Enseignants, hospitaliers, deux journées...
18 mai 2015 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Mardi 19 les enseignants sont appelés à la grève et manifesteront contre la réforme du collège que tente d’imposer la ministre de l’Éducation, Vallaud-Belkacem. Le jeudi 21, ce sera au tour des personnels des hôpitaux parisiens d’être en grève pour s’opposer à la volonté de leur direction de revenir sur les 35 heures à l’hôpital et de supprimer leurs jours de RTT. Deux coups de colère séparés contre une seule et même politique du gouvernement, de sabrage des budgets des services publics, aux dépens des salariés comme des usagers.
Moins d’enseignants, plus d’inégalités
La ministre de l’éducation nous raconte que sa réforme des collèges serait nécessaire à cause des mauvais résultats qu’obtiendraient les élèves en France. Elle prétend que son but serait d’étendre à tous l’accès à des options réservées aujourd’hui à une minorité d’élèves. Ah bon ? En les supprimant ? Quant à la droite, avec sa clientèle électorale de nantis, elle entretient le même mythe en pleurant le latin et le grec, et en reprochant à la ministre de priver, par excès de démocratisme, ses chers petits surdoués des classes réservées aux « élites ».
Derrière cette fausse querelle pédagogique qui brouille les pistes, se cache à peine la volonté d’économies à tout prix du gouvernement. Sa réforme vise à réduire à terme les moyens et les formations proposées et va amplifier les inégalités. Car chacun sait que selon le quartier et le collège où l’on étudie, les conditions d’enseignement sont déjà très différentes, collant tout simplement aux inégalités sociales existantes. En s’attaquant au minimum légal des horaires des différentes disciplines, le gouvernement va réduire encore le nombre d’enseignants par rapport au nombre d’élèves.
Moins de soignants, plus de malades et de galère
C’est cette même réduction de moyens, avec suppressions de lits, fusions de services, réductions d’effectifs qui est à l’œuvre dans les hôpitaux publics.
En décidant de s’attaquer aux 35 heures − soit une révision des horaires pour supprimer les RTT −, Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP, estime pouvoir économiser 20 à 25 millions d’euros par an, sur le dos du personnel. Avec un effectif total de 90 000 salariés pour l’ensemble des hôpitaux de l’AP-HP, la suppression des RTT représente l’équivalent de plusieurs milliers d’emplois en moins, qui vont encore creuser le gouffre : déjà 4 000 postes supprimés ces trois dernières années. On s’étonnera, après ça, de voir s’allonger les queues aux Urgences !
Pour l’ensemble des hôpitaux publics en France, la révision des 35 heures représenterait 400 millions d’euros d’économies, selon la Fédération hospitalière de France, qui attend que les hôpitaux parisiens aient ouvert la brèche pour généraliser l’attaque.
Contre les travailleurs, l’État donne l’exemple
L’idée de s’en prendre aux 35 heures ne vient pas du seul directeur des hôpitaux parisiens, ni des responsables de la Fédération des hôpitaux : elle vient directement du Medef qui, depuis des mois, demande la fin ou au moins « l’assouplissement » de la loi des 35 heures. Et au lieu d’imposer le respect de la loi aux patrons, qui dans de nombreuses entreprises déjà ont obtenu d’y déroger, au nom d’un chantage à l’emploi, c’est l’État lui-même qui donne le sale exemple. Ou qui continue car malheureusement les coupes dans les services publics ne datent pas d’aujourd’hui.
Le seul budget en augmentation est celui de l’armée, tout un programme !
Des enseignants et des hospitaliers cette semaine vont dire, par des grèves et dans la rue, qu’ils ne sont pas d’accord avec ces reculs sociaux qu’on impose dans un pays prétendu riche mais où les écarts se creusent de plus en plus, et où on étale sous nos nez les mirifiques fortunes des grands patrons.
Mais des journées qui s’égrènent ne font pas encore le mouvement d’ensemble qui nous est nécessaire.

