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Accueil > Les articles du site > Ce qu’ils appellent « les classes moyennes »

Des organisations professionnelles intégrées au système

Mis en ligne le 4 avril 2021 Article Politique

Les principales organisations professionnelles qui prétendent représenter ces catégories sociales sont complètement partie prenante du système. C’est le cas de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME, ex-CGPME) qui siège dans nombre d’organismes sociaux et qui contrôle certaines Chambres de commerce et d’industrie (CCI), alors que d’autres sont dirigées par le Mouvement des Entreprises de France (Medef, ex-CNPF), ce dernier plutôt orienté vers les grandes entreprises.

Chez les artisans, les Chambres de métiers et de l’artisanat (CMA) sont largement dominées par l’Union des entreprises de proximité (U2P, ex-Union professionnelle de l’artisanat, UPA). L’U2P regroupe quatre confédérations de métiers : la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB), la Confédération générale de l’alimentation de détail (CGAD), la Confédération nationale de l’artisanat des métiers et des services (CNAMS) et l’Union nationale des professions libérales (UNAPL).

En 2017, les chiffres du ministère du Travail concernant la représentativité patronale (toutes tailles d’entreprises confondues) au niveau national et interprofessionnel donnaient 36 % des voix au Medef, 33 % à la CPME et 30 % à l’U2P. Mais, dans un certain nombre d’organismes paritaires, une pondération est effectuée en fonction du nombre de salariés et le Medef se taille alors la part du lion en mettant la main sur les deux tiers des sièges patronaux.

Des établissements publics

Tant les CCI que les CMA sont des établissements publics placés sous la tutelle du ministère de l’Économie et des finances et sont financés par un impôt, la taxe professionnelle, collecté auprès des entreprises. Le contrôle des Chambres permet donc aux organisations patronales d’avoir accès à une manne financière considérable, d’être les interlocutrices privilégiées des pouvoirs publics à tous les niveaux géographiques et administratifs (réseaux de 152 CCI locales et régionales, auxquelles il faut ajouter celles des Dom-Tom, et de 82 CMA) et d’employer plusieurs de dizaines de milliers de salariés. Les Chambres gèrent aussi des établissements d’enseignement (notamment des Centres de formation des apprentis, les CFA), financés en partie par les frais de scolarité payés par leurs étudiants, en partie par un autre impôt, la taxe d’apprentissage. Le plus célèbre de ces établissements est l’École des hautes études ommerciales (HEC), gérée par la CCI de Paris-Île de France.

Chez les agriculteurs la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), ouvertement orientée à droite, a un quasi-monopole de la représentation du monde rural, contrôlant la plupart des 92 Chambres d’agriculture, autres établissements publics, mais placés cette fois sous la tutelle du ministère de l’Agriculture et financés par le produit de la taxe additionnelle sur le foncier non bâti. Deux ministres de l’Agriculture, Michel Debatisse et François Guillaume, étaient issus de ses rangs sous les gouvernements de droite de Raymond Barre (1979-1981) et de Jacques Chirac (1986-1988).

La FNSEA, alliée aux Jeunes Agriculteurs (JA), a obtenu 55 % des voix aux dernières élections et ne laisse que peu de place à deux syndicats ouvertement orientés à gauche, la Confédération Paysanne (20 %) et le Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef [1], 2 % ), et, sur sa droite extrême, à la Coordination rurale (21 %). En outre, la FNSEA joue un rôle important au sein de la première banque française, le Crédit Agricole, du second assureur du pays, Groupama/Gan, ainsi que dans la Mutualité sociale agricole (MSA).

Une faible représentativité

Quant à la représentativité réelle de ces organisations, elle est faible. Sur un total d’environ 4,3 millions d’entreprises en France (industrielles, commerciales, de service et rurales), l’U2P compterait 150 000 adhérents, le Medef 124 000, la CPME 145 000 et la FNSEA 212 000, c’est-à-dire en tout 631 000 adhérents, soit moins de 15 % du total. Si l’on prend en compte maintenant le taux de participation aux élections des différentes chambres, il est de l’ordre de 12,5 % pour les CCI, de 18,5 % pour les CMA et enfin, tous collèges confondus, de 28,5 % pour les CA.

S’il arrive parfois que certaines de ces organisations soient dépassées par la colère de leur base, elles s’arrangent toujours pour que tout rentre rapidement dans l’ordre. Car leurs liens avec les administrations publiques et l’État sont incomparablement plus forts que ceux qu’elles entretiennent avec leurs mandants.

J. L.


[1Le Modef a été créé en 1959 en rupture avec la FNSEA par des militants proches du Parti communiste, de la SFIO ou issus de l’anarchisme. Il a longtemps concurrencé la FNSEA, notamment dans le Sud-Ouest de la France. Son recul électoral a été provoqué par la disparition de centaines de milliers de petites exploitations rurales à partir des années 1980.

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