnels » pris pour les améliorer n’ont jamais manqué. Tönnies a continué à produire durant toute la crise du coronavirus de façon tout à fait légale, avec une autorisation spéciale des autorités. Le groupe n’a pas non plus été contraint de respecter les règles de distanciation sociale car Tönnies était considéré comme « d’importance systémique ». Aujourd’hui, le nombre de contaminations dues au Covid-19 a explosé parmi les salariés et des districts entiers ont été de nouveau confinés. Et, en marge de l’affaire, on apprend que, durant la crise du coronavirus, le conseiller de Tönnies était Sigmar Gabriel, ancien chef des sociaux-démocrates et ex-ministre de l’Économie allemande, payé 10 000 euros par mois pour cette activité.

Même si, en Allemagne, le nombre des contaminations n’a jamais explosé au point que le système de santé soit débordé, les médecins s’attendent à une deuxième vague, au plus tard à l’automne.

Les effets sur l’économie

Depuis le début de la crise du coronavirus, rien n’était plus urgent pour l’économie que de relancer partout la production et de rattraper les mois « perdus ». L’association patronale Gesamtmetall s’attend à ce que l’économie allemande sorte « renforcée » de la crise.

Dans la deuxième quinzaine de mars, la production économique a chuté de près de 15 %. Les prévisions pour 2020 prévoient le retour probable de la croissance à partir du troisième trimestre et tablent sur un recul de 7,1 % pour l’ensemble de l’année. Les représentant(e)s des entreprises ne cessent de rappeler cette « tragédie » et de réclamer avec insistance des programmes financés par l’État et des atteintes aux conditions de travail. En menaçant en permanence de supprimer massivement des emplois – et ce ne sont pas que des menaces –, on vise à créer un climat où les salariés sont prêts à accepter d’importantes réductions de salaire. Dans cette affaire, les représentants syndicaux ont entièrement pris le parti des grands trusts, ils ont soutenu et repris nombre de leurs revendications économiques – surtout dans l’industrie automobile ; une situation qui est loin d’être facile pour la classe ouvrière allemande.

L’Allemagne fait figure de pionnier en matière d’aides financières aux entreprises. Jusque début juin, le gouvernement allemand leur avait fourni une aide de 1 200 milliards d’euros : en partie des paiements directs, mais aussi des crédits et des garanties, avec, début juin, un programme de relance de 130 milliards d’euros supplémentaires. Les petites entreprises et autoentrepreneurs en bénéficient aussi, mais ce sont de loin les grands trusts qui en profitent le plus. En plus de ces aides, ils ont d’autres possibilités : par exemple, la Lufthansa a reçu 9 milliards d’euros d’aides de l’État. Les grands trusts bénéficient aussi d’un soutien supplémentaire, comme les aides-corona de l’Union européenne et de ses nombreuses institutions. Il est difficile d’avoir une vue d’ensemble de toutes ces aides. Dernièrement, la chancelière allemande Merkel et le président français Macron ont mis en route un programme européen de relance de 750 milliards d’euros.

La crise économique, conséquence de la crise du coronavirus, frappe l’économie allemande de façon très diverse. Seules quelques entreprises industrielles ont fermé leur porte ; la plupart d’entre elles n’ont réduit leur production qu’après la rupture des chaînes de livraison. Certaines entreprises avaient des difficultés pour produire, car les parents étaient obligés de s’occuper de leurs enfants, des possibilités d’accueil alternatives ayant longtemps fait défaut. Ailleurs, les salariés préféraient rester chez eux : ils prenaient des congés-maladie plutôt que de s’exposer au virus, faute de protection au travail. Mais les fermetures ou les baisses de production n’ont duré que quelques semaines. Le secteur automobile, l’un des plus importants d’Allemagne avec ses 800 000 salariés en poste, se plaignait déjà avant la crise du coronavirus d’une crise mondiale des ventes et des coûts de conversion élevés pour passer aux voitures électriques et avoir davantage recourt au numérique dans la production. Même avant le coronavirus, la quasi-totalité du secteur avait programmé des suppressions d’emplois, dont des centaines de milliers avaient été annoncés, et commencé leur mise en œuvre. Mais n’oublions pas que, par exemple, en 2019, Volkswagen avait accru ses ventes dans le monde malgré la « crise » ! Malgré tout, les grands acteurs de cette branche d’industrie ont fait de juteux profits ; ils les ont même augmentés, comme Volkswagen. Donc, avec la crise actuelle, l’industrie automobile réclame des aides supplémentaires à l’État et veut réduire les droits des travailleurs, le coronavirus n’est qu’une nouvelle occasion de sauver les profits, voire de les augmenter ; ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de « perdants » : quelques entreprises vont faire faillite et disparaître, surtout dans les secteurs de la sous-traitance. C’est la conséquence de la lutte acharnée qui se déroule au sein de l’industrie automobile mondialisée. Mais ce sont surtout les salariés qui risquent d’être les « perdants ».

