JOSPIN VEUT FAIRE BAISSER LES SALAIRES A NOUS TRAVAILLEURS DE LUI RABAISSER SES PRETENTIONS
2 février 1998 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Plus le gouvernement vante aux patrons sa loi dite des 35 heures et plus les travailleurs découvrent l’étendue des dégâts qu’il leur prépare. La semaine dernière la ministre du Travail Martine Aubry a dévoilé ses projets concernant la création d’un double SMIC, c’est-à-dire en fait la suppression du salaire minimum.
Obliger les patrons à maintenir le salaire minimum à son niveau tout en réduisant le temps de travail, c’est-à-dire payer les 35 heures 39, conduirait mécaniquement à une hausse du SMIC horaire de 11,4 %, et le porterait sur la base mensuelle actuelle, de 39,43 F de l’heure à 44,13 F. Pas question pour le gouvernement.
Il annonce qu’il maintiendra le salaire horaire à son niveau actuel, et pour ne pas réduire d’un seul coup la rémunération mensuelle des smicards dont l’horaire serait ramené à 35 heures, il a imaginé de leur verser un complément, la rémunération mensuelle minimale (RMM), qui lui n’évoluerait pas forcément selon les mêmes règles que le SMIC. Un outil en somme pour la « modération salariale » dont Jospin veut accompagner sa loi des 35 heures.
Tous les autres salariés, notamment ceux qui sont payés juste au dessus du SMIC – il sont 2,2 millions au SMIC, et 6,3 millions à toucher moins que 1,5 fois le SMIC – pourraient donc voir leur salaire mensuel carrément baisser avec la réduction du temps de travail. Et tous les smicards qui sont à temps partiel ou seraient embauchés ensuite comme tels, y perdront, puisqu’ils seront payés au SMIC horaire plus désavantageux que le SMIC mensuel !
Pour un salarié, pas besoin de sortir de Polytechnique pour comprendre qu’il s’agit là ni plus ni moins que d’un moyen pour faire baisser les salaires. Et sur la base de cette orientation, les projets du gouvernement ne s’arrêtent d’ailleurs pas là ! Car Martine Aubry a également annoncé que les réductions de charges sociales sur 5 ans dont bénéficieront les patrons qui utiliseront sa loi des 35 heures, (de 9000 à 13000 F par année et par salarié) pourraient encore être majorées de 4000 F dans les entreprises dont l’effectif sera composé d’au moins 60 % d’ouvriers et dont 70 % des salariés reçoivent au plus 1,5 fois le SMIC. Une nouvelle incitation pour les patrons à embaucher aux salaires les plus bas !
A ce prix-là, non seulement la réduction du temps de travail sera entièrement payée par le travailleur et le contribuable, mais elle sera une vraie affaire ! Sans compter qu’en plus les patrons pourront toujours cumuler et les baisses de charges de 30 % pour le travail à temps partiel et les autres abattements pour les bas salaires.
La politique de Jospin ne fera pas reculer le chômage. Elle est, comme celle de ses prédécesseurs, destinée à remplir les poches du patronat. Celui-ci pourra produire encore davantage avec moins de salariés, en les payant toujours moins cher. Quand Jospin refuse de relever les minimas sociaux, ceux des chômeurs de longue durée contraints de survivre avec quelques 2000 F par mois, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses de l’Etat. La preuve : pour assister les patrons, sans les obliger à créer un seul emploi, il en trouve bien au-delà de ce qu’il faudrait pour soulager les chômeurs. Il prétend que l’augmentation des minimas sociaux n’inciterait pas à travailler, mais c’est pour mieux cacher qu’il veut inciter ceux qui travaillent à accepter des salaires de plus en plus bas.
Les intérêts des travailleurs, ceux qui ont un emploi comme ceux qui n’en ont pas, sont les mêmes. Des mesures d’urgence contre le chômage et ses effets doivent être imposées au patronat et au gouvernement. A commencer par l’interdiction des licenciements sous peine de réquisition des entreprises. L’argent de l’Etat doit servir à embaucher directement pour des emplois utiles dans les services publics et non à remplir les coffres-forts des patrons. Et il faut augmenter immédiatement de 1500 F tous les salaires ainsi que tous les minimas sociaux. On pourra discuter alors de la réduction du temps de travail, des 35 heures voire des 32 heures. Pas à la sauce Jospin, mais avec maintien intégral des salaires, sans annualistation ou flexibilité, et avec embauches en compensation.

