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Gilet jaune et salarié de la restauration en galère

Ci-dessous l’interview d’Olivier, 40 ans, employé dans un hôtel-restaurant indépendant du Haut-Rhin

Olivier est issu d’un milieu rural, travaille depuis l’âge de 16 ans. Après un brevet professionnel de charcutier-traiteur, ce sont plusieurs boulots, à la fois à l’usine, mais aussi dans le milieu agricole (vendanges, etc.). Puis le travail dans la restauration à partir de 2001, dans plusieurs types d’établissements, mais toujours en cuisine, comme polyvalent : restauration de gros volume (cantine), brasserie, restaurant gastronomique.

Olivier s’est engagé dès le début dans le mouvement Gilets jaunes, dans les QGs du Haut-Rhin où il joue très tôt un rôle de « messager », allant des comités de Colmar, à ceux de Mulhouse, ou encore d’Altkirch, pour aider à la coordination des actions. S’impliquant aussi dans le QG Strasbourg République, dans la coordination des Gilets jaunes du Grand Est, et dans la mise en place d’AGs des Gilets jaunes du Haut-Rhin.


Comment s’est passée la fermeture, dans l’hôtel-restaurant où tu travaillais au moment de l’annonce du gouvernement ?

Le mardi précédant les annonces du gouvernement, le patron voulait déjà fermer le restaurant. Il nous a alors fourni des gants mais il n’avait pas de masques à disposition. J’ai été d’abord un peu étonné de sa réaction, car c’est plutôt le genre à avoir des dollars dans les yeux. Le vendredi, il a fait une réunion pour nous annoncer la fermeture de l’établissement, car il voulait se protéger lui et sa femme, et partir dans sa villa dans le sud ! En réalité, ça se voyait, les derniers temps, qu’il avait une peur bleue du virus. Il avait sans doute peur aussi d’avoir des problèmes si un salarié tombait malade. Et d’ailleurs, il a passé la semaine précédant la fermeture à venir nous voir, pour nous dire de faire attention, alors que d’habitude nous ne le voyions jamais au restaurant.

Sur sept personnes en cuisine, nous étions trois à être d’accord avec la décision de fermeture. Mais, sans doute, certains avaient peur de ne pas être payés, ou encore de se retrouver au chômage. Une de celles qui étaient très favorables à la fermeture est une travailleuse immigrée, commis de cuisine, bientôt à la retraite. Partisane de Macron à son élection, elle avait très vite changé d’avis et s’était mise à soutenir les Gilets jaunes. Pour elle, la fermeture du restaurant était bien trop tardive, le gouvernement ne gérait rien du tout correctement, et ce n’était pas normal de continuer à travailler sans avoir de protections, de masques et de tests.

Au final, en s’appuyant sur les annonces du gouvernement, le patron nous a informés que les salariés sous contrat seraient payés en chômage partiel, à 80 %, mais qu’évidemment il arrêterait les extras… et pour eux, c’est mortel… ils ne sont pas payés en ce moment, comme les saisonniers d’ailleurs. Et des extras, il y en a beaucoup : des femmes de chambre dans les hôtels, des plongeurs dans les restaurants, des barmans et serveurs dans les cafés, sans parler de toutes celles et ceux qui comptaient avoir un contrat sous peu… En gros, tous les « intermittents du spectacle de la restauration ». Pour une jeune femme de 22 ans qui travaillait en extra dans mon restaurant, la fermeture a été synonyme d’arrêt de son revenu, et donc, par ricochet, de l’obligation de vivre sur celui de son compagnon travaillant à l’usine. Mais je pense aussi aux travailleurs immigrés en extra, qui sans doute ne doivent plus avoir de revenus actuellement, et pour eux, cela veut dire, bien souvent, être plongé dans la misère, car ils n’ont pas droit au chômage ! Certains dans la région sont d’ailleurs partis travailler dans les vignes, quand ils pouvaient se déplacer.

Est-ce que tu as des échos du confinement de collègues de ton secteur ?

Pour ceux qui sont sous contrat et qui ont un salaire fixe plutôt correct, c’est vrai qu’être payé à 80 % en restant chez soi, alors que d’habitude on est proche des 60 heures par semaine, c’était un peu comme des vacances. Mais, cela n’empêche pas que, pour tout le monde, c’est psychologiquement pas facile. Il y a tous les problèmes qui remontent à la surface. Moi, mon contrat de travail se termine le 15 mai… et je ne sais pas ce qui va en être après, comment je vais pouvoir retrouver du boulot dans la restauration… peut-être que je serai obligé de faire autre chose… Et pour ceux qui vivent dans de petits apparts, c’est encore pire… J’ai deux collègues et amis qui travaillent en banlieue parisienne et c’est vraiment dur pour eux d’être enfermés dans 20 mètres carré. Tu sors chez l’épicier du coin et après tu remontes chez toi entre tes quatre murs. Il y en a même un qui a mis du faux gazon chez lui pour se donner un peu de nature ! Mais bon, ils arrivent quand même à s’en sortir, et c’est bien plus difficile encore pour ceux qui cumulaient plusieurs boulots payés au black et qui, là, se retrouvent sans rien.

Comment vois-tu le déconfinement ?

Alors, dernières nouvelles de la profession : on ne sait rien ! Pour l’instant, les patrons des petits restos que je connais n’ont pas encore reçu les aides prévues pour payer le chômage partiel. L’État leur a envoyé une lettre leur demandant de payer un tiers des charges de l’année correspondant au premier trimestre, période où il y a très peu d’activité dans la restauration en Alsace. Résultat : certains salaires ne sont pas encore tombés. D’autant plus que les assurances refusent de mettre la main à la poche tant que l’État n’a pas payé.

Aux dernières nouvelles, le gouvernement table, apparemment, sur une réouverture partielle des restaurants et des bars à partir de la mi-juin. Pour exemple, un petit restaurant de trente couverts, en respectant les distances d’un mètre entre chaque client, pourrait faire environ quinze à vingt couverts maximum. Ce qui signifie pour les gérants travailler à perte. Résultat : il est plus rentable pour eux de rester fermé et de toucher des subventions, que de ré-ouvrir. Ou alors ce sera des licenciements, des non-renouvellements de contrats. Et ne parlons pas du fait que porter un masque et des gants à 45 °C en cuisine en plein été, c’est de l’ordre de l’impossible ! Alors comment va-t-on faire pour se protéger et protéger les clients ? Un de mes amis qui travaille dans une usine à cartons a reçu, comme ses collègues, un masque, des lunettes pour protéger les yeux des postillons, et des gants. C’est simple, au bout d’une heure, ils avaient des boutons sur la figure. Les machines, fonctionnant à la vapeur, tournent à 60 °C. Résultat : tout le monde a enlevé son masque. Et ça va être le même problème chez nous.

Pour les grosses structures, comme les McDo, ça risque d’être encore pire en ce qui concerne la protection des salariés ! Eux, ils ne fermeront pas comme certains petits restaurants, vu la marge qu’ils se font sur les produits, et les profits qu’ils dégagent… Chez les petits, ça va être une hécatombe, surtout pour tous les salariés, les extras, les saisonniers… Dès aujourd’hui, il y a déjà des annonces de vente de restaurants qui se multiplient sur internet, ça veut dire du chômage à la clé pour les salariés. Et pour sauver certains restaurants, on peut gager que les banques ressortiront des prêts à 0 % qu’elles se feront un plaisir de proposer pour leur porter secours… tout en les mettant sous leur tutelle !

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