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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 98, mars-avril 2015 > La Poste

Basse-Normandie : la grève impose une pause à la direction de La Poste

23 mars 2015 Convergences

Fin 2014, La Poste de Basse-Normandie annonce pour les facteurs, entre autres mesures d’un plan de réorganisation synonyme d’autant d’attaques, le remplacement de la pause payée de 20 minutes par une pause dite « méridienne » de 45 minutes... non rémunérée. L’indemnité « de collation » de 2 euros par jour est elle aussi menacée. Compte tenu des salaires minables pratiqués par l’entreprise, la perte financière qui se profile fait réagir vivement les facteurs.

Mardi 24 février, à Caen, la manif détonateur

Des militants syndicaux d’obédiences diverses se convainquent de ne pas attendre l’application de ce mauvais coup. Ils veulent, pour riposter plus efficacement, profiter de ce que, pour une fois, les stratèges de La Poste s’en prennent à 2 000 salariés d’un coup. Une intersyndicale (CGT, Sud, CFTC, et FO sur la Manche et l’Orne, mais pas le Calvados) appelle dès janvier à la grève le mardi 24 février. Les responsables de Sud obtiennent que le préavis déposé soit reconductible. Cependant, eux-mêmes n’envisagent alors pas vraiment de s’en servir autrement que pour agiter la menace de suites devant la direction.

Le 24 février, celle-ci décompte elle-même, à sa grande surprise, 1 236 grévistes, soit plus de 60 % des facteurs de Basse-Normandie. Près de la moitié de ces grévistes se retrouvent ensemble à Caen pour une manifestation devant le siège régional. Certains organisateurs de la journée sont tout aussi surpris de ce succès. Lorsque la délégation syndicale ressort du siège, ses membres se succèdent au micro pour déplorer l’absence du directeur régional, opportunément retenu pour une « réunion à Paris ». Plusieurs facteurs, notamment ceux du bureau très mobilisé de Rémalard dans l’Orne, lancent des appels à la reconduction. Au micro, on se souvient d’un coup que le préavis l’envisageait. Mais les dirigeants syndicaux renvoient alors chacun dans sa « plaque », c’est-à-dire l’entité regroupant plusieurs bureaux autour d’un centre principal de distribution, et doté d’une direction locale.

À Lisieux, une grève combative

La colère des facteurs, les militants de Lisieux l’avaient bien perçue dans leurs nombreuses tournées de préparation de la grève. Ils voient dans les pourcentages élevés de grévistes – 50 % dans les trois bureaux les moins mobilisés, 100 % dans quatre bureaux, 80 % à Lisieux même – un appel à continuer de plus belle le lendemain. La manifestation caennaise a galvanisé des grévistes dont certains connaissent leur premier mouvement. Elle leur permet de constater à quel point ils sont nombreux dans toute la région.

Le lendemain matin, une collègue apporte une camionnette remplie de pneus. Ces derniers barrent rapidement l’accès au garage du camion postal. Le directeur a beau râler, il en sera quitte pour faire le chargement lui-même, sous l’œil goguenard des salariés. Du reste, il n’est pas venu seul ce matin du 25 février : un huissier note, sous sa dictée, le nom des participants au piquet de grève. Mais il a beau forcer la voix pour mieux intimider les grévistes, sa tentative échoue piteusement. Pire, trois facteurs entrés non grévistes dans le centre de distribution rejoignent leurs collègues en grève à l’issue d’une assemblée générale improvisée pendant... la pause justement. Bon nombre d’autres marquent leur sympathie en ravitaillant le piquet en café chaud. Et, comme les délégués FO de l’entreprise d’en face, à la vue du spectacle inhabituel se déroulant chez leurs voisins, amènent une tente barnum et des pliants pour protéger le piquet de la pluie, la grève semble bien partie pour durer.

Le directeur le comprend parfaitement. Il tente bien d’entourlouper la délégation des grévistes venue le rencontrer. Mais il cède rapidement : la pause payée est maintenue pour la « plaque » de Lisieux.

À Cherbourg, la grève par procuration

À Cherbourg aussi, la grève a permis de faire reculer La Poste sur la pause. Mais sur la trentaine de facteurs du principal centre de distribution, seuls les quinze embauchés au statut privé ont refait grève une heure le 25 février. Leurs collègues fonctionnaires, qui ne peuvent débrayer sans perdre une journée de salaire, ont, en accord avec eux, alimenté une caisse de grève pour participer financièrement à la lutte. Le bureau voisin de Tourlaville, très mobilisé également, a obtenu gain de cause lui aussi. Mais, dans bien des bureaux restés en-dehors du mouvement aux alentours, le projet de la direction reste, pour l’instant, sur les rails.

La nécessité d’une coordination

Il en va de même à Caen et ses environs, alors même que certains bureaux ont prolongé leur grève pendant encore une semaine. La direction locale de La Poste s’y est montrée plus coriace qu’ailleurs. Pour vaincre cette résistance, il aurait fallu une organisation permettant aux grévistes des secteurs moins touchés par le mouvement de s’appuyer sur ceux en pointe. Plaque par plaque, les facteurs sont moins forts.

Certes, cet émiettement de la lutte s’explique en partie parce que celle-ci a surpris tout le monde, y compris les militants. Mais les postiers sont maintenant avertis. Alors que La Poste planifie à nouveau les suppressions d’emploi par milliers, il est plus que jamais temps de miser sur la grève pour la faire reculer. La prochaine fois, c’est dès le début du mouvement qu’il faudra s’atteler à sa coordination.

11 mars 2015, Mathieu PARANT

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