La semaine des 35 leurres !
9 février 1998 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Remise en cause du salaire minimum horaire, flexibilité, annualisation du temps de travail, blocage des salaires, augmentation de la productivité, subventions aux patrons, maintien des heures supplémentaires, etc. Voilà sous quels auspices le projet Aubry doit être voté à l’Assemblée mardi 10 février. Le fameux « grand projet social » du gouvernement dont s’est servi Jospin pour refuser les revendications des chômeurs, n’était que miroir aux alouettes. Malgré tout le battage médiatique, la plupart des travailleurs étaient sceptiques et ils avaient bien raison. La manipulation des horaires à la mesure patronale, on sait trop bien que cela revient à remettre en cause les conditions de travail, pas à les améliorer, et que cela permet de supprimer des emplois plus qu’à embaucher.
La Compagnie Générale des Eaux vient de montrer ce qu’il en est. Elle a signé avec deux syndicats (CFDT et CFTC) un accord de réduction du temps de travail à 35 heures dans le « secteur eau » prévoyant l’embauche de 100 personnes. 100 personnes ? Cela représente pour ce secteur de 13 000 salariés 0,8 % d’embauches ! Bien loin des 6 % que le gouvernement prétend obtenir. Et en échange, les patrons de la CGE ont obtenu le prix fort : les augmentations de salaires et les primes seront gelées pour un ou deux ans, et le gain sur les salaires dû à la transformation de la cotisation d’assurance maladie en CSG sera intégralement versé à la CGE.
Ce n’est pas tout : les horaires pourront être flexibles, changeant même d’une semaine sur l’autre ! La Générale des Eaux prétend que cela lui permettra de sauver 600 emplois qui étaient « menacés ». Menacés ? Dans une entreprise qui annonce 3,6 milliards de profits en 1997 pour la branche eau ? Loin de marcher dans cette argumentation, les salariés ont été nombreux, pour la deuxième fois en huit jours, à exprimer leur refus de cet accord en faisant grève et en manifestant jeudi dernier dans les 44 sociétés de la CGE-secteur eau. La mobilisation ne fait que commencer contre ces 35 heures à la sauce CGE.
La CGE n’est pas un cas à part. Toute la démarche de Aubry-Jospin vise à permettre aux patrons de mettre en place des accords par secteurs ou par entreprises, plus pourris les uns que les autres. Elle vise à laisser les travailleurs isolés, chacun devant son patron et chacun devant un « accord » particulier, à l’inverse d’une convention collective.
Les derniers amendements au projet Aubry n’ont fait que souligner le caractère anti-ouvrier de cette prétendue loi sur la diminution du temps de travail : il n’est plus question de diminuer l’horaire de 4 heures par semaine, mais de créer « un compte épargne temps » qui pourra être pris en jours de congé sur l’année, voire sur plusieurs années ! Et ce temps « épargné » pourra être utilisé quand cela arrange le patron ! C’est exactement l’annualisation du temps de travail présenté par Juppé qui revient en douce grâce à Jospin.
Les dernières moutures de la loi Aubry prévoient également pour les patrons des primes annuelles qui s’étageront entre 9000 et 18 000 francs par salarié. Martine Aubry a même parlé d’aides structurelles de 5000 F à partir de l’an 2000, sans préciser s’il y aura obligation d’embauche en échange ! Le plus clair de cette loi Aubry, ce sera de débloquer quelque 20 à 50 milliards de subventions supplémentaires aux patrons. Souvenons-nous qu’il y a quinze jours le gouvernement chipotait sur un seul petit milliard aux chômeurs et criait à la ruine du budget devant les 30 à 70 milliards qu’aurait coûté une augmentation des minima sociaux de 1500 F par mois ! A Noël, on a refusé une malheureuse prime de 3000 F aux chômeurs. En février, on offre une prime de 9000 à 18 000 francs par salarié , aux patrons qui utiliseront la combine de la nouvelle loi ! On voit qui sont les assistés !
Tout ce qu’on peut souhaiter à la loi Aubry, c’est qu’elle rencontre partout la même réaction que celle des travailleurs de la CGE. Contre la semaine des 35 leurres, vive la lutte pour l’augmentation générale des salaires et des minima sociaux d’au moins 1500 F par mois, pour les 35 heures effectives par semaine avec embauches compensatoires obligatoires, et pour l’interdiction des licenciements et des suppressions d’emplois !

