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Grève à Lasserre Propreté (Vitry)

16 juin 2021 Article Entreprises

À huit heures et demie, mardi 16 juin, sur une petite place calme et ombragée à Vitry-sur-Seine (94), plusieurs dizaines de personnes discutent et rient autour d’une table de camping avec café, jus de fruit, et viennoiseries. Entre deux arbres et des drapeaux CGT, une banderole est tendue : « Lasserre en grève ».

Se rassembler pour se défendre

Lasserre Propreté, c’est l’entreprise en charge du nettoyage des locaux qui dépendent de la municipalité à Vitry. La plupart des présentes, et quelques présents, sont des grévistes de l’entreprise entamant leur troisième jour de grève. En s’approchant on entend des bribes de conversation : « il est comme tous les patrons, il vole les ouvriers », « la seule façon qu’il nous écoute, c’est qu’on le touche au portefeuille »

Plusieurs groupes se sont formés sur les bancs qui entourent la place. Et dans toutes les discussions on entend la même colère. Une salariée parle de son expérience à Challancin, l’entreprise qui les employait avant que Lasserre n’obtienne l’appel d’offres de la ville. Là-bas, on avait le treizième mois… Et le matériel arrivait vite. Alors que chez Lasserre, il faut parfois attendre un mois pour avoir ce qu’on demande. Mais c’est vrai qu’à Challancin, il y avait eu des grèves aussi ! Donc ça aide… Un jeune salarié explique : il ne fait pas grève pour lui. Lui, il ne compte pas rester. Mais pour les autres salariés, c’est important, il faut être solidaire.

Invariablement, tous mettent en avant les erreurs dans les fiches de paie, les heures supplémentaires qui disparaissent notoirement à la fin du mois, le sous-effectif, le mépris pur et simple. D’autres sujets arrivent sur la table : la vie chère, la politique pour 2022…

« On est là ! On est là ! On est là ! »

Au bout de quelque temps, un rassemblement se forme devant les petits locaux de l’entreprise. Le responsable ouvre et quelques grévistes, épaulés par des syndicalistes de l’Union locale CGT, le prennent à partie : « le patron doit venir maintenant », « il faut arrêter de se moquer du monde ». Le responsable rétorque que les négociations ont déjà eu lieu la veille. Le patron a accepté de payer les heures supplémentaires « oubliées » et a assuré que l’équipement adéquat arriverait en temps et en heure. Dans le même temps, il se dédouanait de toute responsabilité en rejetant la faute des heures manquantes sur les responsables d’équipe (en grève !) et le manque d’équipement sur les sociétés de livraison. Quand les grévistes parlent de ces négociations de la veille, elles s’esclaffent : « on aurait dit qu’on lui arrachait une main rien qu’en demandant des masques, mais lui, il a trois entreprises. Il nous montre des factures de matériel pour nous dire qu’il a des frais, mais à quoi elles correspondent ? Ça ne serait pas étonnant que ce soit pour les trois entreprises… »

La réponse du responsable, qui temporise et reprend les mêmes arguments, achève d’exaspérer les grévistes. Un syndicaliste parle de passer à la « vitesse supérieure », la plupart des grévistes se mettent à scander : « On veut Barataud ! On veut Barataud ! » Il est exigé que le responsable lui téléphone. Les discussions individuelles se ravivent bientôt : on se pose la question de ce qu’il faut faire. Certaines parlent d’aller à la mairie sur-le-champ mais hésitent : ont-elles le droit ?

Dans le temps d’attente, quelques doutes s’expriment. Il est vrai que certains ont déjà repris, à cause des loyers à payer. Le premier jour, ils étaient 40 sur 55, aujourd’hui ils sont 33. On parle d’une prime de 200 euros payée par le patron pour briser la grève. Mais ceux qui se posent la question de réunir tout le monde mettent en avant la difficulté de parler aux collègues, qui sont dispatchés sur les sites à l’avance. Une des grévistes parle de son loyer à payer. Une autre rit discrètement : « le loyer, il attendra. » La colère tient.

Sentir sa force de travailleurs

Après un temps, le responsable revient : Barataud ne peut pas venir à Paris, il a malheureusement des problèmes personnels. La réponse suscite des rires sarcastiques, mélange d’impatience et de joie. Les grévistes sentent qu’elles font peur à leur patron. Et en parlant du responsable : « Regardez ! Il tremblait ! »

Finalement, les grévistes se rassemblent pour décider quoi faire. C’est surtout le militant CGT de l’Union locale qui donne le ton et fait des propositions, même s’il précise que ce n’est pas lui qui décide, car il n’est pas de la boîte. Il met la reconduction de la grève au vote, et toutes les mains se lèvent aussitôt. Ensuite, il suggère de former un piquet devant le petit bureau de l’agence dès le lendemain, avant de se joindre aux travailleurs de Sanofi en lutte, qui organisent une manifestation en soutien à une personne expulsée de chez elle ; et si jeudi la grève continue, il propose d’organiser une autre manifestation depuis l’agence jusqu’à la mairie. Enthousiasme de toutes et tous. On continue !

Gaspard Janine

Les grévistes ont finalement obtenu gain de cause le 18 juin ! Après une semaine de grève ils et elles viennent d’obtenir 5% d’augmentation de salaires, 500 euros de prime covid, des élections professionnelles en septembre et le payement des heures de grève. Le patron s’est même engagé à ne pas s’opposer à l’avenir à la venue de l’inspection du travail... Trop aimable ! Le nombre de grévistes n’a pas baissé tout au long de la semaine, et sentant leur force collective, les salarié.e.s en grève ont refusé une première proposition de 2% d’augmentation et seulement 75 euros de prime covid. Les travailleuses et les travailleurs de Lasserre sont restés soudés jusqu’au bout dans cette expérience et ont démontré que faire plier un patron, aussi méprisant et peu scrupuleux que le leur, c’est possible !

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