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Accueil > Les articles du site > Meeting vidéo du 26 avril 2020 : ce virus qui ébranle le monde (...)

Afrique subsaharienne

Mis en ligne le 29 avril 2020 Article Monde

Depuis quelques semaines, la crainte d’une explosion de la pandémie de Covid-19 en Afrique subsaharienne est apparue dans les médias, préoccupation des gouvernants des pays concernés et surtout des populations.

Dans ces pays où la survie alimentaire de l’écrasante majorité dépend d’un travail informel, perdu pour raisons de confinement, le gros souci est de savoir comment trouver de quoi se nourrir, et il relègue au second plan la peur d’une pandémie dévastatrice du fait de la quasi-inexistence des services de santé. Les gouvernements ont bien esquissé des plans pour nourrir les plus démunis, avec des applications de transfert d’argent comme au Togo, qui ont d’ailleurs provoqué des attroupements devant les boutiques téléphoniques ; ou des plans de distribution de nourriture, comme au Rwanda. La réalité de ces plans est bien difficile à mesurer, car les aides sont liées à des conditions, comme la possession d’une carte d’électeur ou d’une carte d’identité, loin d’être évidentes pour les plus pauvres.

Pour le moment, fort heureusement, on n’en est pas au « scénario catastrophe » – prédit entre autres par Bill Gates – de plusieurs centaines de millions de morts. Les chiffres sont à prendre avec de grandes pincettes, les pays les plus touchés, l’Afrique du Sud et le Cameroun, comptent une cinquantaine de morts officiels. Mais la pandémie progresse, même si ce n’est pas à une vitesse fulgurante.

Le confinement est prôné… et du coup les gouvernements, bien conscients de l’aberration d’un confinement quand le choix est de mourir de faim ou du coronavirus, y vont de la répression pour faire respecter les mesures strictes qu’ils ont édictées…

– Interdiction de vendre de l’alcool au Cameroun ou en Afrique du Sud ;

– obligation du port de masques (pas moins en pénurie qu’ici…) au Cameroun, au Gabon et en Guinée équatoriale (au Tchad aussi, qui a vite reculé… devant leur évidente indisponibilité) ;

– et des couvre-feux nocturnes dans de nombreux pays.

Ces mesures, ici et là, sont appliquées à coups de matraque, de lacrymogènes, de fouet, ou à coups de feu tout court.

À Mombasa (ville portuaire du sud du Kenya), les restrictions du nombre de voyageurs sur les transbordeurs ont provoqué de longues queues de personnes qui se sont fait copieusement tabasser et arroser de lacrymogènes avant même le début du couvre-feu.

Au Kenya déjà cité, mais aussi en Afrique du Sud, en République démocratique du Congo, au Nigeria, etc., le nombre des premiers morts de la répression fait concurrence à celui, encore faible, des morts du virus. Les uns et les autres sont également sous-estimés. Et il n’y a pas que la répression physique dans la rue. Des journalistes sont arrêtés pour « diffusion de fake news », comme en Côte d’Ivoire ; des journaux sont frappés d’amendes ou tout simplement interdits, comme au Togo ou en Tanzanie. Qu’il s’agisse de règlements de comptes internes aux régimes ou de répression politique envers des opposants, les arrestations politiques se sont ajoutées aux exactions des forces de l’ordre.

Pour ce qui est des fake news, elles sont le résultat direct du manque total d’informations dans lequel la population est abandonnée, et qui fait naître toutes les méfiances. Les gouvernements ne sont pas les derniers à répandre des absurdités. Le président malgache a présenté en grande pompe, ce mardi, le remède « miracle » Covid-Organics : tisane à base de plantes malgaches, dont l’OMS a prudemment nié toute efficacité scientifique, même s’il était possible que certains symptômes soient atténués…

De leur côté, de nombreux gouvernements ont officiellement fait le choix du traitement par la chloroquine, à commencer par le Sénégal, pays de naissance du docteur Raoult… Le président de la RDC (République démocratique du Congo) a déclaré vouloir en produire en quantité industrielle, le Bénin la subventionne. Le choix n’est pas surprenant, puisque la chloroquine, plutôt bon marché, est largement connue et utilisée comme antipaludique dans de nombreux pays (même si ce ne sont pas les plus pauvres qui l’utilisent !). De récentes études remettent apparemment en question son utilité comme traitement large contre le coronavirus, mais qu’à cela ne tienne, la ruée vers la chloroquine est lancée. Car comment faire en l’absence d’autres traitements, et surtout en l’absence d’accès à des soins hospitaliers ? Dès le début avril, des petits entrepreneurs, boutiquiers ou vendeurs de rue se sont rués sur des pharmacies qui ont fait monter les prix de la molécule prétendue miracle, tandis que des petits malins ont lancé la vente de sa contre-façon. Version « originale » de la molécule ou version trafiquée, rien ni personne n’ira mesurer les potentiels effets cardiaques secondaires. Ces contrefaçons médicales posent des problèmes pourtant : l’OMS chiffre à plus de 100 000 par an leurs victimes sur le continent africain.

Au Togo, des masques ramassés par terre sont lavés, puis revendus. Il est tellement dramatique de perdre les moyens de gagner sa vie, qu’ils sont achetés et utilisés.

Autre gros souci, une montée des préjugés à l’égard des Chinois en Afrique, souvent des travailleurs parqués sur les chantiers de grand projets d’investissement, isolés du reste de la population et souvent mal vus à cause de cet isolement. Genre de contrepartie au traitement raciste et abject aussi de ressortissants africains en Chine.

Pour le moment, les réactions à la faim et à la répression restent locales et éparses… Échauffourées avec la police un peu partout, des quartiers qui s’organisent en solidarité, voire pour prendre des mesures sanitaires, distribuer des masques et prendre la température comme au Liberia, attaques de dépôts alimentaires en Afrique du Sud. Il est certain que la tension monte, et les craintes d’explosion sociale des gouvernants ne manquent pas de fondement.

Dima Rüger

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