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Comment la SNCF se prépare à faire payer la crise sanitaire aux cheminots

Samedi 2 mai s’est tenue une réunion en ligne de cheminots du NPA de différents services et différentes régions. Cette troisième rencontre à distance a permis d’échanger sur les attaques patronales qui s’accélèrent et sur les moyens de s’y opposer.

Nous reproduisons cet article paru sur le site du NPA

À la veille d’un déconfinement redouté, la SNCF a annoncé dans les instances de « dialogue social » que deux cheminots étaient morts du Covid. Mais il faut toutes les œillères patronales pour croire à ce chiffre qui ne tient compte que des travailleurs du rail au statut SNCF – et seulement des cas dûment répertoriés par une direction qui est loin d’en avoir fait sa priorité. Rien que sur la région de la Gare de l’Est à Paris, quatre camarades salariés de sous-traitants (deux collègues de chez Laser propreté de l’atelier de Noisy (93), un de Lancry gardiennage, un du nettoyage à Bondy (93) sur le tram-train T4) ont été victimes de ce virus et de ce système qui y expose d’abord les « premiers de corvée ».

À Mantes-la-Jolie, un collègue tombé malade dès le début du confinement, avant de passer trois semaines en réanimation, vient d’apprendre qu’il ne touchera pas la fameuse prime Covid… puisqu’il n’a pas travaillé pendant la crise ! Un condensé de ce qui attend les cheminots dans les jours à venir : d’un côté une reprise aux forceps, déjà entamée, faisant fi des précautions sanitaires ; de l’autre une nouvelle offensive patronale, déjà entamée elle aussi, pour faire payer la crise sanitaire aux salariés, y compris aux « essentiels ». Sur ces deux plans, les réactions ne manquent pas, malgré le silence, voire la complicité des directions syndicales. Les cheminots du NPA travailleront à unifier ces réactions pour l’instant éparses et à les orienter dans le sens de la défense des intérêts du monde du travail dans son ensemble.

Un déconfinement déjà bien entamé

Si le confinement a pris beaucoup de retard à la SNCF – où il a fallu de vigoureuses protestations des cheminots pour cesser les opérations de contrôle ou de vente des billets – le déconfinement est venu bien en avance. Le travail a repris dans les ateliers de réparation et sur les voies. Les gestes barrières y sont impossibles à appliquer : comment soulever un cœur d’aiguille en respectant la distanciation physique ? Mais la perte sèche liée à la fin des primes de déplacement ou de nuit qui peuvent former une partie importante de la rémunération dans ce secteur exerce une pression importante pour que ces cheminots retournent au travail la boule au ventre. Entre Sèvres et Versailles-Rive droite en banlieue parisienne, d’importants travaux de remise en état des voies viennent de se terminer. Le cahier des charges des mesures sanitaires indiquait un maximum de sept ouvriers présents en même temps sur le chantier… mais lorsque l’inspecteur du travail est passé, filmé par France 3, ils étaient une trentaine à y travailler.

Dans le Grand Est, région la plus touchée, la direction fait du zèle : elle a déjà annoncé la réouverture des postes d’aiguillage la nuit pour permettre la reprise des travaux sur la ligne grande vitesse, mais aussi la réouverture des guichets dès le 18 mai, sans plexiglass, sans interdire les transactions en liquide. À Marseille, la direction fanfaronne en annonçant le retour de 100 % des trains dès le 15 mai… mais dans certains services elle rechigne à donner les deux masques par jour – objectif affiché mais déjà très insuffisant. Dans la région de la gare Saint-Lazare, la direction planifie déjà la reprise des opérations de « lutte anti-fraude » ! À chacun ses priorités…

Les cheminots des bureaux d’étude, en télétravail forcé, sont pressurés pour produire toujours plus : la préparation des grands travaux de l’été ne saurait souffrir aucun retard. Le contraste est saisissant avec l’impréparation dans la mise en place des mesures sanitaires au travail… L’urgence de ces travaux d’été a poussé la direction en Ile-de-France à exercer des pressions inqualifiables sur des collègues à risque pour qu’ils sortent sur site. Il a fallu des droits d’alerte et des menaces de grève pour lui faire entendre raison.

Le 11 mai, au front d’un déconfinement absurde ?

Au-delà des objectifs affichés par des directeurs régionaux zélés, la préparation du 11 mai n’a pas réellement commencé sur le terrain. Les cheminots apprennent par la presse les mesures prises pour résoudre une équation impossible : faire redémarrer la machine à profits tout en permettant les gestes barrière dans les transports… Les autocollants « laissons ce siège libre » ne suffiront certainement pas !

