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À Camaïeu, les salariés licenciés ne se laissent pas faire !

10 octobre 2022 Article Entreprises

Vendredi 7 octobre, une cinquantaine de personnes se réunissent au siège de Camaïeu à Roubaix, répondant à l’appel de la CGT. Les salariés de l’entreprise, qui font partie des 2 600 personnes licenciées suite à la décision de fermer les 650 magasins, ont confectionné des pancartes qu’ils brandissent sur le piquet : « On ne joue pas au poker avec les salariés ! » Ils mettent des pneus à brûler pour être plus visibles. Plus tôt dans la semaine, mardi 4 octobre, un certain nombre d’entre eux ont occupé le siège de la direction pour dénoncer la responsabilité des actionnaires. Aujourd’hui, le rassemblement est renforcé par une délégation de pompiers et des cheminots venus en soutien.

Un « plan social » qui n’a de « social » que le nom

On entre sur le site tous ensemble un peu avant 11 heures, parce qu’une réunion de négociation est censée commencer. Mais tout le monde se retrouve devant les portes fermées du bâtiment de la direction, où l’on discute pourtant du sort de milliers de familles. On attend. Mais au bout de vingt minutes, un groupe de salariés licenciés s’impatiente. Ils veulent s’imposer, exprimer leur contestation des choix de la direction. Leur décision provoque quelques remous à l’entrée avec le vigile, mais ils parviennent à leurs fins et entrent dans la salle où se tiennent les négociations. Certains d’entre eux désignent des représentants syndicaux de la CFDT et du syndicat maison : « Ceux-là ne nous représentent pas », disent-ils à la direction. Et pour cause, la CFDT et un syndicat maison, majoritaires à eux deux, pourraient signer ce que leur propose le patron. C’est sans doute pour cela que celui-ci les garde comme interlocuteurs !

Au fil du temps, on voit des travailleurs sortir en disant que la direction propose 6 000 euros de prime de départ. Mécontentement, colère chez certains : c’est le chiffre qui était déjà connu en début de journée ! On en discute activement. Ce qui circule, c’est la « promesse » qui a été faite de garder l’ensemble du chiffre d’affaires réalisé ces derniers jours à destination des salariés. Mais le compte n’y est pas. On apprendra le week-end suivant que la moitié de la prime est soumise à des prélèvements sociaux, soit une prime nette de 5 350 euros : des clopinettes à côté de ce qui se trouve dans les poches des propriétaires de l’entreprise !

Faire les poches d’Ohayon

Un délégué CGT sort à un moment donné faire un bilan d’étape. Il dit que ce que la direction propose est inacceptable, que rien n’a été signé, mais que le vote des représentants est majoritaire pour accepter ces conditions. Quelques réactions à voix haute de l’assistance, qui reprennent les bases minimum attendues. Le délégué présente les choses comme jouées d’avance, mais des participants au rassemblement ne se laissent pas décourager, et affirment qu’ils ne se laisseront pas faire. Ici et là, on incite à une assemblée générale, au fait de discuter de ce qu’on veut faire. Oui, ce sont les salariés présents qui doivent décider de ce qui est négocié, décidé, et choisir eux-mêmes leur représentation auprès de la direction.

En tout cas, chacun est sûr d’une chose : quoiqu’en dise la direction, de l’argent, il y en a. Le patron a coulé délibérément la boîte. Tout cela est étayé par une foule d’éléments que certains discutent, sur les dettes faites, mais aussi sur l’audience au tribunal de commerce où Ohayon, l’actionnaire majoritaire, a été traité de « patron voyou » par le procureur. Lui qui avait racheté l’entreprise pour une bouchée de pain en 2020, pleurniche auprès de l’État des aides pour pouvoir « sauver les emplois ». Durant les deux années passées sous sa direction, ce sont des pratiques managériales plus brutales qui ont été adoptées, afin d’imposer aux salariés toujours plus d’efforts au prétexte de maintenir l’emploi. Mais pour le moment, ce sont bien les fermetures et les licenciements qui sont prévus depuis l’acceptation de la liquidation judiciaire par le tribunal de Lille mercredi 28 septembre.

Parmi les salariés présents, l’idée est présente de ne pas accepter la situation qu’on leur impose. Pour faire le poids face à un patronat vorace qui les licencie afin de maintenir ses profits, les travailleurs de Camaïeu devront s’organiser et notamment s’adresser aux autres salariés, au-delà des murs de leur entreprise. Car ces milliers de licenciements sont un avertissement pour tous les travailleurs du secteur, et au-delà.

Correspondant

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