Y a le feu... pour entrer en lutte tous ensemble !
7 novembre 2005 Éditorial des bulletins L’Étincelle
C’est la révolte d’une fraction de la jeunesse ouvrière qui en une douzaine de jours s’est étendue dans les quartiers où vivent les familles en situation la plus précaire dans le travail comme les conditions de vie.
C’est la révolte de la génération qui est appelée à venir nous rejoindre à l’usine, au chantier ou au bureau ; et nous rejoint parfois déjà... par intermittence, parce que tout ce qu’on lui offre c’est petits boulots ou postes d’intérim. Que nous soyons français de longues générations ou immigrés de date récente, ce sont nos enfants, nos frères, nos sœurs, ou les futurs camarades de nos enfants, ceux avec qui ceux-ci devront partager une vie de galère ou de dignité... suivant ce que nous en aurons fait.
C’est bien d’ailleurs la rage contre cette vie de galère et l’envie de dignité qui poussent ces jeunes dans la rue chaque soir. Pour venger la mort absurde des deux adolescents de Clichy-sous-bois, pour riposter aux insultes de Sarkozy les traitant de « racaille » ou prétendant nettoyer leur quartier au karcher, pour faire payer les brimades et les vexations d’une police hostile et méprisante.
Sans moyens, sans travail, sans éducation (ou quand ils en ont une, les employeurs s’en foutent), ils ne voient souvent de perspective que dans l’individualisme, la débrouillardise, les trafics, petits ou grands. Pas étonnant que lorsqu’elle explose, leur révolte reste aveugle dans ses cibles, qu’ils cassent pour casser, brûlent pour brûler, caillassent les bus, les trains ou les pompiers comme les policiers...
Le gouvernement et les capitalistes, les vrais responsables de la situation des banlieues, sont à l’abri de leurs pierres. Leurs voitures comme leurs résidences sont protégées de leurs cocktails molotov.
Ils ne le seraient pas d’un mouvement de colère de l’ensemble des salariés. Celui-là d’ailleurs n’aurait pas besoin de jeter des pierres ni de mettre le feu. Il aurait d’autres moyens, plus efficaces, pour mettre les puissants à genoux, de la grève jusqu’au soulèvement massif qui pourrait être d’autant plus pacifique qu’il serait puissant : même des dizaines de milliers de policiers ne peuvent barrer les rues à des millions de travailleurs. Mai 68 a atteint sa vigueur maximum quand l’insurrection étudiante (qui avait aussi brûlé des voitures) a débouché sur la grève générale.
Certes les jeunes sont loin d’être tous conscients que leur révolte aurait intérêt à déboucher sur un mouvement bien plus large de tout le monde du travail. Beaucoup n’ont même aucun sentiment d’appartenir à ce monde du travail. Les plus inconscients, ou les plus stupides, semblent même se contre-foutre du reste de la population, quand ils brûlent les voitures des gens de leur cité par exemple. Ils montrent même parfois une hostilité aux autres travailleurs, quand ils caillassent trains ou bus avec voyageurs et conducteurs.
C’est là l’impasse, et pour eux et pour nous tous. Mais les œillères et les préjugés d’une jeunesse sans tradition politique ni éducation sociale, ne tomberont pas toutes seules si ce monde du travail ne montre pas une détermination au moins aussi grande que la leur d’en découdre avec nos ennemis commun. Et tant que ceux qui passent pour ses dirigeants seront aussi lâches ; tant que la gauche proposera... d’attendre les élections ; tant que les dirigeants syndicaux feront tout pour éteindre nos luttes ou isoler les plus radicales, comme ils viennent de le faire avec les marins et les traminots de Marseille.
Seuls nous, travailleurs, pouvons donner une perspective à la révolte des jeunes. En entamant une lutte aussi déterminée que la leur, mais avec d’autres moyens, pour imposer les objectifs qui changeraient immédiatement leur vie... et la nôtre : augmentation de tous les salaires, interdiction des licenciements et des contrats de précarité, augmentation de tous les salaires de 300 euros par mois, remboursement des milliards de subventions reçus par les patrons pour créer des centaines de milliers de nouveaux emplois dans les services publics, réquisition des logements vacants des riches.
Alors nous n’aurions plus à craindre pour nos écoles, nos bus ou nos voitures.


Réactions à cet article
1. > Y a le feu... pour entrer en lutte tous ensemble ! , 8 novembre 2005, 16:24
Sans moyens, sans travail, sans éducation (ou quand ils en ont une, les employeurs s’en foutent), ils ne voient souvent de perspective que dans l’individualisme, la débrouillardise, les trafics, petits ou grands. Pas étonnant que lorsqu’elle explose, leur révolte reste aveugle dans ses cibles, qu’ils cassent pour casser, brûlent pour brûler, caillassent les bus, les trains ou les pompiers comme les policiers...
certes mais c’est bien aux travailleurs qu’ils s’en prennent , certains en sont mort , c’est l’expression stérile d’un lumpenprolétariat dont on ne peut être solidaire ( bruler une handicapée c’est de la révolte , rendre invivable les quartiers ) , cette édito est gauchiste il semble prendre fait et cause pur ces individus qu’il nous faudra peut être combatre un jour même si l’espoir est de pouvoir en attirer une fraction vers les luttes ouvriéres vers la révolte de classe , cependant pour l’heure on doit se faire comprendre des gens qui subissent ces violences et on ne peu leur dire tous ensemble avec vous contre l’Etat
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1. Entre gauchisme et populisme , 30 novembre 2005, 17:17, par Tony
Ca me semble un poil réac que de ramener à ce moment là le problème des brûlés. Tu ne crois pas que le gouvernement en a dit assez sur ce sujet ? Dire « c’est bien aux travailleurs que les jeunes s’en prennent », ce n’est certes pas gauchiste : c’est populiste.
Distinguer au cours du mouvement « les jeunes » des travailleurs, c’est très malvenu.
L’étincelle ne prend pas « fait et cause pour ces individus » : l’édito distingue très bien la cause des faits.
Penser, en pleine révolte des banlieues, au jour où « il nous faudra peut-être combattre » ces jeunes, c’est une perspective très décalée : le jour dont tu parles, c’est la révolution ! Les jeunes seront alors dans un tout autre état d’esprit, et « nous » aussi !
Quand il y a une petite crise comme celle qu’on a vécue, ce n’est pas le momemt de dire « tous ensemble avec les jeunes contre l’Etat » (l’édito n’est pas gauchiste à ce point !), mais ce n’est pas non plus le moment d’apparaître avec l’Etat pour des solutions raisonnables (écoles, éducateurs, police de proximité, etc).
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