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Addition salée aux comptoirs ! Le gouvernement n’offre pas la tournée !

30 septembre 2020 Article Politique

Vendredi 25 septembre, devant le tribunal de commerce de Marseille, quelques dizaines de restaurateurs et petits patrons de café ont battu le pavé, avec le soutien de leurs représentants élus dans ce même tribunal pour crier leur mécontentement face au renforcement des mesures sanitaires. Ils ont d’ailleurs été rejoints dimanche par une centaine de leurs confrères devant l’Hôtel de Ville, arguant que l’on n’est pas plus en danger à une terrasse de café qu’entassés dans le métro pour aller au boulot. Face à la recrudescence de la pandémie, le gouvernement ne trouve pour l’instant rien d’autre à faire que de dégainer des classements en « zone d’alerte renforcée » qui ont comme un avant-goût de reconfinement.

Il refuse de renforcer le protocole sanitaire dans les écoles ou les entreprises alors qu’elles cumulent pourtant la majorité des clusters, d’après l’agence Santé publique France. Bars, salles de gym, espaces de loisirs : c’est notre vie sociale hors du travail qui est dans le collimateur du gouvernement. Tout ça pour continuer de se faire exploiter toute la semaine… Et tant pis si, pour que les grandes entreprises continuent à exploiter sans privation, certains petits patrons doivent fermer boutique.

Paris/Marseille, le classico de la Covid ?

On comprend donc la colère de bon nombre de commerçants, qui ont l’impression d’être injustement « punis ».

Mais il n’aura pas fallu longtemps pour voir se greffer à cette colère les ambitions des élus locaux marseillais. Scandalisés, ou feignant de l’être, que le gouvernement ne les ait pas consultés, ces politiciens claironnent dans un chœur réunissant gauche et droite, LREM compris, qu’ils se feront les défenseurs du « peuple de Marseille » contre les « élites parisiennes ». Un refrain démagogique que l’on avait déjà entendu pendant le confinement. La promesse de ne pas faire appliquer les consignes du gouvernement par la police municipale est cependant déjà tombée à l’eau, puisque les « révolutionnaires de salon » ont négocié le report des fermetures de samedi… Au lendemain soir.

Loin de vouloir se battre contre le gouvernement (qui a de toute manière l’ensemble des cartes en main pour mener sa politique), les élus semblent davantage avoir cherché à canaliser la contestation. Surtout, ils passent sous silence le manque de moyens engagés depuis la fin du confinement dans l’hôpital. Or, c’est bien là le problème : au lieu de profiter du répit pour recruter massivement et améliorer les conditions de travail des infirmières, aides-soignantes et de l’ensemble du personnel hospitalier, au lieu de préparer au mieux le système de santé à la possible sinon déjà probable deuxième vague, le gouvernement a maintenu le cap de l’austérité.

Dans cette situation, certains hôpitaux commencent à être saturés, et Marseille ne fait pas exception. Dans l’hôpital Nord, 16 des 39 lits du service de réanimation sont réquisitionnés pour la Covid. Le manque chronique de moyens était déjà dénoncé à l’hôpital de la Timone par les infirmières du bloc opératoire usant du droit de retrait pour protester contre le sous-effectif en février dernier. Et tout comme au niveau national, la situation a empiré avec la crise de la Covid.

L’effondrement et l’inondation d’une partie de la Timone aux cours des orages du 22 septembre montrent que ce ne sont pas les moyens qui ruissellent à Marseille (comme ailleurs) mais bien le délabrement. Cela, la mairie EELV et la présidence LR des Bouches-du-Rhône ne le dénoncent pas, parce que, malgré leur « radicalisme » de façade, elles mènent la même politique que le gouvernement : rien pour les services essentiels à la population et tout dans la poche d’un patronat… plus « local ».

Des secteurs sacrifiés, à la Courtepaille ?

Les nouvelles mesures de restrictions s’ajoutent aux conséquences économiques du confinement dans des secteurs déjà fortement impactés, qui ont déjà dû pour la plupart investir pour remettre aux normes sanitaires leurs établissements. Mesures d’autant plus pénibles qu’elles ne s’accompagnent pas de l’arrêt des « coûts fixes » que sont les loyers, les frais bancaires ou d’assurances et qui continuent de gaver des mastodontes comme AXA – qui a réalisé 1,4 milliard de bénéfices au premier semestre 2020 – contre qui nombre d’entrepreneurs ont dû se battre en justice pour récupérer leurs indemnités.

Castex a beau parler de « plan de relance », la plupart des petits entrepreneurs ne voient que rarement la couleur de ces aides (quand elles ne sont pas directement aspirées par les banques).

Quant aux travailleurs des entreprises en faillite, ils finissent à la porte avec de maigres indemnités, d’autant plus lorsqu’ils sont contraints de travailler tout ou partie de la semaine au noir. C’est d’ailleurs ce qui arrive aux 2 000 salariés de Courtepaille laissés sur le carreau par le rachat de leur enseigne par le concurrent Buffalo Grill. Le mécanisme de concentration des capitaux en période de crise s’applique d’autant plus durement dans des secteurs qui peinent à garder la tête hors de l’eau. Près de 200 000 emplois pourraient être supprimés dans le secteur, d’après le Groupement national des indépendants Hôtellerie et Restauration, qui annonce que 15 % des établissements pourraient fermer leurs portes.

À l’issue de la rencontre entre le premier ministre et les représentants des différents secteurs de la restauration, le gouvernement a annoncé le prolongement du chômage partiel à 100 % jusqu’au 31 décembre, ainsi que de futures exonérations de « charges » et une hausse du montant du fonds de solidarité.

Mais les problèmes des petits restaurateurs ne peuvent pas être résolus indépendamment de la gestion globale de la crise sanitaire, sans renforcement des mesures sanitaires dans les écoles, les transports, les entreprises… et les restaurants, où les pressions poussent les salariés à passer outre les risques pour leur santé !

Il est fort probable que l’on voie à nouveau des secteurs de la petite bourgeoisie manifester leur colère face au marché capitaliste et sa crise actuelle qui les prend à la gorge.

Pierre Levain

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