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Accueil > Éditos de bulletins > 1999 > septembre > 6

LES PETITS PAYSANS ONT RAISON DE METTRE LES PIEDS DANS LE PLAT

José Bové et ses camarades de la « Confédération Paysanne » ont recouru aux grands moyens pour se faire entendre : ils ont démonté un « Mac Do » en construction, à Millau.

Et alors ? Ce n’est pas ça qui risque de mettre sur la paille une multinationale qui toutes les 4 heures ouvre un nouveau magasin dans le monde. Et lorsque, récemment, des gros producteurs de blé avaient mis à sac des bureaux du ministère de l’environnement, ils n’avaient pas pour autant été mis sous les verrous.

Ces paysans syndicalistes ont bien raison d’avoir mis les pieds dans le plat face aux pressions et aux dérives de l’agro-business. Les petits paysans en ont assez d’être livrés pieds et poings liés à la grande distribution.

Hier, six centrales d’achat concentraient la quasi totalité de la commercialisation des produits agricoles. Aujourd’hui, après la fusion Carrefour-Promodès, elles ne sont plus que cinq. Leurs propriétaires figurent parmi les plus grosses fortunes françaises, celles qui se sont accrues le plus rapidement ces dernières années.

Les petits agriculteurs peuvent bien crever et voir leur travail non payé, les consommateurs les plus pauvres peuvent continuer à se priver, pourvu que les capitalistes de la distribution, du transport ou les banquiers auprès desquels les paysans sont endettés, continuent eux à s’enrichir ! Mais pourquoi ce ne serait pas ceux-là qu’on devrait contraindre à prendre sur leurs profits pour éviter d’envoyer la production agricole à la décharge et de mettre le couteau sous la gorge aux petits paysans ?

Ils ont bien raison aussi ces petits producteurs, de dire avec la Confédération Paysanne le dégoût que leur inspirent les scandales de la “ vache folle ”, des poulets à la dioxine , ou encore de l’utilisation non contrôlée des organismes génétiquement modifiés. Mais « les Américains » sont loin d’être les seuls responsables de tous nos maux (de ventre). Les centaines de petits producteurs de lait ou de fruits et légumes, que l’on a vu la semaine dernière manifester dans de nombreuses villes devant des grandes surfaces bien françaises telles que Leclerc ou Carrefour, ont d’ailleurs bien compris où se situent leurs principaux adversaires.

La « mal-bouffe » n’est pas une spécialité américaine. L’agro-business des pays européens est assez obsédé par le profit pour avoir, de lui même, sans chercher son inspiration aux Etats-Unis, inventé la “ vache folle ”, les poulets à la dioxine, etc. Et les révélations récentes du « Canard Enchaîné » et de la télévision allemande selon lesquelles des entreprises françaises continuaient à utiliser des boues de station d’épuration contenant des résidus de fosses septiques dans la fabrication des farines animales en témoigne.

Ces dérives alimentaires on les doit, elles aussi, à la loi du fric. Cette même loi implacable du capitalisme au nom de laquelle, dans les entreprises, les patrons licencient à tour de bras et augmentent les charges de travail des autres salariés.

Les travailleurs ont toutes les raisons de se sentir solidaires de José Bové et des petits paysans en lutte dont il s’est fait le porte-parole. Et c’est pourquoi les députés trotskystes de la Ligue Communiste Révolutionnaire et de Lutte Ouvrière au Parlement européen, dont Arlette Laguiller et Alain Krivine, ont réclamé sa libération immédiate.

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