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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 115, novembre 2017 > DOSSIER : Catalogne

Discussion

Coup de sirocco nationaliste ou luttes sociales : ne pas confondre !

7 novembre 2017 Convergences Monde

Dans son communiqué du 29 octobre, la direction du NPA « salue la proclamation de la République indépendante catalane » et y voit « un encouragement pour les classes populaires dans le reste de l’Europe à lutter pour leurs droits démocratiques et sociaux gravement remis en cause par les politiques capitalistes ». Un mois plus tôt, le 2 octobre, une déclaration signée des porte-parole du NPA, en commun avec des dirigeants d’Anticapitalistas, le groupe espagnol de la IVe internationale (Comité international, ex-Secrétariat unifié), voyait dans le référendum sur l’indépendance organisé par le gouvernement régional catalan rien moins qu’une « révolution démocratique débutant dans le sud-ouest de l’Europe ».

Un vent du sud réchaufferait-il les luttes sociales en Europe ? Rien n’est plus faux que cette fable.

Répétons-le, nous sommes solidaires des manifestants indépendantistes catalans face à la répression, d’autant que la répression du gouvernement Rajoy vise toute contestation, celle-ci en Catalogne, mais bien plus encore toute contestation sociale. Et nous sommes pour le droit à l’indépendance de la Catalogne si telle est la volonté de la population qui y vit, ce dont un référendum auquel seuls 40 % des habitants ont participé (ceux qui étaient pour évidemment) est loin d’en être la preuve. (Voir les autres articles de ce dossier.)

Mais que représentent ces aspirations séparatistes dans la classe ouvrière ?

C’est une toute autre question que les indépendantistes catalans ne posent pas, et sur laquelle ferment les yeux ceux qui se mettent dans leur sillage, y compris dans l’extrême gauche. Le nationalisme catalan, loin d’être le point de départ d’une révolte sociale, pourrait bien être au contraire un ferment de division dans cette classe ouvrière régionale constituée en grande partie de travailleurs de toute l’Espagne et en particulier de ses régions les plus pauvres, voire d’ouvriers marocains venus chercher là un emploi. Et être un facteur de division entre les travailleurs de toute l’Espagne. Le gouvernement de Madrid sait en jouer, opposant aux manifestations indépendantistes celles de partisans de l’unité devenant, qu’ils le veuillent ou non, partisans du gouvernement. Un genre de guerre politicienne plus démoralisante qu’enthousiasmante pour les couches populaires d’Espagne, faisant passer au second plan la véritable crise, la crise sociale.

Le nationalisme dont Puigdemont s’est fait le champion n’est pas celui des plus pauvres, opprimés par une « domination madrilène ». Il n’est pas non plus celui d’une région ou un pays opprimé par une métropole impérialiste, où oppression nationale et exploitation se chevauchent en une même injustice sociale, et où la tache de révolutionnaires prolétariens seraient de donner, dans cette lutte contre l’oppression nationale, une politique autonome à la classe ouvrière pour en arracher la direction à la bourgeoisie nationaliste, et lui permettre de mener la lutte bien au-delà d’un simple changement de maître, vers la révolution sociale. Et même si telle était la situation, cette tâche des révolutionnaires serait déjà aux antipodes du suivisme du communiqué du NPA vis à vis du mouvement nationaliste catalan. Ou de celui d’Anticapitalistes, la section catalane de la IVe internationale, qui s’est empressée dès la proclamation de la république de demander qu’on ouvre au plus vite « le processus constituant », pour établir la Constitution de cette nouvelle république bourgeoise.

Le nationalisme que Puigdemont attise est avant tout, dans cette région, l’une des plus riches d’Espagne, celui d’une petite bourgeoisie catalane qui ne regarde pas trop au-delà de son milieu, de professions libérales, patrons de petites entreprises, commerce ou tourisme qui voudraient se protéger de la mondialisation et de la concurrence, et dont certains disent parfois ouvertement ne pas vouloir payer d’impôts pour les régions pauvres d’Espagne. Elle entraîne derrière elle une jeunesse estudiantine et lycéenne inquiète de son avenir.

Quant à la classe ouvrière catalane, pour lutter pour les « droits démocratiques et sociaux gravement remis en cause par les politiques capitalistes » en Espagne et dans toute l’Europe, dont parle le communiqué du NPA, le pire des pièges serait de se laisser embarquer dans une surenchère de revendications nationalistes, créant un fossé au sein même des travailleurs de Catalogne, en instituant une nouvelle frontière entre eux et les travailleurs de toute l’Espagne.

L’Espagne n’est pas le seul pays d’Europe où l’on voit refleurir les revendications régionalistes. Le petit vent de nationalisme ou de micro-nationalisme qui s’y développe n’est, pas plus en Catalogne qu’ailleurs, le début d’un vent de révoltes sociales. C’est un vent de sable qui ne peut servir qu’à les aveugler.

29 octobre 2017, Olivier BELIN

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