Conséquences pour les travailleurs : travail à temps partiel et chômage

Depuis la crise du coronavirus, le nombre de salariés en chômage partiel et de chômeurs a subitement augmenté.

En Allemagne, le terme « Kurzarbeit » signifie que, pendant un certain temps, l’entreprise demande à ses salariés de travailler moins ou pas du tout (dans le dernier cas, on appelle cela « Kurzarbeit Null »). Les heures travaillées sont payées et l’État compense 60 % ou 67 % de la perte de salaire. Pendant la crise du coronavirus, le gouvernement a décidé de faire passer cette « indemnité de chômage partiel » à 70 % ou 77 % après trois mois de chômage technique et à 80 ou 87 % après six mois. D’un point de vue formel, cette indemnité est payée par l’assurance-chômage, c’est-à-dire par la partie du salaire que les salariés versent automatiquement à l’assurance-chômage gérée par l’État chaque fois qu’ils touchent leur salaire. Nombre de grandes entreprises de l’industrie métallurgique, augmentent l’indemnité de chômage partiel, mais c’est loin d’être toujours la règle. Les pertes de salaire sont considérables, surtout dans les branches d’industrie où les salaires sont de toute façon très bas. Il faut savoir qu’au cours des 15 dernières années, un immense secteur à bas salaires s’est constitué en Allemagne. Sur l’importance du chômage partiel, il n’existe jusqu’ici que des chiffres provisoires. Début juillet, l’Agence fédérale pour l’emploi indiquait que, en avril, 6,83 millions de personnes ont perçu l’indemnité de chômage partiel. En mars, c’était 2,49 millions. Dans l’ensemble, on peut penser qu’un salarié sur cinq assujetti à l’assurance a été mis en chômage partiel. La réduction du temps de travail aura été très variable ; elle est en moyenne de 50 %. Dans de nombreux cas, les entreprises ont tout simplement profité du chômage partiel pour faire financer une partie des salaires par l’État. En Allemagne, beaucoup se sont indignés de voir que Volkswagen aussi, ainsi que d’autres trusts de cette taille, ont massivement mis leurs salariés en chômage partiel et fait payer les salaires par l’État. Mais les politiciens, les entreprises et les représentants syndicaux, tous unis pour faire l’éloge du chômage partiel comme étant la « solution » ont fait en sorte que cette indignation ne se manifeste pas publiquement. Compte tenu des risques encourus à cause du coronavirus, ceux qui ont préféré le chômage partiel plutôt que d’exposer leur santé sont sûrement nombreux.

Depuis mars, nous assistons aussi à une hausse rapide du chômage. En juin, il y avait officiellement 6,2 % de chômeurs à l’échelle du pays, soit 2,85 millions de personnes. Au cours des trois mois, de mars à mai, la crise a produit 638 000 chômeurs supplémentaires. Ce sont les travailleurs intérimaires qui sont les plus touchés. L’hôtellerie et la restauration, la métallurgie et l’industrie électrotechnique ont procédé à des suppressions massives d’emplois. Toutes les prévisions tablent sur le fait que le chômage continuera d’augmenter pendant une bonne partie de l’année prochaine (au fur et à mesure de la « reprise » économique).

Pas un jour ne passe sans qu’une grande entreprise n’annonce des licenciements. Ce sont souvent des programmes de suppressions de postes élaborés et annoncés avant même la crise du coronavirus, mais qui sont maintenant aggravés, avec de nombreuses suppressions de postes supplémentaires. Les entreprises voient dans cette crise une bonne occasion de mettre les salariés sous pression. Les dernières annonces de suppressions d’emplois sont venues de la Lufthansa, d’Easyjet et d’Airbus.

Le chômage touche surtout les travailleurs migrants, mais aussi les jeunes. Les chiffres actuels pour Berlin sont particulièrement alarmants. Beaucoup ont maintenant terminé leur scolarité et leur formation au début de l’été. Mais depuis plusieurs années déjà, les entreprises hésitent à former des jeunes travailleurs et à maintenir leurs emplois. Crise économique oblige : à présent on n’embauche pratiquement plus. Les jeunes se retrouvent devant des portes fermées. De plus, les entreprises préfèrent maintenant ne pas renouveler les nombreux contrats à durée déterminée. Les modifications apportées à la loi il y a quelques années ont facilité la mise en place de ces derniers et ce sont surtout les jeunes qui en pâtissent. De nombreux étudiants vivent dans des conditions difficiles. La majorité d’entre eux avaient des petits boulots pour garder la tête hors de l’eau, mais les mesures prises contre le coronavirus en ont fait disparaître beaucoup. Leurs parents ont souvent la possibilité de les aider, mais les pertes financières dues au chômage partiel et aux licenciements touchent aussi assez souvent les parents. Le virus a moins touché les jeunes, mais ses conséquences économiques les frappent de plein fouet.

