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Accueil > Éditos de bulletins > 1999 > mai > 17

Les criminels de guerre

Bientôt deux mois de bombardements. Milosevic est toujours là. Deux mois qui loin d’empêcher la purification ethnique envisagée par le dictateur serbe, ont permis à ses bandes armées de vider le Kosovo de sa population albanaise.

Deux mois de terrorisme aérien qui ont fait bien plus de victimes civiles que militaires, sans compter la destruction des infrastructures économiques d’un pays. Deux mois qui ont permis à Milosevic de museler totalement son opposition. Deux mois de « dommages collatéraux », selon les termes cyniques de l’OTAN, dont le dernier en date, au village de Korisa, a fait 87 morts et 78 blessés chez les réfugiés albanais qu’on disait vouloir protéger !

Les victimes « pourraient » avoir servi de « bouclier humain » aux troupes serbes, avance, sans apporter de preuves, l’état-major de l’OTAN. La belle excuse ! L’OTAN dit savoir d’avance que les réfugiés kosovars servent de bouclier humain, mais cela ne l’empêche pas de déverser ses bombes à fragmentation sur des fermes de villages dont on n’est même pas sûr qu’elles abritent des militaires ! Comme quoi le sort des réfugiés n’empêche pas de dormir les généraux de l’OTAN.

Il n’empêche pas non plus de dormir les dirigeants politiques de la coalition impérialiste : il y aurait 750 000 réfugiés albanais depuis le début des bombardements. Et le gouvernement français se félicite d’en accepter… 2000 ! Alors même qu’il s’est trouvé 400 000 familles françaises volontaires pour les accueillir. Il y a vraiment quelque chose de pourri dans les motivations de ceux qui mènent cette guerre en notre nom.

Si Chirac et Jospin ne veulent pas accueillir plus de réfugiés, c’est, osent-ils nous dire, pour que ceux-ci puissent, ensuite, plus tard, revenir chez eux plus facilement ! Après avoir croupi combien de mois, combien d’années dans des camps de réfugiés ? Les Etats les plus riches de la planète sont capables de dépenser des centaines de milliards dans un pont militaire aérien pour déverser des bombes sur la Fédération Yougoslave et ne seraient pas capables de consacrer quelques centaines de millions pour un pont aérien qui rapatrieraient des civils ?

Décidément, tout est sale, dans cette guerre qu’on voulait nous faire passer pour une intervention militaire « humanitaire ». Pour l’heure, le malheureux Kosovo sert de terrain d’expérimentation aux petits bijoux guerriers de l’OTAN. On y vérifie les dégâts humains dont sont capables des bombes à fragmentation version « anti-matériels », l’efficacité des munitions « à uranium appauvri »… Il s’agit aussi d’en faire un bon terrain d’entraînement aux hélicoptères Apache et autres missiles Tomahawk… baptisés de noms empruntés aux malheureux Indiens d’Amérique victimes il y a cent ans d’une autre purification ethnique. Tout un programme !

Les grandes puissances coalisées prétendaient partir en croisade contre le dictateur Milosevic, qui se porte toujours bien, pour, au bout du compte, marchander avec lui un partage ethnique de la région. En réalité, le nettoyage ethnique, on le voit, elles s’en accommodent fort bien. Comme elles s’en sont accommodées en Turquie, où le régime, de la même façon que Milosevic, a massacré 30 000 Kurdes et chassé un million d’entre eux de leurs villages. Ce même régime turc qui fait partie de la coalition de l’OTAN contre la Serbie ! Comme elles s’en accommodent en armant et soutenant toute une série de régimes sanguinaires en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

En réalité, le terrorisme aérien de l’OTAN et le terrorisme terrestre de Milosevic font la paire. L’un justifie l’autre et réciproquement. La différence ? Celui de l’OTAN vise à régenter le monde. Celui de Milosevic une petite région.

Ils ont commencé les bombardements en nous parlant de quelques jours. Ils les ont continué en nous assurant que ce serait réglé en quelques semaines. Maintenant on nous parle de la situation des réfugiés pour l’hiver prochain, donc d’une guerre durant des mois, voire plus d’un an.

Alors, pour ne pas être complices malgré nous, ici en France, il ne nous suffit plus de désapprouver la sale guerre des Clinton, Blair et Jospin, il va falloir se mobiliser contre. Ce serait d’ailleurs la meilleure aide que nous puissions apporter aux travailleurs et opprimés kosovars ou serbes contre Milosevic et son régime d’assassins.

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