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Encore un désastre pour nos frères et sœurs d’Haïti

18 août 2021 Article Monde

Samedi dernier, un séisme de magnitude 7,2 a touché Haïti, un pays des Caraïbes situé à l’ouest de la République dominicaine sur l’île d’Hispaniola. C’est un des pays les plus pauvres du monde, avec un PIB par habitant de 1 150 dollars par an (environ 976 euros). Environ trente mille logements sont par terre, et les secours continuent, plusieurs jours après le séisme, de chercher à dégager les centaines de personnes encore prises sous les décombres. Le bilan humain s’élève d’ores et déjà à plus de 1 300 morts.

Une catastrophe pas inévitable

Des séismes de cette intensité ne sont pas si rares, puisqu’il y en a une dizaine chaque année dans le monde. Par exemple, la Californie avait été touchée en juillet 2019 par de nombreux séismes de magnitude supérieure à 6, et un d’une magnitude 7,1, ne faisant aucune victime. Si cela avait provoqué des dégâts, on était bien loin d’avoir, comme aux Cayes à l’épicentre du séisme haïtien, des milliers de bâtiments complètement détruits. La différence réside principalement dans la très mauvaise qualité des constructions et des infrastructures à Haïti.

Il y a onze ans, le pays avait déjà été touché par un séisme destructeur. Sa capitale, Port-au-Prince, avait été ravagée par des secousses de magnitude 7 qui avaient fait 280 000 morts, 300 000 blessés et 1 300 000 sans-abris [1]. À l’époque, la communauté internationale avait envoyé des secours, mais surtout promis des aides pour la reconstruction du pays. Tous les dirigeants des nations occidentales l’affirmaient haut et fort : pas question de continuer à laisser Haïti dans une misère noire, il fallait aider le pays à moderniser ses infrastructures, se développer et surtout se prémunir contre les séismes à venir. Après les grandes annonces, quelles aides sont arrivées, et à qui ? En aucun cas aux Haïtiens les plus démunis pour les sortir de la misère. Elles ont surtout permis à la bourgeoisie haïtienne de signer des contrats avec les gouvernements étrangers et de s’enrichir sur le dos de la reconstruction de Port-au-Prince.

L’indépendance et la dette d’Haïti

Haïti, qui était une des régions les plus riches des Amériques, est depuis son indépendance plongée dans la pauvreté par l’impérialisme. L’île gagna son indépendance après à une guerre avec la France de 1802 à 1803, faisant suite à une longue série de révoltes d’esclaves et d’hommes de couleur libres contre les colons planteurs français. Dès lors, Napoléon, puis les rois qui lui ont succédé, n’ont eu de cesse de le lui faire payer, en lui imposant par la force des canons des « dédommagements » pour les pertes de l’État et des colons français, dette que trainera Haïti, sous tutelle bancaire de la France, pendant plus d’un siècle [2].

L’histoire récente d’Haïti sera faite d’instabilité politique, entre longs règnes dictatoriaux, comme celui du dictateur « Papa Doc » Duvalier, puis de son fils « Baby Doc » Duvalier qui trouvera refuge en France après avoir été chassé du pouvoir ; coups d’États, comme celui de 1991 écartant du pouvoir le populaire président Jean-Bertrand Aristide [3] ; et autres assassinats de présidents, comme le mystérieux assassinat le mois dernier du président Jovenel Moïse [4]. Le pays est depuis quelques années sous la mainmise de gangs qui terrorisent et rackettent la population, faisant échapper des pans entiers de villes au contrôle de l’État central. Ces bandes restent néanmoins liées à l’État pour faire régner l’ordre et réprimer dans le sang toute contestation sociale. [5]

Haïti est en effet un des pays les plus inégalitaires du monde, les 20 % les plus pauvres ne recevant que moins de 2 % des revenus, quand les 20 % les plus riches s’en accaparent presque les deux tiers. [6] Les contestations sont nombreuses, comme en 2019 [7], contre ce système injuste et les gouvernements corrompus et au service des plus riches.

Les classes dominantes du monde entier, leurs actions criminelles d’hier et leurs soi-disant aides désintéressées d’aujourd’hui, tout comme la bourgeoisie haïtienne et les bandes armées parfois à son service, voilà les responsables du désastre, qui maintiennent la population dans l’extrême pauvreté et dans la vulnérabilité mortelle face aux catastrophes naturelles.

Et malgré cela, un immense courage et une tenace combativité des exploités et opprimés de cette île.

Barnabé Avelin

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