Les banquiers passent avant
2 août 2011 Éditorial des bulletins L’Étincelle
La famine qui sévit dans la région de la corne de l’Afrique et tout particulièrement en Somalie, n’était ni imprévisible, ni une fatalité, ni même une situation due à la sécheresse exceptionnelle. Si d’ores et déjà des dizaines de milliers de personnes sont mortes de faim et près de douze millions sont en danger, ce n’est pourtant pas faute d’alertes faites par des représentants de la paysannerie locale ou de responsables d’ONG. Finalement, l’agence de l’ONU vouée à l’agriculture et à l’alimentation, la FAO, s’est réunie le 25 juillet et un appel aux dons d’urgence a été lancé.
De nombreux Etats, riches ou moins riches, ont annoncé le déblocage d’aides. Eh bien, le montant de ces « aides », notamment celle annoncée par la France, a été d’un ridicule à faire pâlir de rage au regard de la catastrophe qui se déroule dans cette région. Au regard aussi des « aides », celles-ci bien substantielles, qui se chiffrent en centaines de milliards, consenties aux banques qui pleurent la bouche pleine. Les 10 millions d’euros promis par l’Etat français (qui vient d’annoncer qu’il triple cette somme, au diable l’avarice !) sont à mettre en parallèle avec les 100 milliards débloqués ce mois-ci pour rassurer les banquiers sur le remboursement de la dette grecque ; ou bien avec les 87 millions déjà dépensés pour l’intervention française en Libye. Mais il est vrai qu’alimenter une population insolvable est une activité bien moins lucrative que de faire la guerre...
Victimes de la guerre
Parlons-en donc, de la guerre, que la population somalienne endure depuis près de 20 ans. Cette situation, où des factions armées rivales maintiennent la population en coupe réglée, avait déjà engendré une famine en 1992. La situation conflictuelle héritée de l’époque coloniale a perduré et la population, restée majoritairement paysanne et très pauvre, n’a eu de cesse d’être déplacée au gré des luttes entre bandes armées pro et anti-gouvernementales. La pointe de la corne de l’Afrique, site stratégique pour le contrôle de l’entrée dans la Mer rouge, est une véritable foire d’empoigne, où l’Etat français n’est pas en reste puisqu’il y détient jalousement la zone militaire de Djibouti.
Actuellement, les milices islamistes d’Al Chabaab (se disant liées à Al Qaida), qui contrôlent le sud de la Somalie, très fortement touchée par la sécheresse, nient la situation de famine qui s’est installée, laissant les paysans dans le dénuement Mais avec la mort du bétail, les populations n’ont eu d’autre choix que de migrer aux frontières avec l’Ethiopie ou le Kenya, où elles s’entassent actuellement par centaines de milliers dans des camps de fortune. La partie de la population qui, malgré les affrontements armés, est tout de même arrivée à Mogadiscio, capitale de la Somalie, a du mal a avoir accès aux vivres acheminés par les ONG ou l’ONU.
Les roses avant les hommes
Même si la situation est moins dramatique en Ethiopie ou au Kenya, pays frontaliers avec la Somalie, ce qui s’y passe est édifiant. Alors que ces deux pays, notamment l’Ethiopie, sont en pleine « croissance » et attirent des investissements capitalistes, les infrastructures pour desservir la population, en eau par exemple, ne sont toujours pas une priorité. Par contre, le gouvernement éthiopien a fourni gratuitement des milliers d’hectares de terres dans les zones les plus riches en eau à des investisseurs qui ont implanté des serres à perte de vue. Pour y produire quoi demandera-t-on ? Mais des roses bien sûr, qui se vendent à prix cassés dans les grandes surfaces de la planète.
De quoi laisser pantois, mais surtout de quoi être vraiment révolté contre le système capitaliste, responsable de situations aussi absurdes que celle-ci : alors que des millions de fleurs sont largement arrosées pour le plus grand bien des bénéfices d’investisseurs privés, à quelques centaines de kilomètres des dizaines de milliers d’êtres humains meurent de faim.
Qu’une famine fasse des ravages au XXI° siècle est vraiment une preuve que le capitalisme est un système criminel. Il est décidément temps de s’en débarrasser.

