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Accueil > Éditos de bulletins > 2001 > avril > 9

Tous ensemble, interdisons les licenciements !

Il y a quelques années, patrons et gouvernements prétendaient que l’économie, la vieille économie, allait mal et que les travailleurs devaient faire des sacrifices. Résultat, dans les années 80 : des dizaines de milliers de licenciements dans les mines, la sidérurgie, l’automobile…

Aujourd’hui, les licenciements touchent en France tous les secteurs, de la vieille comme de la nouvelle économie : téléphonie mobile (Sagem, Philips, Alcatel), informatique (Bull), électroménager (Moulinex), agro-alimentaire (Danone), industrie pharmaceutique (Aventis), automobile (Bosch, Delphi), transport aérien (AOM-Air Liberté), commerce (Marks & Spencer, André)... sans compter leurs sous-traitants.

Que l’on soit en période de croissance ou de récession, que les entreprises fassent ou non des bénéfices, les plans sociaux sont devenus un mode de gestion des entreprises. Les PDG sont même payés pour ça, et plutôt grassement. Vandervelde, le PDG de Marks & Spencer, va toucher une prime de plus de 6 millions de francs suite à l’annonce de 4400 licenciements en Europe !

Le patronat se croit tout permis, au nom d’une sacro-sainte loi du marché – celle de la recherche du profit maximum – devant laquelle se prosterne aussi bien la droite que la gauche. Les travailleurs ne sont qu’une marchandise jetable, leur travail ne vise qu’à remplir les poches des gros actionnaires.

Les travailleurs ont toutes les raisons de ne pas accepter cette logique. D’ailleurs, à chaque vague de licenciements, la colère des salariés éclate et recueille la sympathie de tous. Même celle, hypocrite, de certains hommes politiques. Ainsi Jospin a déclaré mercredi dernier à Marcoussis dans l’Essonne aux salariés de l’usine LU de Ris Orangis promise à la fermeture : « ce n’est pas bien » ce que fait Danone. Quelle audace ! Il a surtout fait attention de ne pas provoquer un tollé, comme fin 1999, quand à l’intention des 7500 salariés de Michelin licenciés il avait déclaré : « il ne faut pas tout attendre de l’Etat ». Mais, comme pour Renault-Vilvorde dont l’Etat est le principal actionnaire, Jospin se garde bien d’agir réellement contre les licencieurs, qui ruinent pourtant la vie de milliers de salariés et détruisent l’économie de régions entières.

Un gouvernement au service des travailleurs pourrait s’appuyer sur les luttes de ceux-ci pour empêcher les licenciements et réquisitionner les entreprises récalcitrantes. Mais ce n’est sûrement pas le but de Jospin ni de la « gauche plurielle ». D’ailleurs, ce gouvernement ne se gêne pas pour supprimer lui-même des postes dans les entreprises publiques.

L’écho heureusement favorable rencontré par le boycott, reflète l’indignation et la colère du monde du travail suscitées par tous ces patrons profiteurs et licencieurs. Mais pour faire revenir Riboud sur sa décision il faut davantage que le boycott. C’est vrai qu’on n’a jamais vu, ces dernières années, des patrons revenir sur leur décision de licencier. Mais c’est vrai aussi que toutes les luttes des salariés contre leur licenciement ont été menées entreprise par entreprise.

Pour gagner, il est indispensable de faire converger toutes ces luttes vers une lutte générale. Comme il est également nécessaire que les salariés concernés par des plans de suppressions d’emplois se coordonnent avec les travailleurs du privé ou du public qui se battent contre le manque d’effectifs, comme les cheminots ou les agents de l’ANPE. Car si, d’un côté, on supprime des emplois, de l’autre, on augmente la charge de travail tout en bloquant les salaires.

Les salariés de Marks & Spencer ont manifesté vendredi à Paris ; ceux de LU-Danone le lendemain à Ris-Orangis et ils seront à nouveau dans la rue le jeudi 12 avril à Paris. De leur côté, le PCF et les Verts appellent à une manifestation contre la fermeture des usines LU, le 21 avril à Calais. Il faut une suite à ces actions. Et pourquoi pas l’organisation d’une journée nationale de manifestations contre tous les licenciements ? Ce serait un pas en avant vers une grève générale de tous les travailleurs, pour l’emploi et contre la précarité, pour les salaires et pour la défense des retraites.

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