Des attaques contre les conditions de travail menées avec le soutien des directions syndicales

Les entreprises ont misé de bonne heure sur un assouplissement du droit du travail ; cela concernait d’une part l’allongement du temps de travail dans les professions « d’importance systémique », comme les hôpitaux par exemple. Mais c’était la porte ouverte à des revendications bien plus ambitieuses. Ce que nous voyons maintenant n’est qu’un début. L’association patronale Gesamtmetall, et en son sein l’industrie automobile, a publié en mai un document avec ses « propositions pour les phases 2 et 3 de la crise du coronavirus ». Ces « propositions » sont une déclaration de guerre : abandon des règles pour la protection du climat, réclamation à l’État de programmes de relance, bonus pour l’achat de voitures, retrait des plans pour une retraite minimum, extension du nombre de contrats à durée déterminée, temps de travail plus flexibles et allongement du temps de travail journalier, temps de pause plus courts , baisse des retraites, extension du travail intérimaire, restriction des droits des comités d’entreprise en matière de temps de travail et de protection des travailleurs sur le lieu de travail, assouplissement des règles de licenciements collectifs…L’abaissement des normes de sécurité au travail pour se protéger du coronavirus est l’un des points principaux de ces revendications (« En fin de comptes le virus fait partie des risques de la vie ») – à côté de l’assouplissement des horaires de travail. Ce catalogue de revendications patronales n’est bien sûr pas une surprise.

Le rôle joué par les directions syndicales dans cette affaire est scandaleux. C’est ainsi que les deux dirigeants de la fédération patronale et de la confédération syndicale allemande ne se sont pas contentés de conclure officiellement une trêve au début de la crise du coronavirus. Les appareils syndicaux se sont prononcés tous ensemble pour le chômage partiel et des programmes d’aides de l’État. Le syndicat IG-Metall réclame directement avec l’industrie automobile que soient instaurées des primes pour l’achat de voitures. Il ne s’est pas montré moins furieux que les chefs des trusts quand le gouvernement n’a pas été en mesure de satisfaire tout de suite toutes les demandes de l’industrie automobile. En juin, IG Metall a conclu assez vite et presque en catimini une convention collective (un accord salarial) pour le Bade-Wurtemberg (Allemagne de l’Ouest), un land important pour l’industrie automobile. Cet accord permet à une entreprise de réduire les salaires en supprimant les primes de vacances et les indemnités de poste. En outre, les contrats à durée déterminée peuvent être multipliés pour chaque entreprise. IG-Metall nous vend ça comme un succès : il paraît que ça aurait évité des licenciements pour raisons économiques.

Sous prétexte de mesures pour préserver l’emploi, on augmente la productivité et on réduit les salaires. La charge de travail augmente dans les usines automobiles. Là où l’on travaillait autrefois en équipes ordinaires, on introduit par exemple le travail posté – sous prétexte qu’il ne faut pas qu’autant d’hommes travaillent en même temps afin de respecter les règles de distanciation sociale. On supprime des pauses et l’on ferme des cantines d’entreprise. Le travail doit être effectué à domicile en un temps si court qu’il est impossible d’atteindre les objectifs fixés. On réduit les comptes de temps de travail, ce qui donne plus tard aux entreprises la possibilité de faire travailler les gens de façon d’autant plus flexible.

D’après les prévisions des représentants des entreprises, la courbe de croissance va fortement remonter en automne. Mais il est plus que probable que la courbe de l’indignation et de la déception va augmenter en même temps. Les attaques des entreprises sont massives et concernent toutes les branches d’industrie. Le chômage partiel va peut-être calmer la colère pendant quelques mois et redonner un peu d’espoir. Mais bien peu de gens croient aux promesses selon lesquelles le chômage partiel et les réductions de salaires sauveront les emplois. Pendant la crise du coronavirus, les hommes d’affaires, les représentants des directions syndicales et de tous les partis, y compris le Parti de gauche, étaient tous unis. La colère et la déception pourraient bien les discréditer tous ensemble. Comment s’exprimera cette colère ? Voilà aussi une tache pour l’extrême gauche, même si malheureusement celle-ci n’est que peu implantée dans la classe ouvrière.


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