Les cheminots ne sont pas responsables des conditions inacceptables dans lesquelles les voyageurs seront transportés dès le 11 mai. Ils devront eux-mêmes défendre leur santé d’autant que la pression augmente pour qu’ils reprennent le travail en masse. C’est le sens de l’annonce fielleuse du gouvernement que les enfants de salariés des transports seraient prioritaires pour le retour en classe.

Beaucoup disent qu’ils ne veulent pas reprendre le travail dans les conditions habituelles sans tests et sans masques efficaces (FFP2). Beaucoup s’inquiètent légitimement des conditions de transports des voyageurs et ne veulent pas être partie prenante d’une opération qui ne pourra que favoriser la propagation du virus. Les cheminots ne sont pas les taxis du Medef !

Les revendications sanitaires sont nombreuses et devront être adaptées sur chaque chantier par les cheminots eux-mêmes. Des tests avant la reprise du travail et des masques FFP2 en quantité suffisante (y compris pour couvrir le trajet domicile-travail) sont le minimum pour se protéger. Il est vital que ces discussions soient collectives entre cheminots lors d’assemblées générales comme celles qui se tenaient chaque jour pendant la grève des retraites. C’est ce qui permettra de faire le point sur la situation de chacun, d’établir et de voter les revendications et de décider des moyens d’action, comme le droit de retrait ou la grève.

Depuis le début de la crise, la direction craint les réactions des cheminots qu’elle surveille comme le lait sur le feu. Les droits de retrait ont été nombreux, notamment chez les contrôleurs et conducteurs. À Tours, 60 % d’entre eux sont en absence, dont une partie en droit de retrait depuis le 16 mars. Pour eux, la journée de service commence à 4 heures avec un mail à la direction pour laisser une trace écrite, puis des échanges avec les collègues pour s‘encourager qui durent parfois jusque 22 heures. La direction multiplie donc les pressions qui tournent au chantage patronal le plus éhonté, relayé par tous les « managers » sur le terrain ou par téléphone. Les pleurnicheries du PDG Farandou sur les deux milliards de « manque à gagner » s’accompagnent de menaces de suppressions de postes – qui ne sonnent pas comme un scoop sachant que l’hémorragie dure depuis plus de trente ans ! Le discours est parfois agrémenté de la menace de la concurrence qui attendrait, tapie dans l’ombre, la moindre faiblesse de la SNCF. Mais on ne voit pas bien quel capitaliste se lancerait dans le ferroviaire dans les mois qui viennent…

Cela suffit cependant à certains dirigeants syndicaux, et pas seulement à la CFDT, pour prôner les efforts nécessaires à la défense de la boîte. Les cheminots ne sauveront ni leur santé, ni leur emploi en défendant la SNCF mais bien en se défendant tous ensemble contre elle et ses attaques. Comme tous les travailleurs, ils sont soumis au chantage patronal entre leur santé et leur emploi.

Ce n’est pas aux travailleurs de payer la facture !

Dans le monde patronal, chacun se renvoie la patate chaude des factures à payer. Ainsi la SNCF, en patron voyou, abuse du chômage partiel : elle fait financer par l’État un jour ou deux de travail par semaine de cheminots en télétravail ou en formation en les mettant d’office en temps partiel sans diminuer leur charge de travail. D’un côté elle touche l’argent de l’État pour le chômage partiel, de l’autre elle menace de licencier !

La menace des licenciements vient appuyer une offensive patronale déjà entamée et qui promet d’être extrêmement violente. Un sixième jour de repos vient d’être volé aux cheminots en mai après les cinq du mois d’avril. Alors que le télétravail a été mis en place dans l’urgence et sans les moyens nécessaires (en termes informatiques ou d’organisation du travail à domicile), la direction prétend compenser en versant une prime-aumône de 15 euros par mois, une provocation qui en annonce d’autres. La riposte des cheminots devra être à la hauteur de l’offensive et s’intégrer dans un mouvement d’ensemble car tous les travailleurs sont concernés. Face à leurs plans pour sauver leurs profits dans le monde d’après, opposons nos revendications et nos méthodes, à discuter au plus vite en assemblées générales sans se contaminer :

– Des tests et des masques FFP2 en quantité suffisante. Si les conditions ne sont pas réunies pour travailler, on exerce notre droit de retrait ou on se met en grève.

– Interdiction des licenciements et des suppressions de postes.

– Les primes sont une partie importante de notre rémunération, trop variable. Comme les hospitaliers, nous revendiquons 500 euros en plus pour tous chaque mois sur le salaire. La moindre des choses pour tous les travailleurs « essentiels » !

– Dans certains services on a découvert avec plaisir le travail sur trois ou quatre jours par semaine. On y prend goût ! Pour désengorger les transports en commun, en finir avec le chômage et avoir du temps pour soi et pour les autres, réduction du temps de travail avec maintien intégral du salaire.

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