DU RIFIFI CHEZ LES FACHOS
14 décembre 1998 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Insultes, intimidation, échanges de menaces : depuis plus d’une semaine les dirigeants du Front National étalent au grand jour le spectacle de leurs règlements de comptes internes. Rien ne va plus entre les partisans de Bruno Mégret et ceux de Jean-Marie Le Pen qui se battent comme des chiffonniers pour accaparer la direction de ce parti d’extrême-droite. Un bras de fer où chacun s’appuie sur son gang de bureaucrates, de notables, et sur ses propres gros bras : car même les gorilles du FN, plus habitués à obéir qu’à réfléchir, ne savent plus trop à quel saint se vouer.
Qui sortira vainqueur de ce pugilat ? C’est au fond sans importance. Car cet épisode révèle que par delà les différences de gabarit, Le Pen et Mégret sortent bel et bien du même moule. Même si des calculs personnels et politiciens les séparent aujourd’hui.
Semblables, ils le sont d’abord par leur appartenance sociale : car tous deux fréquentent le « beau monde ». Enrichi d’un seul coup par un énorme et surprenant héritage, qui le transforme en patron des Ciments Lambert, habitant un hôtel particulier au parc de Montretout, Le Pen n’est pas de ceux qui attendent avec angoisse les fins de mois difficiles. Non content de ce milliard confortable, lui et ses proches vivent au Front National comme les rats dans un gruyère : la famille d’une des filles Le Pen coûte ainsi chaque année plus de 2 millions de francs au FN, soit l’équivalent de la cotisation annuelle de 20 000 adhérents chômeurs, révèlent maintenant des responsables mégrétistes !
Pourtant, question train de vie, la clique à Mégret n’a pas grand-chose à leur envier. Issu du sérail des hauts fonctionnaires, ancien notable du RPR, Mégret tisse les fils de sa conspiration au cours de dîners fins dans de grands restaurants et donne ses conférences de presse rebelles depuis l’un des hôtels les plus huppés des environs des Champs-Elysées. Ne pleurons pas non plus sur son collègue Serge Martinez, l’un des responsables “ licenciés ” par Le Pen : cet ex-businessman enrichi dans l’informatique n’a guère de souci à se faire.
Ce n’est donc pas un hasard si le théâtre des affrontements actuels, le siège du Front National, se situe dans la banlieue dorée de Saint-Cloud : ces gens-là prétendent représenter les “ travailleurs français ”, mais n’ont même pas la pudeur de dissimuler leurs limousines, leurs châteaux et leurs mœurs de richards.
Il y a autre chose qu’ils n’arrivent pas non plus à cacher : leur ambition insatiable de politiciens aux dents longues. Les principes ronflants, les « valeurs sacrées », la « camaraderie patriotique » ? Ca, c’est la bouillie qu’on sert dans les meetings officiels. Mais la réalité, en coulisse, c’est la course aux postes, l’arrivisme, et à ce jeu-là tous les coups sont permis. Ils prétendaient défendre une “ cause ”, être au service d’un “ idéal commun ” ? Regardons les s’entre-déchirer, se cambrioler, se calomnier, espionner le courrier de leurs rivaux, et même en venir aux mains ! Leur démagogie raciste, leurs trémolos patriotiques, ils n’en croient pas un traître mot. Ils espèrent simplement, en caressant les préjugés imbéciles de certains électeurs, servir leur propre carrière.
Leur programme, d’ailleurs, est déjà largement appliqué. Fermeture des frontières, expulsions de clandestins, préférence nationale à l’embauche, offensive contre les prétendus avantages des salariés, tous ces mots d’ordre du FN sont en œuvre depuis des années. Et alors ? Est-ce que la vie des travailleurs de ce pays s’en est trouvée améliorée ? Y a-t-il plus d’emplois, plus de logements, plus de crèches, de meilleurs salaires, parce qu’on montre du doigt les immigrés ? Bien au contraire. Le racisme divise les pauvres et renforce les patrons.
Si la racaille de Mégret, ou le gang de Le Pen, parvenait au pouvoir, n’en doutons pas, la corruption, les malversations en tous genres, les cadeaux au patronat ne feraient que redoubler ! Qui en payerait le prix ? Nous tous, sur nos salaires, nos allocations, nos bourses, nos retraites : comme aujourd’hui, en pire.
Alors, quand ces crapules du FN se battent entre elles et affichent leur vraie nature, sachons en tirer toutes les leçons !

