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Accueil > Éditos de bulletins > 1997 > septembre > 22

QUI VA PAYER LES POTS CASSES ?

Les salariés ne seront pas touchés par le transfert de la quasi-totalité de l’assurance maladie sur la CSG, nous dit-on. Ce que nous ne payerons plus sous forme de cotisation à la Sécurité Sociale, nous sera retenu sous forme d’impôt. Admettons. On nous promet même un gain de l’ordre de 1 %. Il faudra sans doute une bonne loupe pour avoir l’impression d’être augmenté.

« Faire payer les revenus du capital et pas seulement les revenus du travail », c’est ce que prétend faire le gouvernement par cette mesure qui devrait rapporter quelques 20 milliards supplémentaires au budget. Ce sont les épargnants qui seront mis à contribution, les gros dans la même proportion que les petits, c’est-à-dire que le coup sera dur pour ceux parmi les salariés ou les retraités qui ont eu la possibilité de faire des économies.

Par ailleurs, une réforme des allocations familiales et de l’allocation pour garde d’enfants devrait rapporter quelques milliards supplémentaires. Certes les ménages qui gagnent plus de 25 000 F par mois et qui au-delà de cette somme ne toucheront plus les allocations familiales, ne sont pas les plus pauvres. Et encore moins ceux qui, grâce à la possibilité que leur avait offert un précédent gouvernement de droite, pouvaient déduire de leur revenu imposable 45 000 F en se payant une garde d’enfants, et qui verront à l’avenir cette somme réduite de moitié.

Mais c’est quand même une façon d’éviter, encore une fois, de s’en prendre aux plus riches. Car les mesures du gouvernement Jospin vont épargner les principaux revenus du capital, les plus gros, ceux des entreprises et des organismes financiers qui spéculent et s’enrichissent. Pas question de réduire ni les aides multiples et variées, ni les subventions aux gros capitalistes. Et les milliards récoltés par les quelques mesures prévues – qui combleront ou pas le trou de la Sécu – n’empêcheront pas pour autant l’Etat de continuer de servir de vache à lait au capital privé. On en a encore l’illustration avec la privatisation de France Télécom qui débute cette semaine.

Non cette politique n’est pas une politique pour les travailleurs. D’autant plus qu’elle s’ajoute aux reniements des engagements sur l’abrogation des lois Pasqua-Debré, ou encore de la promesse de s’opposer aux privatisations. C’est au contraire une politique qui sert fondamentalement les mêmes intérêts que les précédents gouvernements de droite.

Car si Jospin sait à l’occasion se montrer ferme à l’égard de ce que l’on nomme les classes moyennes, quitte à les dresser contre lui – et par là même à renforcer la droite et l’extrême droite, toujours promptes à orchestrer la colère de ces catégories sociales contre les travailleurs en même temps que contre un gouvernement de gauche – il veille par contre à ce que sa mansuétude à l’égard des intérêts du grand capital ne puisse être mise en doute. C’est ainsi que Jospin a tenu à proclamer son opposition à la revendication « 35h payées 39 », recueillant par là les applaudissements qu’il cherchait auprès de Gandois, le « patron des patrons ».

Car il se trouve bien sûr des patrons qui, à défaut de vouloir supprimer le chômage, veulent bien le répartir. En accroissant le travail à temps partiel et la précarité, en annualisant le temps de travail pour jouer à leur guise sur les horaires, en continuant à licencier selon leur gré, et surtout en diminuant les salaires en même temps que le temps de travail. Et ils n’ont pas attendu la conférence du 10 octobre pour passer aux actes.

En revanche si nous travailleurs ne passons pas à l’action, cette conférence soi-disant sur l’emploi, la réduction du temps de travail et les salaires, ne peut rien nous apporter, excepté de mauvaises surprises. Pour qu’il en soit autrement, il nous faudrait être capable d’exercer une pression, et de taille, sur les patrons et les ministres qui se réunissent autour du tapis vert. Une pression de l’ensemble des travailleurs dans les entreprises et dans la rue, qui fasse réellement peur à tout ce beau monde.

Certains dirigeants syndicalistes, comme ceux de la CGT, les dirigeants du PCF eux-mêmes, parlent de la nécessité de cette mobilisation. Mais il ne suffit pas d’en parler. Sinon ce ne sont que discours hypocrites pour couvrir et excuser un soutien bien réel à ce gouvernement.

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