Les impôts vont diminuer... pour les patrons et les riches
30 août 1999 Éditorial des bulletins L’Étincelle
La croissance économique ayant légèrement dépassé les prévisions, l’Etat a engrangé quelques dizaines de milliards de francs de recettes fiscales supplémentaires. Le gouvernement a donc décidé de baisser les impôts de 38 milliards pour l’an 2000.
Une bonne nouvelle, pour faire passer le reste ? Même pas ! Pour une fois qu’il y avait quelques dizaines de milliards de francs non encore affectés, il faut que le gouvernement s’empresse de favoriser les patrons et de faire un peu de démagogie électorale vis-à-vis des “ classes moyennes ”, c’est-à-dire des couches les plus aisées.
Près de 40% de ces baisses, déjà annoncées, bénéficieront en effet aux entreprises (et à leurs propriétaires), grâce à la suppression de la surtaxe de l’impôt sur les sociétés et la réforme de la taxe professionnelle. Le reste, soit 23 milliards de francs, profitera aux « ménages », nous dit le ministre. Mais pas n’importe lesquels ! La baisse de la TVA sur les travaux d’entretien de la résidence principale, comme la réduction des frais de notaire n’intéressent que les propriétaires de logements. Tant mieux si cela permet à des travailleurs d’économiser quelques sous, mais cela ne concerne pas la majorité d’entre eux.
Et ce n’est pas fini, car dès l’année prochaine, le gouvernement devrait baisser l’impôt sur le revenu. Le seul impôt progressif en France, qui en théorie pèse davantage sur les riches que sur les pauvres. Un impôt que les socialistes avaient promis de ne pas toucher, mais qu’ils vont alléger, sous prétexte de “ simplifier la fiscalité ”.
Un proche de Voynet, représentante des Verts et ministre de Jospin, a regretté que le gouvernement n’en profite pas pour augmenter les minima sociaux et pour étendre le RMI aux jeunes de 18 à 25 ans. Gayssot, le ministre communiste des transports, s’est contenté de suggérer au ministre des finances d’étendre les allègements fiscaux aux locataires. Mais Verts et PCF restent au gouvernement, donc solidaires de sa politique anti-ouvrière. Les critiques c’est le bla-bla de leurs “ universités d’été ”.
Quant à Thibault, le secrétaire de la CGT, il dénonce ces baisses d’impôts, qui signifient en effet moins d’infirmières, d’enseignants ou de cheminots, et des prestations sociales réduites. Car pour financer les services publics et la sécurité sociale, il n’y a pas d’excédent. Il en faudrait même bien plus encore pour assurer à tous une éducation, une santé, des transports en commun ou des logements décents. Mais plutôt qu’à améliorer les conditions de vie de la population, ce à quoi devraient servir les impôts, et à embaucher directement dans les services publics, le gouvernement préfère faire quelques cadeaux supplémentaires aux patrons et aux plus riches.
Thibault a raison. Mais qu’attend alors la CGT (et les autres directions syndicales, la CFDT, FO...) pour refuser clairement toute la politique de ce gouvernement, depuis le budget en passant par la loi sur les 35 heures et les attaques prochaines contre les retraites ? Et surtout, organiser, dans la mesure de leurs moyens, une riposte d’ensemble des travailleurs ?
De l’argent il y en a dans les caisses de l’Etat, c’est le gouvernement lui-même qui le dit. Et donc aussi dans les caisses des patrons, car si l’impôt rentre mieux, c’est que l’économie va mieux et que les profits des entreprises se sont multipliés.
Alors n’hésitons pas ! Gouvernement et patronat s’attaquent sans vergogne aux travailleurs, qu’ils soient du privé ou du public, en activité, au chômage ou à la retraite. Face à cette guerre sociale qu’ils mènent contre nous, il faut une riposte d’ensemble. Pour imposer l’interdiction des licenciements, une hausse des salaires, l’embauche des précaires, un autre partage des richesses. Cela ne se décrète pas, mais cela se prépare, à tous les niveaux, en tissant des liens au sein de l’entreprise, mais aussi entre salariés d’entreprises différentes, ou dans les quartiers.
Ras le bol de ces gouvernements qui imposent des sacrifices aux travailleurs et aux pauvres quand l’économie va mal et récompensent les patrons et les riches quand elle va mieux.

