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Accueil > Éditos de bulletins > 1998 > juillet > 6

Algérie : après le temps des assassins, celui de la révolte...

Dix jours après l’assassinat du chanteur kabyle Lounès Matoub, attribué officiellement aux commandos du GIA, la dictature militaire algérienne donne un nouveau gage aux intégristes islamistes : à partir du 5 juillet, l’arabe classique, celui du Coran, devient langue officielle obligatoire en Algérie, alors que l’immense majorité de la population parle soit l’arabe algérien (aussi différent de l’arabe classique que le français du latin), le français ou le kabyle.

Imaginons ici que le gouvernement décrète le latin obligatoire, à l’école comme au bureau ou à l’usine, après avoir fait entrer au gouvernement une brochette d’archevêques liés aux commandos catholiques anti-avortement ! De quoi donner envie de descendre dans la rue...

Le gouvernement algérien, lui, a pris ses précautions : dimanche, jour de l’application du décret d’arabisation obligatoire, il a interdit toute manifestation et fait quadriller Alger par l’armée en en bloquant également toutes les entrées. L’alliance du sabre et du Coran, l’union sacrée des assassins, pour tenter de museler la population, ce n’est pas vraiment nouveau en Algérie.

Aux intégristes d’ailleurs le pouvoir multiplie les gages : nouveau code de la famille qui est en fait un nouveau code contre les droits des femmes, collaboration au gouvernement avec un parti islamiste qui a sept ministres, et, bien sûr, arabisation forcée. Cette politique de la dictature militaire, de plus en plus repeinte aux couleurs islamistes, est dirigée contre toute la population algérienne, et pas seulement contre la population de Kabylie.

En revanche, ce qui est nouveau depuis les sept ans d’assassinats de civils par les bandes armées islamistes ou du pouvoir, c’est que la colère populaire, trop longtemps accumulée, a éclaté la semaine dernière, du moins en Kabylie. Les jeunes de Tizi Ouzou ont massivement manifesté aux cris de « pouvoir assassin », après l’assassinat de Lounès Matoub. Et l’intervention des « forces de l’ordre » contre les manifestants, a mis le feu aux poudres.

En s’en prenant aux édifices publics et autres symboles de l’Etat, les jeunes manifestants ont montré qu’ils tiennent le pouvoir tout autant responsable que les intégristes de la terreur qui s’est abattue sur l’Algérie. Un sentiment partagé par toute la population : la grève générale a eu un soutien massif. Et la répression qui a fait au moins trois morts, rappelle que le pouvoir fait la guerre tout autant à la population pauvre qu’aux terroristes islamistes. Plus que ceux-ci, avec qui il est sans doute prêt à s’entendre un jour, ce qu’il craint c’est que l’effervescence populaire s’étende et se transforme en une nouvelle explosion sociale comme celle qui secoua l’Algérie en octobre 1988, il y a dix ans.

La révolte des jeunes en Kabylie révèle la tension explosive qui règne dans le pays. L’exaspération n’est pas due seulement à la violence terroriste, mais à la misère atroce qui frappe durement l’immense majorité alors que la minorité de riches liée au pouvoir militaire s’en met plein les poches ; alors aussi que les pays impérialistes (et en premier lieu la France) tirent toujours d’Algérie des profits records.

La semaine dernière, les organisations soi-disant démocrates ou de gauche (Mouvement Culturel Berbère, FFS, RCD) qui ont du poids en Kabylie se sont précipitées pour encadrer soigneusement les funérailles, appeler au calme, cantonner la protestation à la minorité berbère. Elles craignent tout autant que le pouvoir cette explosion sociale. (Cela n’étonnera pas ici, où les partis de gauche, PS, PCF, Verts, MDC, viennent encore de donner un exemple d’hypocrisie en pleurant sur l’assassinat de Lounès Matoub... eux qui participent à un gouvernement qui refuse des visas aux Algériens menacés de mort dans leur pays).

Au contraire, les manifestants de Kabylie ont à faire le lien avec les autres jeunes et travailleurs d’Algérie, pour trouver une issue à leur révolte et s’attaquer vraiment au pouvoir comme à l’intégrisme, et à tous les possédants algériens, français et autres, qui soutiennent l’un ou l’autre. Vive la révolte des jeunes et des travailleurs d’Algérie, nos frères !

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