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Archives > Éditos L’Étincelle > 2018 > juillet > 9

Vies saccagées, voitures brûlées

Mardi 3 juillet, à 20h30, un jeune de 22 ans, Aboubakar Fofana, a été tué lors d’un contrôle de police dans le quartier populaire du Breil à Nantes. Le jeune homme est mort de ses blessures vers 22h30. Les CRS à l’origine du contrôle ont enchaîné les mensonges, inventant une légitime défense imaginaire. Il est désormais établi que le véhicule était à l’arrêt, encastré dans un muret, le CRS tenait de la main gauche le volant et a pointé à bout portant l’arme d’où est parti le coup fatal. À Nantes, comme ailleurs, la mort d’un jeune suite à une rencontre avec la police ne tient en rien au hasard.

Une colère visible…

Trois quartiers populaires – le Breil, les Dervallieres et Malakoff – ont connu des affrontements avec la police. Par dizaines, des jeunes ont affronté pendant quatre nuits les forces de l’ordre venues en nombre. Des voitures ont été brûlées, dont celle de la maire, mais aussi des commerces, une bibliothèque et un centre médical. Cette vague de colère a suscité parmi la population des quartiers un mélange de désapprobation des dégradations et de compréhension de cette colère.

Car qui se trouve à l’origine de cette situation ? Des jeunes aujourd’hui sans avenir ou ceux qui créent la misère ? Le Breil, comme bien des quartiers pauvres, subit les effets et les méfaits de l’explosion des inégalités sociales auxquels s’ajoutent les contrôles systématiques de la police. Les trafics divers, qui prospèrent sur la misère, rongent la cité et font obstacle bien souvent à la solidarité. Mais la vie des quartiers ne se résume pas à cela. Ainsi la marche silencieuse, à l’initiative de la famille et des amis du jeune Aboubakar, a rassemblé plus de mille participants, avec une dignité qui montre un autre visage des quartiers que celui étalé dans les médias.

… et une autre souterraine

Dans ce contexte où les contrôles au faciès et les violences policières sont monnaie courante dans les quartiers jugés « sensibles », les policiers ont trop souvent la sensation de pouvoir agir en toute impunité. Entre 2016 et 2017, le recours aux armes à feu par les policiers a augmenté de 54 %. Il faut que cela cesse. Les condamnations sont insuffisantes : tous les incidents ne font pas l’objet de signalements à l’inspection générale de la Police nationale, et ceux qui le sont aboutissent dans seulement moins de 5 % des cas à des peines de prison ferme.

Le gouvernement de Macron, l’ami des riches, comme ceux de droite et de gauche auparavant, pense gérer la crise sociale en misant sur la matraque et les lacrymogènes contre les manifestants, et par le quadrillage et les balles ciblées ou perdues dans les quartiers. D’où cette colère sourde dans l’ensemble du pays, des quartiers aux entreprises, avec des formes et une intensité différente.

« L’inégalité est trop forte, nous risquons une insurrection »

Ce ‘nous’, c’est le gouvernement, le patronat et leur soutien et conseiller, l’économiste Alain Minc, auteur de cette phrase dans le journal Libération du 8 juillet. Et il ajoute : « les inégalités … accroissent le risque d’un spasme sociétal, d’une révolte dont la forme est imprévisible ». Puisque ce sont eux qui le disent !

Aujourd’hui c’est Nantes mais d’autres suivront, la misère et la répression produiront, comme l’orage contient la pluie, d’autres émeutes. Il s’agit de l’expression de la colère contre un État violent, raciste, au service d’une minorité. Un État qui monte les communautés les unes contre les autres, les travailleurs contre les chômeurs. Un État qui divise au sein même des quartiers populaires.

Face à leur politique de division, opposons notre unité

N’entrons pas dans ce jeu-là. C’est ensemble, dans nos quartiers, sur nos lieux de travail, que nous, les travailleuses et les travailleurs, devons nous organiser, dépasser nos préjugés, pour mieux atteindre notre but : celui de la lutte pour une autre société loin de leur fric, de leur égoïsme et de leur violence. Une lutte qui pourrait donner un espoir et entrainer avec nous cette fraction de la jeunesse aujourd’hui en galère.

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