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Travailleurs français, immigrés, égalité des droits !

Cette semaine doit être discuté à l’Assemblée Nationale un projet de loi accordant le droit de vote aux immigrés. Donner le droit de vote aux immigrés serait la moindre des choses, ce serait mettre fin à une discrimination absurde.

Les détenteurs de grosses fortunes dont le magot a « émigré » en Suisse et qui ont acquis la double nationalité, ou ceux qui se sont installés à Londres ou à Bruxelles pour ne pas payer ce qu’ils doivent au fisc français – le gouvernement en fait grand cas aujourd’hui pour essayer de justifier une baisse des impôts pour les riches – ont le droit de vote. Mais les immigrés, dont une grande majorité sont des travailleurs et payent des impôts en France, eux n’ont que le droit de se faire exploiter, pas celui de voter !

Les députés Verts ont déposé un projet demandant, dans une première version, que les immigrés établis en France depuis 5 ans soient électeurs et éligibles à toutes les élections locales. Mais devant le veto du Parti Socialiste, ils ont finalement reculé et il n’est plus question dans le projet actuel que de droit de vote aux élections municipales, et d’éligibilité aux seules fonctions de conseillers municipaux.

Cela fait 20 ans que la gauche se dit favorable au droit de vote pour les immigrés. Cela faisait partie des nombreuses promesses de Mitterrand… sur lesquelles il s’était assis après son élection en 1981. Et Jospin a annoncé que quoi qu’il advienne du débat, il ne se réalisera pas tout de suite. Car selon lui, la loi nécessiterait une « révision constitutionnelle » et la mise en œuvre ne serait donc de toutes façons pas pour les prochaines élections municipales de 2001. Jospin a aussi laissé entendre que cette loi serait difficile à mettre en place « sous la cohabitation ». Sous-entendu : « la meilleure façon pour la gauche de traiter la question, c’est de m’élire aux élections présidentielles de 2002 »… Evidemment ! Le Parti Socialiste, en 14 ans de pouvoir sous Mitterrand, dont 10 ans « sans cohabitation », n’avait pourtant pas eu le temps de faire cette réforme !

Le Parti Socialiste veut bien se servir du droit de vote aux immigrés comme d’un argument électoral destiné à lui ramener les voix que sa politique anti-ouvrière au gouvernement éloigne de la gauche plurielle, mais il n’a même pas le courage d’aller jusqu’au bout de ce qu’il prétend être ses convictions. Jusque-là, au fil du temps, il s’est dérobé sous un prétexte ou un autre.

Une majorité de ses élus semblent pourtant favorable à cette loi. Jusqu’à Chevènement, pas vraiment connu pour être un ami des immigrés, avec ou sans papiers ! Cette loi, pour laquelle d’après un sondage CSA du 5 novembre 99, 52 % des Français seraient favorables, ne coûterait donc pas grand-chose à Jospin et à la gauche plurielle.

La mesure n’aurait vraiment rien de révolutionnaire, ni même de spécifiquement « de gauche ». D’ailleurs même des politiciens de droite y sont favorables. Le bulletin de vote permet seulement d’exprimer son opinion. S’il avait au-delà le pouvoir de transformer vraiment la vie sociale, les travailleurs depuis le temps qu’ils votent le sauraient. Aussi l’extension du droit de vote, à quelque catégorie de la population que ce soit, n’est pas un problème fondamental pour les classes dominantes en France. D’ailleurs c’est De Gaulle qui a accordé le droit de vote aux femmes, et c’est Giscard D’estaing aux jeunes de plus de 18 ans.

Ce ne serait cependant que justice que les immigrés puissent avoir le droit de vote et être éligibles aux élections. Mais comme le montre la continuité des attaques anti-ouvrières, menées par les gouvernements alternativement de droite et de gauche, ce n’est pas le bulletin de vote qui change le sort des travailleurs.

Les immigrés composent près du quart de la classe ouvrière française, leurs problèmes sont aussi ceux de toute la population laborieuse. Et pour s’attaquer réellement au chômage, aux salaires trop bas, à la dégradation des conditions de travail, des luttes seront nécessaires. Des luttes où travailleurs français ou immigrés se retrouveront, comme maintes fois dans le passé, au coude à coude pour défendre leurs intérêts communs.

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