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Uber évince ses indésirables dans le silence

12 septembre 2022 Article Entreprises

La société Uber Eats, qui compte près de 60 000 livreurs en France, a annoncé mardi 6 septembre supprimer « 2 500 comptes frauduleux ». 2 500 sans-papiers se retrouvent ainsi du jour au lendemain sur le carreau après avoir travaillé plusieurs années au service de la livraison de repas. Quid de leur accompagnement ? De la régularisation de ces travailleurs qui ne disent pas leur nom ? Le Clap (Collectif des livreurs autonomes de Paris) organise une manifestation le 12 septembre ; la lutte devra sans doute dépasser les modestes cadres syndicaux, au sein desquels les exilés n’osent pas militer, pour espérer arracher aux plateformes les contrats légaux permettant l’obtention de titres de séjour.

Essentiels pendant la quarantaine, peu à peu exclus des centres-villes, les livreurs sont mis à la porte silencieusement pour éviter le scandale et les réactions de colère. Les applications tentent désormais de restreindre le périmètre de la main-d’œuvre – effrayées par les exemples de condamnations pénales à Madrid, à Rome et à Amsterdam qui mettaient en lumière les vols de pourboire, le travail déguisé, et les algorithmes contremaîtres. L’État français a toujours été une digue pour les plateformes et Paris quant à elle, a fait preuve d’une généreuse indulgence… Des journalistes du Monde révélaient encore il y a peu les liens étroits entre le gouvernement Macron, valet de la bourgeoisie financière et les représentants de ces nouvelles entreprises avides de marchés vierges. On ne s’étonnera pas de la collusion de l’État et des investisseurs – néanmoins l’affaire choque d’autant plus qu’elle semble ne pas faire davantage de vagues. Car ce ne sont pas seulement ces travailleurs qui tombent, mais de puissants réseaux de solidarité, des centaines de familles dans l’Hexagone et par-delà la Méditerranée qui bénéficiaient jusqu’à maintenant des maigres rentrées d’un proche assigné au statut d’autoentrepreneur.

Les principales plateformes de livraison (Uber Eats, Deliveroo, Frichti et Stuart) avaient été réunies en septembre 2021 par le gouvernement pour homogénéiser les pratiques de contrôle jusque-là disparates, ce qui avait abouti à une charte en avril de la même année. Uber Eats profitait jusqu’alors d’une législation de Far-West, de zones grises entretenues par le système Macron. La revue Capital révélait par ailleurs que, grâce aux optimisations fiscales, l’entreprise californienne n’avait versé que sept millions d’euros d’impôts sur les sociétés au fisc. Un marché en expansion malgré la crise, puisqu’en décembre 2021 la Commission européenne estimait que les 28 millions de livreurs comptabilisés passeraient à 43 millions en 2025. Mais les vrais perdants dans ce montage demeurent les sans-papiers… Pendant des années, les plateformes se sont gorgées de bénéfices, appuyées par les États soumis aux intérêts de la bourgeoisie, et les réfugiés, sans lesquels cet empire n’aurait rien été, ont servi de main-d’œuvre bon marché : les voilà devenus indésirables. Et ce mouvement pourrait encore s’accentuer. La plateforme a signé un contrat pour dix ans avec la société Nuro censée pourvoir en véhicules électriques autonomes pour concurrence les travailleurs de chair ; l’expérience devrait avoir lieu dans un premier temps à Houston, au Texas, et à Mountain View, en Californie – avant d’être étendue, si elle est concluante, au reste du monde. Le cynisme du profit n’a aucune limite. Alors imaginez un futur proche, où lorsque les pénuries d’énergie surviendront, les étrangers seront appelés à se remettre en selle ? Sans faire métier de devin, nous sommes déjà prêts à le parier.

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