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Autriche : l’extrême droite tente de surfer sur la colère

1er février 2021 Article Monde

Après les manifestations anti-masque en Allemagne et les réactions violentes contre les confinements et couvre-feux à Madrid, au Danemark et surtout aux Pays-Bas ces derniers jours, c’est au tour de l’Autriche de connaître, depuis deux semaines, ses premières mobilisations contre les restrictions sanitaires.

Le pays a d’abord fait figure de bon élève : un confinement rapide et relativement bref, permettant de tester et tracer les cas et de faire baisser les contaminations à un niveau quasiment nul au début de l’été. Mais depuis, la situation s’est fortement dégradée. En automne, une flambée épidémique a pris le gouvernement « par surprise ». Davantage qu’ailleurs, le succès relatif du printemps a servi de justification pour ne rien changer, laissant le système de santé démuni face à la deuxième vague. En novembre, l’Autriche a même affiché pendant des semaines le taux de contamination le plus élevé au monde (presque 10 000 cas par jour dans un pays qui compte 8,9 millions d’habitants).

Un premier confinement « dur » a été décrété mi-novembre, mais assoupli le 6 décembre sous la pression de l’industrie touristique, qui pèse tout particulièrement en Autriche durant la saison de ski (le plus grand « cluster » de la première vague avait déjà eu lieu dans la station de ski d’Ischgl). Une décision rapidement mise à mal par la réalité, avec un nouveau confinement strict dès le 16 décembre (qui vient de prendre fin ce 18 janvier).

Le « Jour de la Libération » ?

Avec la dégradation de la situation sanitaire et les effets économiques (au printemps déjà, le chômage avait explosé de 25 % en une semaine !), c’est aussi la cote du gouvernement qui s’est érodée. Une lassitude face aux confinements répétés, une hostilité dans les milieux hospitaliers face à l’annonce d’une vaccination obligatoire dans la santé… rapidement démentie. Depuis plusieurs semaines, des manifestations anti-confinement à fort contenu « complotiste » et de petite taille ont eu lieu dans des villes de province (avec un contingent de « touristes » faisant le tour de toutes les manifs !). Le 16 janvier était prévu un « Jour de la Libération » avec une manifestation centrale à Vienne. Environ 10 000 personnes ont défilé (moins que les 30 000 annoncés par les organisateurs) sous un flot de drapeaux autrichiens. Une manifestation à tonalité très nationaliste, où l’on retrouvait le cocktail d’éléments réactionnaires déjà vus dans des rassemblements en Allemagne : de « le sang du Christ protège, pas le vaccin ! » aux logos QAnon. Mais aussi l’extrême droite qu’on peut dire institutionnelle, car elle s’est retrouvée à plusieurs reprises au pouvoir, surfant cette fois sur un mouvement « populiste » et cherchant ainsi à se refaire une santé après avoir été chassée du gouvernement [1]. Et tout ce beau monde d’en appeler à la « liberté » !

Deux poids, deux mesures

La police s’est tenue à l’écart alors qu’elle avait auparavant dissout une petite contre-manifestation. Elle a cependant pris le non-respect des mesures sanitaires comme prétexte pour interdire toutes les manifestations déposées pour ce week-end des 30 et 31 janvier. Ces manifestations anti-confinement dont le FPÖ lui-même avait déposé la demande, ont été relativement petites et se sont déroulées sans intervention policière. En revanche une contre-manifestation d’extrême gauche à Innsbruck a été violemment dissoute, avec quinze interpellations, tandis que dans l’après-midi une « promenade » du dimanche des milieux complotistes rassemblait 5000 personnes dans les rues de Vienne, avec des échauffourées et plusieurs arrestations. La fin des restrictions sanitaires n’est pas en vue et ces mobilisations, probablement, non plus.

En Allemagne, les manifestations anti-confinement ont faibli face à la flambée épidémique qui a frappé le plus fort des régions où le discours « anti-masque » et « anti-confinement » était le plus fort (notamment en Saxe). À voir si l’extrême droite des deux pays parviendra à surfer longtemps sur la colère, où si celle-ci trouvera d’autres voies par lesquelles le monde ouvrier mettra en avant son programme de classe.

Dima Rüger


[1Le FPÖ, déjà épisodiquement au pouvoir depuis la fin des années 1990, a dû quitter la coalition avec le (très) conservateur Kurz après « l’Ibiza-Gate » où son leader avait été filmé faisant des propositions de corruption à une supposée oligarque russe. La nouvelle coalition conservateur-écolo, une première, a pourtant gardé le même cap en promettant de « protéger l’environnement et les frontières ».

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