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Accueil > Éditos de bulletins > 2002 > janvier > 14

C’est pas dans les salons, c’est pas à Matignon…

La prétendue démocratie française veut qu’un Conseil constitutionnel, soit 9 politiciens en fin de carrière, choisis par d’autres tout aussi peu d’avant-garde, puissent revoir et corriger les choix du parlement. Ils viennent ainsi de biffer un article de la loi Guigou, dite “ de modernisation sociale ”. Cette loi n’envisageait pas d’interdire les licenciements aux entreprises qui déclarent pourtant de bons profits ni de réduire les dividendes de leurs actionnaires ! Juste d’augmenter un peu les délais de procédure et l’indemnisation légale versée aux travailleurs. Tellement peu, si ce n’est rien, que le Parti communiste, pour la voter, avait obtenu en lot de consolation une définition prétendument plus restrictive du “ licenciement économique ”.

Qui espérait ainsi freiner les patrons ? Personne. Mais l’hiver dernier, devant l’émotion suscitée par la première vague de plans sociaux chez Danone et Marks & Spencer, etc., les députés de la gauche, à commencer par ceux du PC, avaient tenu à revoir leur première version de la loi.

C’est grosso modo cette correction du texte que le Conseil constitutionnel - à large majorité de droite - rejette, sous prétexte qu’elle ferait entrave excessive à “ la liberté d’entreprendre ”. Le droit au travail, inscrit pourtant aussi dans la constitution, ces Messieurs-Dames sont assis dessus.

La gauche dénonce le geste politique, vigoureusement du côté du PC, mollement du côté du PS et du gouvernement ! Mais c’est surtout Guignol qui continue. Ils se relaient. Les patrons qui crient qu’ils ont pris un coup sur le nez, le gouvernement qu’il a reçu un coup sur les doigts. Mais ils se rabibochent dans les coulisses. Et pendant ce temps-là, les licenciements continuent !

Car loi ou pas, décrets d’application ou pas, article censuré ou pas, les vagues de licenciement se suivent et se ressemblent. L’actualité sociale de ce début 2002 reste marquée par les plans dits sociaux. Partout, le bulldozer des procédures avance, chez LU-Danone, Marks & Spencer, Valéo, Bosch, Philips, Bata, Alcatel, Moulinex, Brandt, Air Lib, etc. Les “ repreneurs ” se concurrencent pour dépecer, profiter, et à nouveau jeter. L’affaire d’AOM-Air Liberté est parlante. Il y a six mois, Gayssot jurait que « tous les actionnaires sans exception devront assumer leurs responsabilités » et qu’aucun salarié ne resterait sur le carreau. Sans blague ! Le PDG Seillière s’est retiré sans débourser un euro. Les actionnaires de Swissair n’ont payé qu’une partie de ce qu’ils devaient. Le nouveau PDG d’Air Lib, non content d’imposer des sacrifices considérables aux salariés, annonce 300 nouveaux licenciements, en plus des 1800 d’il y a quatre mois. Et Air France qui a pour actionnaire principal l’Etat et dont on nous disait qu’il pourrait reprendre du monde… a gelé les embauches !

A ces suppressions d’emplois qui continuent par centaines ou par milliers, s’ajoutent les licenciements économiques hors plan social et dans le silence, par petits paquets mais gros total puisqu’ils représentent 80 % des licenciements. Sans compter les dizaines de milliers d’intérimaires “ remerciés ”. De telle sorte depuis 7 mois, la courbe du chômage est repartie à la hausse ! Un drame terrible pour beaucoup de familles ouvrières.

Et que fait la gauche ? Jospin gouverne dans l’intérêt des patrons et espère juste qu’il n’en fera pas les frais électoralement. Quant à Robert Hue, il s’agite, s’indigne, crie à l’urgence. Mais propose… de remettre la question sur le tapis à l’assemblée ! Tandis que du côté des sommets syndicaux, on voit des dirigeants résignés, négocier avec des patrons quel sera le moins mauvais repreneur, qui licenciera le moins grand nombre de salariés !

Il est temps que la seule arme des travailleurs, la lutte et en l’occurrence la lutte d’ensemble, reprenne ses droits. A nous, notre “ liberté d’entreprendre ” la riposte !

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