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Trier les déchets, pas les travailleurs

19 octobre 2021 Article Entreprises

Mardi 19 octobre, Paris XV : la grève se poursuit toujours pour les salariés de XVEO, filiale de Veolia. Les raisons de leur colère ? Depuis l’attribution du contrat de traitement des déchets à Veolia, les salariés ont perdu leurs anciennes primes, sans gagner les primes Veolia. Sur les 34 salariés au triage, 29 sont en grève et se relaient tout au long de la journée pour tenir le piquet depuis jeudi 14 octobre. Six heures du matin, le site est très calme, on n’entend plus les va-et-vient des camions poubelles. En effet, aucun ne rentre ni ne sort du centre de tri depuis vendredi. Les discussions entre grévistes et les nombreux soutiens sont, elles, très animées. C’est qu’hier, des tentatives de négociation ont été effectuées, il y a de quoi débriefer ! (Voir notre premier article ici.)

Au théâtre des négociations

Dès vendredi, ayant rapidement compris que la direction du site ne voulait pas les recevoir, les grévistes ont décidé d’aller au siège de Veolia Environnement à Aubervilliers. Il s’agissait de faire valoir leurs revendications qui n’ont pas changé : 140 euros net d’augmentation de salaire et 150 euros net de prime qualité par mois.

Arrivés devant le siège, ils ont réussi à être reçus par le DRH national qui leur a très vite signalé qu’il n’était pas en mesure de négocier un « problème local » ! Ils ont été renvoyés vers la DRH régionale, qui a daigné pointé le bout de son nez lundi matin en annonçant la couleur : « je dois partir à 11 heures 30, car j’ai un autre rendez-vous. » Manque de bol, le jeu de dupes des négociations durera jusqu’à 15 heures 30. Résultat des courses : report de l’éventuelle augmentation des salaires aux NAO, exceptionnellement avancées en mars (grands princes !). Quant à la prime qualité ? Chou blanc.

« Ici, on travaille et on n’est pas payé pour tout notre travail »

Le chef de service, envoyé pour annoncer les résultats de la négociation aux grévistes, a tout de même fini par reconnaître qu’il y avait des différences de salaire entre les différents sites de Veolia. « À travail égal, salaire égal ! » répondent les grévistes au mégaphone. Le même chef de service qui s’enorgueillit de ne pas « licencier les grévistes » (chose illégale !) et de « s’entendre sur la récupération des jours de grève » (ce qui veut tout et rien dire…).

Mais ce n’est pas le pire ! Un gréviste nous explique : « Ils disent que ce qu’on fait c’est pas légal, c’est faux et c’est eux qui font des trucs pas légaux ! Ils emploient des cadres des RH à la place des grévistes pour faire tourner l’usine. Et puis, dans le cahier des charges, la boîte, elle est payée pour traiter 2665 tonnes de déchets par mois et nous, on en traite beaucoup plus. On en traite 3400, parce qu’il faut pas que la chaîne s’arrête ! La boîte détourne des déchets attribués à d’autres sites pour nous les envoyer. Mais on n’est pas payés plus pour autant, on est même moins payés qu’ailleurs. En rigolant, y’a un type de la direction qui disait “quand un ouvrier a fait une bêtise on l’envoie à Paris XV”, parce qu’ici on travaille et on n’est pas payés pour tout notre travail ! »

« Imaginez si ça s’étendait ailleurs… »

Depuis lundi soir, au retour des piètres négociations, les grévistes ont décidé tous ensemble de s’installer à côté de la trémie (machine qui déverse les déchets sur le tapis) afin de s’assurer que celle-ci ne tourne pas. Si les trieurs sont en grève, ce n’est pas le cas des chauffeurs et des machinistes, d’ailleurs l’un d’entre eux qui passe sur le piquet pendant sa pause est interpellé par les grévistes :« Merci pour votre soutien ! Mais pour nous soutenir vous pouvez aussi vous mettre en grève avec nous ! » Pour un piquet qui « n’en était pas un » selon le chef de service au premier jour de grève, sûrement un peu fâché d’avoir dû débourser 2 000 euros pour faire venir un huissier pour rien, parce qu’il espérait probablement du sabotage.

Impensable pour les grévistes, qui sont fiers de leur travail et veulent l’effectuer dans de meilleures conditions. L’un d’entre eux nous raconte : « c’est nous qui savons faire tourner l’usine, les directeurs ils sont stupides, ils ne savent ni utiliser ni réparer les machines alors que nous on sait le faire et on le fait bien ! » Pour l’heure, la grève est reconduite et les espoirs se tournent vers les autres sites « imaginez si ça s’étendait ailleurs… ! »

Emma Martin et Sarah Thomas


Lien de la caisse de grève : https://www.onparticipe.fr/cagnottes/HHu4Anyj

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