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Il faut faire payer les riches

La mort de l’abbé Pierre a suscité en haut lieu un concert d’hommages et de louanges bien suspect. Que vaut cette compassion soudaine envers les pauvres de la part de ceux qui, tout en étant bien à l’abri du besoin, font métier d’enrichir les riches ?

Au détour de la polémique politicienne de la semaine dernière, nous avons appris en effet que Ségolène Royal aussi bien que Sarkozy étaient assujettis à l’ISF, l’impôt sur les grandes fortunes. C’est également le cas du milliardaire Le Pen. Ils font partie des 460 000 foyers fiscaux qui paient l’ISF, une partie des plus riches du pays (car bien des riches ne le paient même pas).

Cette femme et ces hommes politiques se présentent à nos suffrages et prétendent parler au nom des intérêts du peuple, c’est-à-dire y compris au nom des intérêts des travailleurs. Mais que connaissent ces gens-là des difficultés des travailleurs, quand on voit qu’un Copé, ministre du budget, n’a aucune idée du salaire d’un conducteur de train ou d’un professeur de collège qu’il situe à plus de 4 000 euros par mois, bien au-dessus de la réalité !

Toute leur politique ne vise qu’à enrichir toujours plus les riches, leurs semblables. Sarkozy promet que les possédants pourront transmettre leur héritage sans payer d’impôts. Il assure qu’il instaurera un “bouclier fiscal” qui évitera aux plus riches de payer plus de 50% d’impôts, CSG et RDS comprises. Ce taux a déjà été baissé à 60% par Villepin pour 2007. Mais cela ne leur suffit encore pas : Chirac veut ramener l’impôt sur les bénéfices des entreprises de 33% à 20%. Il était de 50% en 1985.

L’impôt sur le revenu, quant à lui, va encore baisser cette année, en faveur des plus riches, comme d’habitude. Selon le Syndicat unifié des impôts (SNUI), un célibataire gagnant 1 400 euros par mois connaîtra une baisse d’impôt de 80 euros. Mais pour le médecin ou le patron qui en gagnent 8 000, c’est le jackpot : 10 000 euros de cadeau !

C’est ainsi que l’on est arrivé à une situation où en 2006, dans le total des recettes de l’État, l’impôt sur le revenu ne compte plus que pour 18% et l’impôt sur les bénéfices 15% ! Les impôts indirects, principalement la TVA et la TIPP (la taxe sur les carburants) se montent à 62% du budget. Or ces impôts sont les plus injustes et frappent en proportion bien plus les pauvres que les riches. Décidément la phrase du chant des travailleurs, L’Internationale, « l’impôt saigne le malheureux », est toujours d’actualité.

Et Ségolène Royal, a-t-elle un plan pour arrêter ce scandale ? Eh bien non. Tout ce qu’elle a trouvé à dire, c’est : « il n’y aura pas de fiscalité nouvelle, qui serait interprétée comme un élément qui décourage le travail et l’effort ». Traduire : qui décourage la rapacité des nantis. Et pour ceux qui auraient vraiment du mal à comprendre, elle s’est empressée de désigner comme “conseiller pour la fiscalité” Strauss-Kahn, l’ami des conseils d’administration et des actionnaires.

Pourtant, il est évident qu’il faudrait de toute urgence, au minimum, rétablir l’impôt sur les entreprises au taux de 50%, annuler tous les cadeaux fiscaux offerts aux riches au fil des années et supprimer les dizaines de milliards d’euros de subventions et d’exonérations de charges pour les entreprises. Ce n’est qu’à cette condition que l’on pourra se donner les moyens d’annuler la régression sociale de ces dernières années et développer les services publics, l’Éducation, la Santé et la construction massive de logements sociaux. Des mesures aussi indispensables que transformer tous les contrats précaires en CDI ou imposer une augmentation des salaires de 300 euros minimum, le Smic à 1500 euros nets, l’interdiction des licenciements et l’annulation de toutes les mesures contre les retraites prises par Juppé, Jospin et Raffarin.

Ce plan, c’est le plan des travailleurs. Nous ne l’imposerons que par une lutte d’ensemble qui fasse peur au grand patronat et à leurs serviteurs du gouvernement, quel que soit le gouvernement.

Il faut faire payer les riches : nous pourrons en affirmer notre volonté en votant pour une candidate qui s’est toujours tenue dans le camp des travailleurs, Arlette Laguiller.

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