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Finlande : les attaques patronales sans confinement

7 avril 2020 Article Monde

La Finlande est souvent perçue comme un petit pays riche et un modèle pour ses services publics, notamment l’éducation, ou pour ses politiques environnementales. L’État a pourtant creusé Onkalo, un équivalent finlandais du projet d’enfouissement de déchets nucléaires de Bure. Et depuis les années 1990, le nombre de lits d’hospitalisation dans le public a fortement diminué. Aujourd’hui, des soignants en sous-effectif font face comme ailleurs à un manque de matériel de protection, ou de tests de dépistage.

La pandémie y est pour l’instant moins importante que dans le sud de l’Europe. Moins de mesures de « distanciation sociale » ont été prises : seule la région de la capitale, Uusimaa, est confinée (interdiction d’entrée ou de sortie, mais pas de confinement à domicile). Les écoles ont fermé le 16 mars, jusqu’au moins mi-mai, avec un enseignement à distance qui se met en place. Les restaurants et bars vont fermer au moins jusqu’à fin mai. Une partie de la population est en télétravail et, à la suite des recommandations gouvernementales, les gens sortent peu.

De la crise économique à la crise sociale : l’offensive capitaliste

On assiste déjà à de nombreux licenciements et mises en chômage technique (90 000 nouveaux bénéficiaires du chômage au mois de mars, contre 40 000 en février). Des milliers de petites entreprises sont menacées de faillite. L’agriculture est désorganisée par le manque de travailleurs saisonniers venus d’Asie. L’État ne propose qu’un accès légèrement plus facile aux fonds de chômage tandis que les prix risquent d’augmenter. La fonction publique n’est pas épargnée par le gouvernement. Des fonctionnaires sont d’ores et déjà mis au chômage partiel par les différentes régions : une région, celle d’Oulu, quatrième ville du pays, s’est même dispensée des procédures légales. Ce n’était pas arrivé depuis la crise financière du début des années 1990 qui avait fortement affecté l’économie finlandaise et les finances de l’État.

Les capitalistes profitent de cette crise pour faire encore une fois appel aux fonds publics, en menaçant d’encore davantage de licenciements s’ils ne sont pas soutenus financièrement. Le 20 mars, le gouvernement a pourtant annoncé un programme de 15 milliards d’euros pour aider les entreprises et les particuliers souffrant du ralentissement économique. Parmi les changements présentés figurait une diminution de 2,6 % des cotisations patronales aux caisses de retraite pour l’année 2020 et des aides aux entreprises (notamment un cadeau de 600 millions d’euros à Finnair, la compagnie aérienne du pays). Une politique dans la continuité de l’avant-crise. En 2016, une modification du code du travail « afin d’accroître la compétitivité des entreprises » avait déjà diminué la rémunération des heures supplémentaires et les cotisations patronales.

Hormis les dons directs aux entreprises, l’État se porte garant auprès des banques pour les prêts que ces dernières souhaiteraient faire (ce qui avantagerait principalement les grands groupes, mais pas les plus petites entreprises). En comparaison, le système de soins n’a reçu que 39 millions de plus que le budget initialement prévu. Les négociations syndicats-régions portant sur les conditions de travail des fonctionnaires n’ont permis aucune hausse de salaire ou autre gain, mais elles permettent aux syndicats de promettre la limitation des mouvements de grève dans la période.

Ines Reeves

Sources principales pour aller plus loin (en finnois) :

https://yle.fi/ (équivalent de France télévision)

https://www.hs.fi/ (quotidien le plus lu du pays et équivalent du NY Times)

https://www.kansanuutiset.fi/ (hebdomadaire de l’Alliance de gauche, défendant une politique proche de celle de la France insoumise)

Photo : Sanna Marin, Première ministre du pays, crédits Laura Kotila/Valtioneuvoston kanslia.

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