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Accueil > Éditos de bulletins > 2022 > octobre > 10

Iran : les femmes à la tête de la révolte sociale

Depuis maintenant un mois, dans tout le pays, la population insurgée affronte une dictature féroce. Les morts se comptent par dizaines, les arrestations par milliers. Le 16 septembre, lors d’une arrestation par la police des mœurs au prétexte qu’une mèche de cheveux dépassait de son voile, une jeune femme, Mahsa Jina Amini, a été tuée au poste de police, ce qui a déclenché une révolte nationale. De jeunes femmes d’abord, qui se sont dressées les premières contre le pouvoir, suivies de tous ceux dont les colères se sont accumulées en plus de quarante ans de dictature : minorités nationales, jeunesse, monde du travail et même des couches jusque-là privilégiées de l’Iran. Après l’explosion sociale cet été au Sri Lanka, ce qui se passe en Iran annonce d’autres tempêtes sociales.

« Femme, vie, liberté »

C’est le slogan des insurgés, scandé sous les balles dans les manifestations, et jusqu’ici en France lors des manifestations de soutien. Par dizaines de milliers, elles ont décidé que personne ne déciderait à leur place comment elles doivent s’habiller, ni surtout, ne leur dirait quoi faire de leur vie. De nombreux hommes, jeunes et anciens, se sont joints à leur combat.

Dès lors, cette déferlante révolutionnaire des femmes a révélé tout le courage des milieux populaires, l’inventivité d’une jeunesse à contrer la répression, contourner la censure, la solidarité de nombreux commerçants qui ferment leurs magasins, du Kurdistan jusqu’à Téhéran, la capitale. Les tirs à balles réelles des voltigeurs à moto dans les quartiers ouvriers et les bidonvilles, les arrestations et les tortures, rien n’arrête pour le moment ce soulèvement.

Les insurgées et leurs compagnons de lutte ne s’en prennent pas à la religion, mais à son clergé chiite, son hypocrisie qui laisse les brimades aux pauvres et la liberté aux gens bien nés. Ils luttent aussi contre l’inflation de plus de 60 % qui dévore des salaires de misère, souvent impayés, contre les privilèges et la corruption, pour le droit aux études et à la santé, une vie digne pour les anciens et la fin de la pauvreté.

Samedi 8 octobre les manifestations ont redoublé. Les premiers appels à la grève nous parviennent, et les travailleurs des raffineries d’Abadan, secteur stratégique, car l’Iran est un grand pays producteur de pétrole et de gaz, ont paralysé la moitié des sites. Les travailleurs commencent à entrer sur la scène politique sur leurs lieux de travail. Le bazar de Téhéran, le grand centre où se font toutes les affaires et les échanges, était fermé. Les gouvernements occidentaux regardent cela avec inquiétude, car ils savent que les mobilisations qui font tomber des régimes peuvent donner des idées ailleurs.

Nous sommes toutes et tous concernés

Alors une révolution ? Les nantis et mollahs de là-bas comme les nantis et gouvernants bien de chez nous semblent le craindre. Il semble que des voix officielles s’interrogent sur négocier plutôt que réprimer… Trop tard : du côté de la base de la société, il s’agit de renverser ce régime, de tourner la page.

Oui, bien sûr, les printemps arabes il y a dix ans ont été suivis de contre-révolutions. Et c’est une autre révolution qui avait renversé, en 1979, la dictature du Shah pour aboutir à celle de Khomeini et des mollahs, faute d’autres perspectives ouvertes par la gauche iranienne et les organisations ouvrières. Alors les périls sont grands, mais comme le clament les Iraniennes et Iraniens insurgés, « nous n’avons rien à perdre ».

Les étincelles qui couvaient sous les cendres ressurgissent ces derniers mois de par le monde, et l’incendie social menace plus que jamais les puissants.

Le pouvoir iranien pensait s’en sortir par les mensonges de sa propagande, les balles ne suffisant visiblement pas. Mais lors du journal télévisé du 9 octobre, vu par des millions d’Iraniens, une intervention vantant le Grand Guide Suprême a été coupée par de jeunes hackers, appelant au renversement du régime et dénonçant la répression.

Rien ne se passe comme prévu pour la dictature, tout devient possible, c’est aussi à cela qu’on reconnaît parfois les révolutions.

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