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Victoire de la gauche au Chili : un soulagement et beaucoup d’incertitudes

20 décembre 2021 Brève Monde

C’est le candidat de centre gauche, Gabriel Boric, qui l’a emporté au second tour de l’élection présidentielle face à celui de l’extrême droite, José Antonio Kast, avec 56 % des suffrages exprimés contre 44 % au nostalgique de Pinochet. La défaite de cet émule de Bolsonaro est un soulagement pour de nombreux Chiliens comme pour tous ceux qui n’ont pas oublié les années sinistres de la dictature. Mais il faut constater l’importance de l’abstention, particulièrement forte dans les quartiers populaires de Santiago : 53 % au premier tour et 45 % au deuxième. Boric est loin d’avoir suscité une large adhésion parmi les classes laborieuses. Et pour cause ! Issu du mouvement étudiant et présenté par les médias comme un membre de la « gauche radicale », Boric n’a cessé de droitiser son discours pour le rendre acceptable à une coalition hétéroclite qui va du PC à la démocratie chrétienne. Un des aspects les plus significatifs de cette évolution vers la droite, c’est le refus de soutenir les milliers de manifestants emprisonnés à la suite de la grande révolte de 2019. Boric a même soutenu une loi dite « anti-barricades ». Face aux protestations d’une partie de ses partisans, il a ensuite dit regretter ce choix, mais n’a jamais pour autant défendu les victimes de la répression.

D’autre part, Boric ne dispose pas d’une majorité au Parlement et il aura par conséquent beaucoup de difficultés à faire passer les réformes qu’il promet, en particulier la création d’une sécurité sociale. Car au Chili, il n’existe que des assurances privées. Son attitude conciliatrice et son rejet des révoltés de 2019 ne permet pas de penser qu’il cherchera à mobiliser les travailleurs. Au cours de la campagne électorale, ce sont d’ailleurs les électeurs centristes qu’il a cherchés à attirer plutôt que de s’adresser aux abstentionnistes des classes populaires.

Et enfin, même si la victoire de Boric est nette, l’extrême droite bénéficie au Chili d’une forte base électorale avec près de 3,6 millions de voix. Une extrême droite qui n’a cessé de mener des offensives sur différents fronts au cours de la période récente, notamment sur le terrain de la xénophobie en s’en prenant aux migrants et réfugiés venus d’autres pays latino-américains.

L’avenir dépendra de la capacité des classes laborieuses chiliennes à s’organiser et lutter pour défendre leurs intérêts sans attendre des changements venus d’en haut, à commencer par la libération des emprisonnés de 2019. Le coup d’État de 1973 a montré que la bourgeoisie chilienne est prête à tout pour protéger ses intérêts. Mieux vaut le savoir pour que l’histoire ne se répète pas.

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